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Amérique du Nord Le Canada légalise le cannabis dans l'euphorie

Les Canadiens ont fait la queue mercredi pour entrer dans les premières boutiques de cannabis du pays.

Washington ne veut pas de vendeurs canadiens sur son sol

Un responsable du service américain des douanes a déclaré mercredi qu'aucun citoyen canadien ayant pour but «d'aider à la prolifération du business de la marijuana» ne serait autorisé à pénétrer sur le territoire américain. Même si plusieurs Etats et la capitale Washington autorisent l'usage récréatif de la marijuana, cette dernière reste interdite au niveau fédéral.

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Le Canada est devenu mercredi le premier pays du G20 à légaliser le cannabis récréatif, une réforme «historique» saluée toute la journée par d'interminables files d'attente devant les boutiques officielles.

De l'Atlantique au Pacifique, les premiers clients sont arrivés au milieu de la nuit devant les boutiques, bravant souvent la pluie ou le froid pendant plusieurs heures. Seuls les habitants de l'Ontario n'ont pu prendre part à la fête, faute de magasins prêts à temps, et ont dû commander en ligne.

A Montréal, devant la succursale de la rue Sainte-Catherine de la Société québécoise du cannabis (SQDC), l'une des principales artères du centre-ville, Mathieu a fait le pied de grue depuis 03H00. «C'est historique, je voulais être là!», explique-t-il à l'AFP.

«On a tous du pot (de l'herbe, NDLR) chez nous, là c'est pour vivre le truc et tester les saveurs», relève Sébastien Bouzats, originaire de Bordeaux. «Les Français vont tous venir fumer ici», prédit-il.

Toute la journée, des files d'attente de plusieurs centaines de mètres se sont étirées devant les boutiques, de Terre-Neuve à la Colombie-Britannique. Pour pénétrer dans les 12 «succursales» publiques du Québec, le temps d'attente pouvait atteindre quatre heures, selon le président de la SQDC, Alain Brunet.

«C'est incroyable», a-t-il déclaré à la télévision publique Radio-Canada. «On a 50 commandes à la minute en ce moment de façon continue, soit à travers le site web ou les succursales».

Réunion publique

La SQDC avait anticipé 4000 commandes par jour: mercredi en fin d'après-midi, elle en avait déjà reçu 18'000, selon M. Brunet. En fin de journée, des ruptures de stocks sur certains produits étaient d'ailleurs signalées en Ontario, en Alberta et au Manitoba, selon la chaîne publique CBC.

Pour déguster leurs premiers joints «légaux», plusieurs dizaines de personnes se sont retrouvées en fin d'après-midi au pied du Mont-Royal à Montréal, l'un des hauts lieux de la consommation de cannabis de la métropole.

«Maintenant que c'est légal, ça change la production et ce qu'on va nous vendre», se réjouit Gabriella Gomez, étudiante de 25 ans, entre deux bouffées. «Sinon pour l'accès ça ne change rien. Avant tu pouvais venir n'importe quand, à n'importe quelle heure au mont (Royal) et tu pouvais avoir de la weed»...

Opposition conservatrice

Trois ans après son élection, le gouvernement libéral de Justin Trudeau réalise l'un de ses engagements de campagne les plus symboliques: le Canada est seulement le deuxième Etat de la planète à autoriser la marijuana récréative, après l'Uruguay en 2013.

Aux Etats-Unis, la consommation récréative de cannabis a également été légalisée dans huit Etats --la Californie est devenue le 1er janvier 2018 le plus gros marché légal au monde-- et dans la capitale Washington.

Parallèlement, nombre de pays comme les Pays-Bas ou l'Espagne ont dépénalisé la marijuana ou légalisé le cannabis thérapeutique.

La mise en oeuvre de cette mesure sera scrutée et disséquée tant par les Canadiens, appelés aux urnes dans un an pour des législatives incertaines, que par les pays alliés d'Ottawa.

Le gouvernement a voulu permettre à chaque province d'organiser le commerce de l'herbe, chacune privilégiant sa propre recette pour ordonner ce marché juteux évalué à environ 6 milliards de dollars canadiens (4 milliards d'euros) par an.

L'opposition conservatrice au Parlement d'Ottawa a multiplié les attaques ces derniers jours contre cette mesure qui, selon les adversaires de M. Trudeau mais aussi selon des médecins, a été précipitée et a occulté plusieurs dangers pour la santé et la sécurité publiques.

«C'est sûr qu'il va y avoir encore des défis à surmonter», a répondu mercredi Justin Trudeau, mais «on va continuer de travailler avec les municipalités, avec les provinces (...) pour s'assurer que ça fonctionne bien».

Echec de la prohibition

Le Premier ministre a répété que «la prohibition» du cannabis, en vigueur depuis 1923 au Canada, n'avait pas empêché que «les jeunes Canadiens» aient «le plus haut taux d'utilisation de marijuana dans le monde», et que tout cela n'avait profité qu'au «crime organisé».

De son côté, le ministre de la Santé publique Ralph Goodale a annoncé la présentation prochaine d'un projet d'amnistie simplifiée pour les consommateurs condamnés à des peines pour simple possession de cannabis.

Parmi eux, souvent surreprésentés, figurent bien des membres de «communautés marginalisées» et de «minorités visibles», a renchéri le Premier ministre, estimant qu'une amnistie leur permettrait de se défaire «du stigmate d'un casier judiciaire» et de réussir sur le marché du travail.

En campagne en 2015, M. Trudeau avait reconnu avoir lui-même fumé quelques joints par le passé, y compris lorsqu'il était député d'opposition. Mais désormais Premier ministre, il affirme avoir renoncé aux pétards: «Je ne bois pas beaucoup d'alcool. Je ne bois pas de café. Je n'ai pas l'intention de fumer de la marijuana», a-t-il déclaré aux journalistes. Selon les statistiques officielles, 16% de la population canadienne a consommé du cannabis en 2017.

Il semble inévitable que les 120 producteurs autorisés actuellement ne soient pas en mesure de satisfaire toute la demande dans l'immédiat. Mais pour Bill Blair, ministre chargé de la Réduction du crime organisé, il est envisageable de ravir 25% du marché noir d'ici la fin 2018 et environ la moitié d'ici un an.

En Bourse, les deux plus gros acteurs canadiens du cannabis, Canopy Growth et Tilray, ont enregistré mercredi des reculs pour une deuxième journée consécutive, après avoir vu leur capitalisation respective bondir d'environ 400 et 500% depuis un an. (afp/nxp)

Créé: 18.10.2018, 00h17

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