Mercredi 8 avril 2020 | Dernière mise à jour 08:09

Chine Le nouveau virus, un test pour Xi Jinping

Le coronavirus est une nouvelle épine dans le pied pour le pouvoir communiste chinois, déjà éprouvé par sept mois de manifestations à Hong Kong.

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

«Un test énorme pour Xi Jinping». La propagation en Chine d'un nouveau virus menace de fragiliser une économie déjà à la peine et d'entacher l'image du pays, préviennent des analystes.

En appelant lundi à enrayer «résolument» le virus, le président chinois a donné le signal de la mobilisation contre l'épidémie, plus d'un mois après l'apparition des premiers cas dans un pays habitué à mettre les mauvaises nouvelles sous le tapis.

Le coronavirus apparaît comme une nouvelle épine dans le pied pour le pouvoir communiste, déjà éprouvé par plus de sept mois de manifestations à Hong Kong, les critiques à l'étranger envers sa politique contre les minorités musulmanes au Xinjiang (nord-ouest) et surtout la guerre commerciale avec Washington, qui a fragilisé l'économie.

«Situation très grave»

«La confirmation par Xi Jinping de la propagation du nouveau virus montre que la situation est très grave», relève Larry Ong, du cabinet SinoInsider, basé aux Etats-Unis.

Les exportations, un des piliers de l'économie du géant asiatique, ont souffert des surtaxes douanières de l'administration Trump. Alors que la croissance chinoise a signé l'an dernier son score le plus faible en près de 30 ans ( 6,1%), Pékin compte sur la consommation pour soutenir son économie.

Or, avec le virus, «c'est le coeur même de la croissance économique» qui risque d'être touché, prévient Mary-Françoise Renard, professeur et responsable de l'Institut de Recherche sur l'Economie de la Chine (Idrec) à Clermont-Ferrand.

Eviter les erreurs passées

«Parce que les gens risquent de moins consommer. Ils ne voudront pas autant se déplacer pour aller au restaurant ou dans les lieux publics» et le tourisme pourrait être particulièrement touché, selon elle.

En 2002-2003, lors de la pandémie de Sras (syndrome respiratoire aigu sévère), un virus de la même famille qui avait fait 774 morts dans le monde dont 349 en Chine continentale, le ralentissement économique avait été temporaire. Et le géant asiatique avait même aligné en 2003 une croissance de plus de 10%, à la faveur d'une reprise des exportations. Aujourd'hui cependant, «la situation économique est plus difficile qu'elle ne l'était lors de l'épidémie de Sras», nuance Mary-Françoise Renard.

Autrefois simple «atelier du monde», la Chine de Xi Jinping affirme désormais sa puissance et s'affiche en pays responsable face aux Etats-Unis du bouillonnant Donald Trump.Voilà pourquoi, «une grave épidémie serait calamiteuse» pour l'image du pays, prévient Larry Ong, de SinoInsider.

«Si le virus n'est pas maîtrisé rapidement, il a le potentiel de créer une situation identique à celle du Sras» pour Pékin, rappellent dans une note les économistes du cabinet Trivium China. A l'époque, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) avait vivement critiqué les autorités chinoises pour avoir tardé à donner l'alerte et tenté de dissimuler l'ampleur de la situation.

Pour son image et sa crédibilité sur la scène internationale, Pékin «sait que ça ne doit plus se reproduire», affirme Anne-Marie Brady, spécialiste de la politique chinoise à l'Université de Canterbury.

«Le sauveur»

A peine données lundi les instructions du numéro un chinois, les médias officiels se sont empressés d'annoncer le nombre de contaminations à travers le pays. Fin décembre, ces mêmes médias qualifiaient pourtant de «rumeurs» les premiers témoignages de cas suspects à Wuhan, la grande ville aujourd'hui considérée comme le foyer de l'épidémie. Au départ, «les autorités locales ont très probablement tenté de dissimuler l'existence de la maladie» et n'ont pas rapporté au pouvoir central la réalité de la situation, estime Larry Ong.

Puis, quand l'information ne pouvait plus être cachée «et que la situation devenait trop grave», Pékin a commencé à communiquer sur le virus... et à soigner la mise en scène. Lors d'une conférence de presse des autorités sanitaires, diffusée en direct à la télévision mercredi, des journalistes de l'AFP ont ainsi été priés de retirer leur masque de protection.

Le pouvoir communiste peut ainsi apparaître «en sauveur» vis-à-vis de la population et cultiver à l'étranger l'image d'une Chine responsable qui maîtrise la situation, assure M. Ong.

«Pour les autorités de Wuhan, c'est une catastrophe en termes de communication», tranche Dali Yang, professeur de sciences politiques à l'Université de Chicago. «En revanche, l'intervention de Xi Jinping a été décisive (...) Et si l'épidémie est maîtrisée dans un délai raisonnable (...) il aura gagné en crédibilité». (afp/nxp)

Créé: 23.01.2020, 07h10

Publier un nouveau commentaire

Attention, une nouvelle procédure est en place. Vous devez vous inscrire ou mettre à niveau votre profil
"Le Matin" aime les débats. Mais trop d'abus ont lieu dans les forums. La politique pour commenter un sujet a changé. Vous devez créer un compte utilisateur ou compléter votre profil existant avec un numéro de téléphone mobile (vous n'en avez pas? envoyez une demande à l'adresse lm.online@lematin.ch). Nous vous prions d’utiliser votre nom complet. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de penser que de nombreuses personnes vous lisent. Et bon débat!
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.