Jeudi 9 juillet 2020 | Dernière mise à jour 18:10

Virus Un coût économique, social et sanitaire hors du commun

La barre des 350’000 décès dus à la Covid-19 a été franchie ce mercredi alors que les indicateurs économiques et sociaux sont au rouge dans le monde entier. En Europe, la Commission a dévoilé un plan de relance de 800 milliards de francs.

De nombreuses personnes touchées par la crise du coronavirus ont recours à de l’aide alimentaire, comme ici à Madrid en Espagne.

De nombreuses personnes touchées par la crise du coronavirus ont recours à de l’aide alimentaire, comme ici à Madrid en Espagne. Image: Keystone

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L’Asie semble en bonne voie vers une sortie de crise, l’Europe accélère son déconfinement, l’Amérique du Sud s’enlise. Partout le coût social et économique de l’épidémie, qui s’ajoute au terrible coût humain, apparaît chaque jour davantage.

Alors que la barre des 350’000 morts dans le monde a été franchie mercredi, la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen a dévoilé un plan de relance exceptionnel de 750 milliards d'euros (environ 800 milliards de francs) et appelé les 27 à «mettre de côté les vieux préjugés» pour le soutenir.

Parmi les plus touchées par la crise sanitaire, l’Italie et l’Espagne se taillent la part du lion. Elles pourraient recevoir plus de 172 et 140 milliards d'euros respectivement via cet instrument. Rome et Madrid se sont félicitées des annonces.

La France serait le quatrième principal bénéficiaire (après la Pologne) avec 38,7 milliards de subventions. Le ministre français des Finances Bruno Le Maire a appelé tous les Etats, «y compris les quatre frugaux» (Pays-Bas, Danemark, Autriche et Suède) à soutenir ce plan «historique».

Indicateurs au rouge

Dans le monde entier, même dans les pays dans lesquels les systèmes de santé ont résisté, les indicateurs économiques et sociaux sont au rouge. «Je me couvre le visage parce que j’ai vraiment honte, je n’avais jamais demandé de la nourriture», confie à Madrid Jacqueline Alvarez, 42 ans, un sac de provisions à la main dans le quartier populaire d’Aluche.

Elle fait la queue, comme près de 700 autres, devant le guichet d’une association de quartier transformée en banque alimentaire. En Espagne, la pauvreté explose plus vite que lors de la crise financière de 2008, mais le monde entier est touché.

Selon l’ONG Oxfam, la crise sanitaire pourrait précipiter 500 millions de personnes dans la pauvreté. Au Brésil, les experts s’attendent à une chute de 6 à 10% du PIB cette année, avec taux de chômage bondissant de 12,2% actuellement à plus de 18%.

En France, avec un effondrement d’environ 20% du PIB au deuxième trimestre, les experts tablent sur un repli de plus de 8% sur l’année. C’est «la plus importante récession depuis la création des comptes nationaux en 1948», assure l’Institut national de la statistique.

«Faire la manche»

Après l’Argentine et le Liban, qui se sont déclarés en défaut de paiement, les experts du G20 craignent que la pandémie ne provoque avant la fin de l’année une contagion de défaillances chez les pays émergents, incapables d’honorer les remboursements de leurs dettes.

En Afrique du Sud, considérée par la Banque mondiale comme le pays le plus inégalitaire au monde, la pandémie a accru la misère et plongé dans le dénuement bon nombre des quelque 4 millions d’étrangers, la plupart illégaux.

«Avant, ils étaient employés dans des boutiques où ils vendaient au coin de la rue. Mais ils n’en ont plus le droit», explique Alfred Djanga, porte-parole de familles réfugiées dans le quartier de Mayfair, à Johannesburg. «Sans papiers, ils n’ont pas d’autre choix que de faire la manche».

Stress exceptionnel

Le coronavirus fait des ravages dans les économies, les systèmes sociaux et sanitaires du monde entier. Mais il prélève aussi un lourd tribut dans la tête des soignants, soumis depuis le début de l’année à une surcharge de travail et à un stress exceptionnels.

«On a tous les ingrédients d’un risque majeur de stress post-traumatique», estime Xavier Noël, expert des questions de santé mentale à l’Université libre de Bruxelles. Ceux qui interviennent en soins intensifs «ont fait face à un taux de décès et à une manière de mourir totalement inhabituels, dans un contexte plus déshumanisé, sans la présence des familles pour les soulager sur la prise de décision», dit-il à l’AFP.

Une étude menée début mai auprès de 3300 soignants de Flandre montre que 15% songent à «quitter la profession» contre 6% en temps normal. En Espagne, une étude de l'université de Madrid montre que 51% des soignants présentent des «symptômes dépressifs». 53% présentaient des signes «compatibles avec un stress post-traumatique».

Inquiétude pour l'Amérique du Sud

En Amérique du Sud, l’heure est encore à la mobilisation, face aux ravages provoqués par le virus sur des sociétés et des systèmes de santé fragiles. La propagation du coronavirus «s’accélère» au Brésil, au Pérou et au Chili, a prévenu mardi une agence régionale de l’OMS, appelant ces pays à ne pas relâcher les mesures destinées à ralentir les contaminations.

«En Amérique du Sud, nous sommes particulièrement inquiets étant donné que le nombre de nouveaux cas enregistré la semaine dernière au Brésil est le plus haut sur une période de sept jours, depuis le début de la pandémie», déclare Carissa Etienne, directrice de l’Organisation panaméricaine de la santé (OPS), basée à Washington.

Le Pérou a de son côté enregistré un nombre record de 5772 nouvelles contaminations au coronavirus en 24 heures, pour un total de près de 130’000, a annoncé mardi le ministère de la Santé. (ATS/nxp)

Créé: 27.05.2020, 20h16

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