Vendredi 23 février 2018 | Dernière mise à jour 13:37

Contrefaçon La Chine invente la fausse banque

Le pays devient expert dans l'art du faux. Après les iPhones et les sacs Vuitton, un négociant en riz vient d'inventer la fausse banque américaine.

Lin Chunping lors de son arrestation le 10 juin dernier.

Lin Chunping lors de son arrestation le 10 juin dernier. Image: Keystone

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

Lin Chunping s'est fait connaître dans les médias chinois au début de l'année en annonçant le rachat pour 57 millions de francs de l'Atlantic Bank, basée au Delaware. Sa ville lui avait attribué un poste politique de prestige et la presse avait qualifié son expérience en affaires de «légendaire». Mais il n'existe pas d'Atlantic Bank au Delaware et Lin Chunping, 41 ans, a admis quelques «exagérations» pour embellir son statut social... Arrêté pour une autre escroquerie début juin, il a dû abandonner son poste municipal à la Conférence politique consultative du peuple chinois, principal organe consultatif du gouvernement.

Des précédents

Cette histoire illustre l'évolution de la contrefaçon en Chine, où les autorités ont fermé cinq faux magasins Apple dans la ville de Kunming l'an dernier. Les boutiques reproduisaient dans le moindre détail celles des Etats-Unis, des escaliers aux T-shirts bleus du personnel.

Début juin, la presse de la province du Shandong a révélé l'existence d'une vraie-fausse université. Les étudiants ayant échoué à l'examen national d'entrée en faculté recevaient de fausses lettres d'admission de l'Institut de l'industrie légère du Shandong, qui existe réellement, où ils poursuivaient leurs études pendant quatre ans pour près de 30'000 yuans (environ 5000 francs).

Mais à quelques semaines de la fin d'année, les étudiants apprenaient qu'ils n'obtiendraient pas leur diplôme car ils avaient en fait souscrit à une formation privée louant un espace dans l'institut, selon le journal d'Etat Jinan Times. L'organisateur s'est évidemment volatilisé dans la nature.

Le cas est particulier mais la falsification du diplôme ou du curriculum vitae est chose fréquente chez les étudiants chinois. Zinch China, branche chinoise du site Web éducatif Zinch.com, basé aux Etats-Unis, estime d'après ses entretiens avec des étudiants, parents et agents chinois que 90% des lettres de recommandation adressées aux établissements américains sont des faux, 70% des essais écrits par quelqu'un d'autre, et la moitié des livrets scolaires maquillés.

Des histoires bien rodées

Pour les experts, la fréquence des falsifications possède de nombreuses origines, de l'hyper-compétitivité d'une société surpeuplée à l'adage qui veut que la fin justifie les moyens.

L'habileté de Lin Chunping a consisté à pimenter son histoire de détails accrocheurs: il a prétendu avoir négocié pendant deux ans le rachat de l'Atlantic Bank, mise en faillite en 2008 par la crise financière, et que l'établissement fondé 85 ans plus tôt était tenu par des juifs, misant sur le préjugé répandu en Chine selon lequel ils excellent dans les affaires.

En outre, la Chine tire un orgueil particulier des acquisitions à l'étranger. Le rachat de l'Atlantic Bank symbolisait à la fois l'essor économique de la Chine et le déclin de l'Amérique. La prétendue réussite de l'escroc rejaillissait aussi sur sa ville, Wenzhou, où le resserrement du crédit public a mené des entrepreneurs à la ruine, au départ, voire au suicide pour quelques-uns.

Le site Web du People's Daily, le journal du Parti communiste au pouvoir, décrit Lin comme un homme avisé et dur à la tâche, qui avait commencé en vendant des boutons à l'adolescence avant de racheter une mine de cuivre et d'or au Ghana et d'investir dans le riz en Chine.

Rattrapé par ses mensonges

Toute cette publicité a fini par perdre Lin Chunping. Alléchés par cette belle histoire, les journalistes économiques chinois ont mené leur enquête et mis au jour l'escroquerie en mars.

Et s'il n'a apparemment pas gagné d'argent avec cette fraude, l'homme d'affaires a aussi attiré l'attention des autorités chargées de la répression des fraudes économiques. Selon la police de Wenzhou, Lin Chunping est soupçonné d'avoir mis au point un système d'évasion fiscale en falsifiant des factures de plusieurs de ses sociétés portant sur des centaines de millions de yuans (des dizaines de milliers de francs). (AP/nxp)

Créé: 18.06.2012, 15h09


Sondage

Comment trouvez les résultats des Suisses aux JO de PyeongChang?





Contact

Service clients

Abonnement et renseignements
Nous contacter
lu-ve 8h-12h / 13h30-17h
Tél. 0842 833 833, Fax 021 349 31 69
Depuis l'étranger: +41 21 349 31 91
Adresse postale:
Le Matin, Service clients, CP, 1001 Lausanne

Publier un nouveau commentaire

Attention, une nouvelle procédure est en place. Vous devez vous inscrire ou mettre à niveau votre profil
"Le Matin" aime les débats. Mais trop d'abus ont lieu dans les forums. La politique pour commenter un sujet a changé. Vous devez créer un compte utilisateur ou compléter votre profil existant avec un numéro de téléphone mobile (vous n'en avez pas? envoyez une demande à l'adresse commentaire@lematin.ch). Nous vous prions d’utiliser votre nom complet. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de penser que de nombreuses personnes vous lisent. Et bon débat!
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.