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France Le chirurgien pédophile de Jonzac aux assises

Joël Le S. sera entendu par la justice en Charente-Maritime dès vendredi pour des agressions sexuelles sur quatre fillettes. Le médecin est soupçonné d'avoir fait près de 350 victimes.

Le sexagénaire comparaîtra devant la cour d'assises à Saintes pendant trois jours. (Photo d'illustration)

Le sexagénaire comparaîtra devant la cour d'assises à Saintes pendant trois jours. (Photo d'illustration) Image: AFP

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Le chirurgien Joël Le S. comparaît à partir de vendredi devant les assises de la Charente-Maritime pour des viols et agressions sexuelles sur quatre mineures, première plongée dans une affaire vertigineuse de pédophilie déclenchée par le récit d'une fillette de 6 ans.

Pendant trois jours, la cour d'assises à Saintes va explorer l'univers tortueux du médecin respecté qui a dissimulé pendant plus de 30 ans sa double vie, sur fond d'omerta. «Je suis pédophile et le serai toujours», confiait le docteur un soir de Noël 2016, à son journal intime.

Soupçonné aujourd'hui d'abus sur des centaines d'enfants, il comparaît à 69 ans pour un premier dossier de viols et/ou atteintes sexuelles concernant la fille de ses voisins de Jonzac, âgée de 6 ans en 2017, deux nièces aujourd'hui trentenaires pour des faits chez lui à Loches entre 1989 et 1999 et une patiente de l'hôpital de cette ville d'Indre-et-Loire qui n'avait que 4 ans en 1993.

Il reconnaît des agressions, mais réfute les viols -des pénétrations digitales- punissables de 20 ans de réclusion.

Incarcéré à l'isolement depuis trois ans, «il souhaite s'exprimer devant ses juges: il veut tenter de comprendre comment il a pu faire autant de mal», a assuré à l'AFP son avocat Thibaut K.

Le 25 avril 2017, la fillette de Jonzac avait raconté comment le voisin chauve à lunettes, chirurgien digestif dans la cité thermale, s'était montré «tout nu» dans le jardin mitoyen et lui avait imposé un viol digital à travers les canisses. La machine judiciaire était lancée.

«Boulimie»

Aux enquêteurs, il confie sans difficulté son «attirance pour les jeunes enfants» et sa «boulimie» d'images pédophiles. Ces images d'enfants, «ça me bouffait la vie, mon temps», raconte-t-il, lors d'un interrogatoire consulté par l'AFP.

Les experts psychiatriques et psychologiques voient en lui un «manipulateur fasciné par la pédophilie», et soulignent son absence de culpabilité.

Lui qui a minimisé son «addiction» lors d'un procès à Vannes en 2005 pour détention d'images pédophiles (4 mois avec sursis sans obligation de soins), avoue spontanément avoir agressé ses deux nièces, parties civiles au procès, et d'autres faits prescrits.

L'une d'elle s'était confiée à sa soeur puis à sa mère mais l'affaire s'était réglée en famille. Elles accusent aujourd'hui son ex-épouse, leur tante, d'avoir érigé un mur de silence. «Pendant plus de trente ans, une omerta familiale a permis que d'autres victimes existent», déplore Francesca S., avocate des parents de la petite voisine de Jonzac.

Perquisitions

Ses accusations avaient mené à des perquisitions chez le chirurgien, point de départ d'une enquête d'envergure, présentée comme la plus importante affaire de pédophilie en France.

Les enquêteurs se sont plongés dans des milliers de documents saisis dans son matériel informatique, des écrits entremêlant fantasmes et agressions présumées, des journaux intimes commencés en 1990 et deux listings titrés «Vulvettes» et «Quéquettes».

Ces classements par date, de 1984 à 2006, recensent les noms de près de 250 enfants, associés à des descriptions de sévices, autant de victimes potentielles. Les quatre parties civiles étaient d'ailleurs citées dans ces archives.

Seconde enquête

Confrontée à un défi d'ampleur, la justice a ouvert une seconde enquête, pour identifier d'autres victimes, grâce aux innombrables documents intimes du chirurgien. Les chiffres donnent le vertige: au moins 349 recensées dont 246 avaient porté plainte au 11 février, selon le parquet de Lorient, à la tête des investigations.

Mineurs à l'époque, la plupart avaient croisé la route du chirurgien dans des hôpitaux du centre et de l'Ouest où il a officié (Loches, Vannes, Lorient, Quimperlé), sans jamais être inquiété.

Pour «briser le silence», les parents de la fillette de Jonzac, Laura T. et Jérôme L. réclament des débats publics car un huis-clos le protégerait «une fois de plus». «On doit lever ce voile-là et faire comprendre au public le fonctionnement d'un prédateur sexuel», renchérit leur avocate.

Les trois autres victimes ont fait savoir qu'elles demanderaient ce huis-clos, pour leur intimité. En raison des faits jugés, la cour devra s'y plier. (afp/nxp)

Créé: 07.03.2020, 08h14

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