Lundi 24 février 2020 | Dernière mise à jour 13:05

Présidentielle en Ukraine Comédien favori d'une élection imprévisible

Les Ukrainiens se rendent dimanche aux urnes pour le premier tour de la présidentielle, dans un pays meurtri par la guerre.

Volodymyr Zelensky serait en tête des intentions de vote, devant le président sortant Petro Porochenko et l'ex-première ministre Ioulia Timochenko.

Volodymyr Zelensky serait en tête des intentions de vote, devant le président sortant Petro Porochenko et l'ex-première ministre Ioulia Timochenko. Image: DR/twitter

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Un comédien sans expérience politique caracole en tête des sondages pour ce scrutin de la présidentielle en Ukraine aux enjeux considérables.

Inattendue, l'ascension fulgurante de l'acteur et entrepreneur du spectacle Volodymyr Zelensky s'inscrit dans une tendance mondiale de défiance envers les élites particulièrement forte en Ukraine. Celles-ci ont été éclaboussées par de multiples scandales de corruption alors que la population est éprouvée par cinq années de guerre et de lourdes difficultés économiques.

Parmi les 39 candidats en lice - du jamais vu -, Volodymyr Zelensky devance de loin ses rivaux avec 28% des intentions de vote, selon un sondage publié en début de semaine par trois instituts ukrainiens. Il devance le président sortant Petro Porochenko et l'ex-Première ministre parfois taxée de populisme Ioulia Timochenko, au coude à coude avec environ 16% des intentions de vote.

«Enorme défi»

Une victoire de M. Zelensky constituerait «un énorme défi pour le pays», avertit l'analyste Mykola Davydiouk, du centre «Politika» à Kiev. D'autant que «la mobilisation des électeurs continue de constituer une inconnue». Son électorat comprend de nombreux jeunes qui ont tendance à moins voter.

A 41 ans, sa seule expérience du pouvoir se résume à son rôle dans une série télévisée, où il incarne un professeur d'histoire devenu subitement président. De quoi susciter des doutes, pour ses détracteurs, sur sa capacité à gouverner à un moment crucial pour l'un des pays les plus pauvres d'Europe, qui a pris résolument le cap sur l'Occident en 2014 et traverse depuis la pire crise depuis son indépendance en 1991.

Moscou en ligne de mire

L'arrivée des pro-occidentaux au pouvoir à Kiev en février 2014 dans la foulée du soulèvement pro-européen du Maïdan, réprimé dans le sang, a été suivie par l'annexion par Moscou de la péninsule ukrainienne de Crimée.

Peu après, la guerre avec les séparatistes prorusses a commencé dans l'est du pays faisant depuis près de 13'000 morts, un bilan qui continue de s'alourdir. Ce conflit est largement vu en Ukraine comme une «guerre d'indépendance» avec Moscou, accusée de soutenir militairement les séparatistes, d'où l'importance du ton qu'emploiera le vainqueur de la présidentielle face au Kremlin.

Sur l'orientation même du pays, les trois candidats en tête des sondages plaident en faveur de la poursuite d'un rapprochement avec l'Occident.

M. Porochenko se pose en principal rempart face à la Russie. «Mon allié est le peuple ukrainien (...) mon adversaire est Poutine», a lancé mardi le président sortant. Le lendemain, il promettait que sa «première priorité», en cas de victoire, serait de régler la question de la Crimée.

Tout au long de sa campagne, le chef de l'Etat a largement insisté sur la récente création d'une Eglise orthodoxe indépendante de Moscou, mesure populaire qui pour bien des électeurs ne suffit pas à compenser le manque de progrès de la lutte anticorruption.

Marionnette

Mme Timochenko, elle, promet aux Ukrainiens de faire revenir «la paix et les territoires occupés» et de diviser par deux les prix du gaz, au risque de fâcher les bailleurs de fonds de Kiev.

Le favori des sondages, lui, n'a pas mené de campagne traditionnelle. Il s'est essentiellement exprimé via des vidéos sur les réseaux sociaux et a continué à se produire dans les spectacles humoristiques de son studio «Kvartal 95».

Ses partisans voient en lui une bouffée d'air frais et une chance de changement pour le mieux, mais ses détracteurs l'accusent être une marionnette du sulfureux oligarque Igor Kolomoïski. Si M. Zelensky nie toute liaison politique avec cet homme, la télévision de ce dernier, 1 1, lui consacre une couverture abondante et plutôt positive.

Samedi, journée où toute campagne est censée être interdite, la chaîne consacrera près de sept heures d'antenne à des spectacles avec le comédien et à un documentaire sur Ronald Reagan, acteur américain élu président dont la voix sera doublée M. Zelensky.

Plus de 2300 observateurs internationaux surveilleront le déroulement du vote dont le second tour est prévu le 21 avril. L'Ukraine a cependant interdit la présence d'observateurs russes et n'organisera pas de vote en Russie où elle compte de nombreux ressortissants, invoquant leur sécurité et la nécessité de se protéger d'une ingérence du Kremlin. (ats/nxp)

Créé: 28.03.2019, 10h53

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