Jeudi 20 juin 2019 | Dernière mise à jour 09:18

Tokyo Découvrez la prison où était détenu Ghosn

Le Centre de détention de Tokyo, rendu célèbre par l'affaire Ghosn, a ouvert lundi ses portes à quelques journalistes étrangers.

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La prison où se trouvait le magnat de l'automobile Carlos Ghosn est située dans le quartier de Kosuge, à Tokyo.

Une prison sans barreaux aux fenêtres ni mur d'enceinte, des sols qui brillent, des parois immaculées, des cellules propres et des équipements médicaux dernier cri: c'est ici que Carlos Ghosn, soupçonné de malversations financières, a passé plus de 120 jours au total.

L'incarcération en ces lieux de l'ex-puissant patron de l'alliance Renault-Nissan a suscité un déchaînement de critiques mondiales sur la dureté des règles pénitentiaires en vigueur au Japon et sur son système judiciaire qualifié de «justice de l'otage» par laquelle un suspect pourrait être détenu indéfiniment dans l'attente d'une confession.

«Nous pensons que les conditions de détention sont bonnes», affirme cependant le directeur, Shigeru Takenaka.

Ce site gris, dont les bâtiments modernes ont été achevés en 2012, a une capacité de 3010 détenus, mais n'est occupé qu'à moins de 60%, avec 1758 occupants.

Leur nombre (2211 en 2008) a décru pour se stabiliser depuis 2013 à peu près à ce niveau, explique Shigeru Takenaka.

Hygiène et nutrition

L'ensemble est composé d'un bâtiment principal, en forme de croix, et de diverses constructions alentours, sur un terrain de plus de 150 000 m2.

La discipline transpire de partout dans ces lieux aseptisés. Sans les serrures sur les portes le long de couloirs sans âme, les gardiens en tenue et quelques autres indices, on se croirait davantage dans un hôpital que dans une prison peuplée à 90% d'hommes, de quelque 40 nationalités.

Les détenus sont encadrés par un règlement extrêmement strict que plus de 800 employés font respecter, mais l'hygiène y semble impeccable: aucune saleté ni odeur nulle part.

«Les menus sont préparés par des nutritionnistes, ils sont équilibrés», ajoute le directeur en présentant des plateaux d'échantillons. Autour du bol de riz central (l'équivalent du pain pour un Occidental), il y a un plat principal avec quelques légumes et du poisson ou de la viande, ainsi qu'une soupe, ce trois fois par jour. La quantité peut cependant sembler juste pour des personnes dans la force de l'âge (84% des occupants ont entre 20 et 59 ans).

«Ceux qui ont des corpulences importantes ou travaillent ont droit à des portions plus grandes», insiste Shigeru Takenaka, pour qui les critiques venues de l'étranger sur la nourriture apparaissent difficilement compréhensibles.

Les détenus ou leurs visiteurs peuvent acheter des friandises, des magazines et quelques autres produits dans une petite épicerie à l'intérieur de l'immeuble.

Savant équilibre

Ici pas de violence, selon lui, peu de disputes entre détenus, même ceux qui occupent les 200 cellules collectives (22,5 m2 pour 6), moins nombreuses que les 1800 cellules individuelles (6,5 m2 ou plus spacieuses avec un lit au lieu d'un futon).

Ces espaces réduits mais bien entretenus, au sol recouvert de tatamis, disposent d'une ou deux fenêtres. Elles donnent sur un chemin de ronde sous un puits de lumière. Il n'y a pas de barreaux, mais la vue extérieure se limite à un mur de béton.

Un WC, un lavabo, une étagère, un futon à déplier pour dormir, une petite table et une sorte de paravent, l'équipement est spartiate. «Tout est conçu pour éviter les tentatives de suicide, par exemple l'étagère fixée au mur est courbée pour ne pas donner prise à y accrocher quelque chose, les robinets du lavabo sont remplacés par des boutons», détaille Shigeru Takenaka.

L'espace de douche, à l'écart des cellules et que les détenus peuvent utiliser à tour de rôle deux ou trois fois par semaine, ressemble à celui d'un hôtel japonais moyen, avec une douche et une baignoire. Là aussi, aucune saleté apparente.

Des cellules à quasi ciel ouvert sont prévues pour permettre aux détenus de faire quelque 30 minutes d'exercice par jour s'ils le souhaitent.

Neuf médecins et des infirmières se relaient 24h/24, bénéficiant d'équipements de pointe en apparence flambant neufs.

Mais pour Shigeru Takenaka, qui ne commente pas les aspects psychologiques, sur le plan physique, vivre en prison est sans doute pire ailleurs et les règles imposées à Kosuge tiennent compte d'un savant équilibre: «il faut que ce soit bien mais pas trop afin que les conditions de vie dans cette maison de détention ne soient pas meilleures que celles de personnes subsistant à l'extérieur avec les minima sociaux, sans quoi des voix s'élèveraient pour protester», souligne le directeur. (afp/nxp)

Créé: 11.06.2019, 13h19

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