Mercredi 8 avril 2020 | Dernière mise à jour 07:28

Nations unies Del Ponte démissionne de la commission sur la Syrie

La Tessinoise regrette une absence de «volonté politique» pour soutenir la Commission d'enquête de l'ONU sur le conflit syrien.

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La Tessinoise Carla Del Ponte a annoncé dimanche par surprise qu'elle allait démissionner de la Commission d'enquête des Nations unies sur la Syrie. L'ancienne procureure de la Confédération estime qu'il n'existe «aucune volonté politique» pour soutenir cette commission. Elle quittera l'instance de l'ONU d'ici à fin septembre.

«J'ai décidé de présenter ma démission. J'ai déjà préparé ma lettre», a-t-elle déclaré lors d'une table ronde en marge du Festival du film de Locarno. «Je suis résignée», a lancé l'ancienne procureure générale des Tribunaux internationaux pour l'ex-Yougoslavie (TPIY) et le Rwanda (TPIR).

«Je signerai et enverrai cette lettre dans les prochains jours. C'est irrévocable. J'y pensais depuis un moment», a-t-elle précisé. «Je participerai encore à la session du Conseil des droits de l'homme en septembre à Genève puis je m'en vais».

Carle Del Ponte a en particulier critiqué la décision de l'Assemblée générale de l'ONU de mettre en place à la tête du mécanisme sur la Syrie une personne sans expérience de procureur. «Ce fut la goutte qui a fait déborder le vase», a-t-elle affirmé.

Pourrait-elle faire marche arrière? «Non. Sauf si demain le Conseil de sécurité de l'ONU instituait un Tribunal international pour la Syrie et que j'en sois la procureure générale», a-t-elle répondu en plaisantant sur les ondes de la RTS. Elle dit en revanche ne «pas perdre espoir» qu'un tel tribunal voit une fois le jour.

Moscou pointé du doigt

«En raison du manque de volonté politique, la commission ne peut rien faire pour obtenir justice, elle n'a aucun futur», juge-t-elle. Interrogée sur les responsabilités dans la crise en Syrie, Mme Del Ponte a pointé le rôle de la Russie qui soutient le régime Assad et fournit «toutes les armes nécessaires pour la guerre».

«On pensait avoir fait des progrès avec l'ex-Yougoslavie et le Rwanda, mais maintenant on est revenu au point de départ. Pour le tribunal sur l'ex-Yougoslavie, il y avait en particulier le fort soutien des Etats-Unis».

«Croyez-moi, des crimes horribles comme ceux commis en Syrie, je n'en ai pas vus au Rwanda, ni dans l'ex-Yougoslavie», a-t-elle affirmé. Interrogée au 19:30 de la RTS quant à l'éventualité qu'elle prenne sa retraite, Carla Del Ponte a affirmé qu'elle serait «toujours prête à faire quelque chose si on m'en donne le pouvoir».

Un travail qui «doit se poursuivre»

Dans un communiqué, la Commission indique avoir été prévenue par Mme Del Ponte «à la mi-juin» et salue sa «contribution» et ses «efforts», mais estime que «le travail doit se poursuivre».

«Il est de notre devoir de persister (...) au nom des innombrables Syriens qui sont victimes des pires violations des droits de l'Homme et crimes internationaux que l'humanité connaît. De tels efforts sont plus nécessaires que jamais», poursuit la Commission.

Quatre commissaires

L'ancienne magistrate suisse, âgée de 70 ans, était membre depuis septembre 2012 de cette commission d'enquête indépendante créée sous les auspices du Conseil des droits de l'homme (CDH) des Nations unies. La commission a été créée le 21 août 2011. Elle est composée de quatre commissaires. Elle a publié jusqu'ici une douzaine de rapports semestriels très critique sur la situation en Syrie, mais n'a jamais été autorisée par Damas à se rendre sur place.

Les enquêteurs ont plusieurs fois dénoncé des crimes de guerre et exigé que les responsables soient poursuivis. En vain jusqu'ici. La commission onusienne, dirigée par le Brésilien Paulo Pinheiro, a aussi recommandé la création d'un tribunal international sur la Syrie tout en étant favorable à une cour nationale dans ce pays.

«Une honte»

En septembre 2015, Carla Del Ponte avait déjà critiqué l'inaction du Conseil de sécurité, parlant d'une «honte». La Tessinoise a régulièrement dénoncé l'impunité totale en Syrie et exprimé sa frustration dans sont travail.

Elle était par ailleurs partisane de négociations avec le président Bachar el-Assad. «Si nous voulons un succès des négociations, il faut discuter avec le président du pays», déclarait-elle en mars 2015. Elle donnait en exemple les accords de Dayton qui ont mis fin à la guerre dans l'ex-Yougoslavie en 1995. Le président serbe Slobodan Milosevic, pourtant accusé de crimes de guerre, y avait participé. (ats/nxp)

Créé: 06.08.2017, 13h49

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