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Zoom El Chapo incarcéré dans le terrifiant «trou de l’enfer»

Le baron de la drogue a été placé dans la prison la plus sécurisée des États-Unis. La plus inhumaine et décriée, aussi. Présentation.

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Condamné mercredi dernier à la perpétuité, Joaquin «El Chapo» Guzman a été incarcéré vendredi dans le pénitencier de Florence, dans le Colorado. Le baron de la drogue mexicain devrait passer le reste de ses jours dans cette prison, réputée la plus dure et impitoyable des États-Unis. On la surnomme l’«Alcatraz des Rocheuses». Ou le «trou de l’enfer».

L’United States Penitentiary Administrative Maximum Facility de Florence, résumé en l’ADX Florence, a été inauguré en 1994. Ce pénitencier unique a été conçu pour détenir les prisonniers les plus dangereux des États-Unis. Ceux qui agressent ou tuent des codétenus voire des gardiens y sont envoyés. Comme ceux reconnus coupables de terrorisme. Ses six unités peuvent abriter 490 prisonniers.

D’Unabomber à La Quica

Dans l’ADX Florence, on trouve actuellement par exemple le tristement célèbre «Unabomber» Theodore Kaczynski. Comme Terry Nichols, le coresponsable de l’attentat d’Oklahoma City, en 2001: 168 morts. Ou «La Quica», l’assassin en chef de Pablo Escobar, lié à la mort de 220 personnes. Ainsi que des figures d’Al-Qaida comme le «Shoe bomber» Richard Reid et Zacarias Moussaoui, un des concepteurs des attentats du 11 septembre.

Mais toutes ces terreurs, El Chapo ne va pas les fréquenter. Ni même les croiser. En tout cas durant les débuts de son incarcération. Car si l’ADX Florence est probablement la prison la plus sécurisée du pays, elle est surtout connue pour ses conditions de détention drastiques voire inhumaines.

Isolement et confinement extrême

Littéralement au milieu de nulle part, cette prison du Colorado est un complexe de 15 hectares bordé d’impressionnants miradors, de murs, de grillages surmontés de barbelés. Comme bien d’autres pénitenciers. C’est à l’intérieur que le lieu est unique, avait souligné «Paris Match», qui a publié en février un reportage dans «la pire prison du monde».

L’enfer, ce sont les conditions d’isolement, de confinement extrême imposées aux nouveaux venus. Elles durent au moins un an, selon Amnesty International. Parfois beaucoup plus.

Pas de visite, pas de courrier, pas de tv

Le prisonnier placé au «niveau 0», l’unité la plus sécurisée, passe près de 23 heures sur 24 à l’isolement, dans sa cellule spartiate et insonorisée de 7 m2 (2 m sur 3,5 m). Une dalle pour le lit, une petite table, un tabouret: l’équipement est moulé dans le béton et fixé au sol ou aux murs. On y trouve des toilettes, un lavabo, une douche et pas de vue sur l’extérieur: il existe bien une fine meurtrière verticale au fond de la cellule mais sa vitre est opaque.

Dans ce régime de confinement les détenus ont droit à un seul appel téléphonique par mois. Mais pas de télévision, pas de visite, pas de courrier, pas de cantine. Et pas de contacts, surtout: seuls humains que les prisonniers aperçoivent, les gardiens ont pour consigne de ne s’adresser à eux que si c’est absolument nécessaire.

«Promenade» dans une cage

Le prisonnier a droit à dix heures par semaine hors de sa cellule. Principalement pour des «promenades» qui n’en ont que le nom. Lourdement entravé – chaînes aux pieds, à la ceinture, menottes – et encadré, le détenu peut être mené dans une cour intérieure. Là, il est placé dans une cage à peine plus grande que sa cellule… C’est cependant apparemment le seul moment durant lequel il peut espérer avoir un «voisin de cage» et donc un contact avec une autre personne.

Autre possibilité, la «salle de sport». Il s’agit en fait d’une pièce nue et sans fenêtre ne contenant qu’un unique appareil permettant de faire des tractions. Le prisonnier en régime d’isolement n’y croisera jamais aucun autre détenu et y sera toujours seul.

La prison qui rend fou

Après un an, en cas de bonne conduite, des assouplissements des conditions de détention sont possibles: obtention d’un téléviseur, accès au parloir, aux produits du magasin, à la librairie, au courrier, etc. Les «bons» comportements sont répertoriés et convertis en «jours bonus». Mais en cas d’écarts, les retours en arrière sont envisageables à tout instant.

Sans trop de surprise, une étude de la psychiatre américaine Doris Gundersen avait démontré que 70% des prisonniers détenus dans ces conditions souffrent de sérieux troubles mentaux, qu’ils ont développé ou aggravé. Ils se manifestent par des symptômes comme «l’anxiété, la dépression, les insomnies, l’hypertension, une paranoïa extrême, des distorsions de perceptions et des psychoses», listait en 2014 Amnesty International dans un rapport sur l’ADX Florence intitulé «Entombed», soit enterré ou emmuré vivant.

Lames et excréments

Cette psychiatre, écrivait le «New York Times» dans une longue enquête sur le pénitencier publiée en 2015, avait parlé à des détenus «qui avaient avalé des lames de rasoir, qui avaient été laissés attachés des semaines durant sur leur lit.» Ainsi qu’à un prisonnier «qui mangeait tellement souvent ses excréments que l’équipe de psychiatres ne le relevait plus que s’il le faisait avec une voracité inhabituelle»…

Ces terribles conditions d’isolement sont régulièrement dénoncées. Ont-elles été modifiées? Quelques améliorations auraient été apportées en 2015 suite à une action collective de onze détenus. Mais difficile d’être plus précis: le Bureau fédéral américain des prisons maintient une grande opacité autour de son «trou de l’enfer» du Colorado.

Une version aseptisée de l’enfer

La vie dans ce pénitencier? «Cette petite boîte, ce petit trou est devenu mon monde, ma salle à manger, mon espace de lecture et d’écriture, j’y dors, marche, urine, défèque. Je vis pratiquement dans une salle de bains, et cette idée n’a jamais quitté mon esprit en dix ans.» Cette comparaison recueillie par Amnesty est de Mahmud Abouhalima, un des planificateurs du (premier) attentat du World Trade Center, en 1993: 6 morts, plus de 1000 blessés.

En de rares occasions, d’anciens cadres de l’ADX Florence ont également tenté de définir ce qui attend El Chapo. Lors d’un reportage diffusé par CBS en 2007, l’ancien directeur des lieux Scott Pelley avait comparé le pénitencier à «a clean version of hell». Une version propre ou aseptisée de l’enfer.

Autre ancien directeur, de 2002 à 2005, Robert Hood avait raconté au «New York Times» ce qu’il avait l’habitude de répondre aux prisonniers qui se plaignaient: «Cet endroit n’est pas conçu pour l’humanité.»

Créé: 22.07.2019, 09h59

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