Mercredi 8 avril 2020 | Dernière mise à jour 08:09

Guerre en Syrie Barack Obama marque des points au Congrès

En pointant du doigt la menace iranienne, le gouvernement de Barack Obama a marqué des points auprès du Congrès qui doit se prononcer sur une éventuelle intervention en Syrie.

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Le gouvernement américain a marqué des points dans sa campagne visant à convaincre le Congrès du bien fondé d'une intervention militaire en Syrie, en pointant la menace iranienne, peu avant le début mercredi d'un débat sur la Syrie au Parlement français.

Le président américain Barack Obama s'est dit confiant, peu avant son départ pour la Suède mardi soir, que les parlementaires américains voteraient, peut-être dès la semaine prochaine, une résolution l'autorisant à frapper le régime du président syrien Bachar al-Assad, en représailles de l'utilisation d'armes chimiques.

Intervention «limitée»

Pour satisfaire les plus réticents d'entre eux, une nouvelle résolution a été élaborée au Sénat américain limitant toute intervention en Syrie à 60 jours, avec la possibilité d'une extension à 90 jours, et interdisant au président de déployer des soldats américains dans le «but d'opérations de combat» en Syrie.

Un vocabulaire qui laisse la possibilité d'opérations pour secourir des pilotes américains, par exemple. Une commission du Sénat votera sur ce nouveau texte mercredi à 17h30.

L'issue des votes la semaine prochaine dans les deux chambres du Congrès restait pourtant incertaine, même si Barack Obama a engrangé mardi le soutien clé de son principal adversaire politique, le président républicain de la Chambre des représentants, John Boehner.

Barack Obama a une nouvelle fois mis l'accent sur le fait que toute intervention en Syrie serait «limitée» et «proportionnelle». «Cela n'implique pas de troupes au sol, ce n'est pas l'Irak, ce n'est pas l'Afghanistan», a-t-il souligné.

Menace iranienne

«Ce n'est pas le moment d'être isolationniste dans un fauteuil. Ce n'est pas le moment d'être spectateur d'un massacre», a lancé de son côté le chef de la diplomatie John Kerry lors d'une audition très médiatisée au Sénat américain, avertissant que l'inaction était bien plus risquée qu'une intervention.

«L'Iran espère que vous regardez de l'autre côté», a-t-il prévenu, en évoquant le dossier du nucléaire iranien. «Notre inaction lui donnerait certainement la possibilité au mieux de se tromper sur nos intentions, quand ce ne serait pas de les mettre à l'épreuve», a-t-il ajouté, en citant aussi le Hezbollah et la Corée du Nord.

L'opinion américaine, tout comme les élus, restait encore à convaincre. Selon un sondage ABC News/Washington Post publié mardi, 59% des Américains s'opposent à des frappes par missiles de croisière en Syrie, tandis que 48% se disaient opposés (29% favorables) dans une autre enquête, de l'institut Pew.

La France espère une coalition internationale

En France, où le Parlement s'apprêtait mercredi à débattre de la pertinence d'une intervention en Syrie, l'opinion publique est également réticente. Quelque 74% des Français veulent un vote avant toute action militaire contre la Syrie.

Le débat mercredi ne sera pas suivi d'un vote. La question d'un autre débat, suivi d'un vote, pourrait toutefois se poser après la consultation du Congrès américain à partir du 9 septembre.

Le Premier ministre Jean-Marc Ayrault devait confirmer à partir de 16 heures devant les députés la ligne diplomatique française: réunir une coalition internationale afin de «sanctionner» Bachar al-Assad.

Mardi, le président François Hollande s'est montré toujours plus «déterminé» à intervenir contre le régime syrien qu'il tient pour responsable du massacre chimique du 21 août à Damas, appelant l'Europe à s'unir sur cette question.

Inquiétudes de l'ONU

Le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, a de son côté mis en garde mardi contre les risques d'une «action punitive», mettant en avant l'impact qu'elle pourrait avoir «sur les efforts pour empêcher d'autres effusions de sang et faciliter un règlement politique du conflit».

«Je demande aux membres (du Conseil de sécurité) de s'unir et de définir une réponse appropriée au cas où les accusations (à propos des armes chimiques) se révèleraient vraies», a-t-il déclaré.

L'opposition redoute une nouvelle attaque

Sur le terrain, l'armée syrienne a repris mardi le contrôle de la ville stratégique d'Ariha dans la province d'Idleb (nord-ouest) à l'issue de dix jours de bombardement et de combats, a indiqué l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).

Depuis Istanbul, la coalition de l'opposition syrienne a dit redouter une nouvelle attaque au gaz toxique des forces fidèles à Damas, faisant état du mouvement de trois convois militaires chargés d'armes chimiques au cours des dernières 48 heures.

Le Haut-Commissariat de l'ONU pour les réfugiés (HCR) a estimé mardi que le nombre de réfugiés syriens dépassait désormais les deux millions, soit huit fois plus qu'il y a un an, et que 4,25 millions de Syriens étaient déplacés à l'intérieur des frontières. Au total, ce sont donc plus de six millions de personnes qui sont déracinées, soit plus du quart des 22 millions d'habitants de la Syrie.

Tirs en Méditerranée

Dans ce contexte de tension, le ministère russe de la Défense a annoncé avoir détecté deux tirs de missile balistique mardi matin depuis le centre de la Méditerranée vers la côte est.

Le tir d'un missile a été confirmé par Israël, qui a expliqué qu'il s'agissait d'un exercice militaire israélo-américain --un test planifié «de longue date» et qui «n'a rien à voir» avec une éventuelle action militaire américaine en Syrie, selon le Pentagone.

«La plus grande tragédie du siècle»

Indépendamment du débat autour des attaques chimiques présumées, le Haut Commissaire de l'ONU pour les réfugiés Antonio Gutteres a estimé mardi matin que la Syrie était «devenue la grande tragédie de ce siècle, une calamité humanitaire indigne avec des souffrances et des déplacements de population sans équivalent dans l'Histoire récente».

A Damas, les déplacés ont remplacé les touristes. Dans des hôtels décrépits du secteur populaire de Marjé à Damas, plusieurs dizaines d'entre eux vivent ainsi, certains depuis plus d'un an, entassés dans des chambres de 15m2 où ils cuisinent dans les salles de bain.

A la veille d'un sommet du G20 jeudi à Saint-Pétersbourg - durant lequel aucun tête-à-tête n'est prévu entre Vladimir Poutine et Barack Obama - la Russie a réitéré son opposition à une frappe contre son allié syrien. (afp/nxp)

Créé: 04.09.2013, 07h42

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