Mercredi 1 avril 2020 | Dernière mise à jour 07:16

Italie Émilie-Romagne: coup dur pour Salvini

Alors que le patron de la Ligue comptait sur ce scrutin test, des résultats partiels montrent que son parti d'extrême droite est en seconde position après la gauche en Emilie-Romagne.

Stefano Bonaccini, président sortant d'Emilie-Romagne, le 26 janvier 2020.

Stefano Bonaccini, président sortant d'Emilie-Romagne, le 26 janvier 2020. Image: Keystone

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Le chef de l'extrême droite italienne Matteo Salvini a raté son pari, échouant à remporter dimanche la région «rouge» d'Emilie-Romagne et à renverser le gouvernement. Mais celui-ci reste fragile après une défaite monumentale des 5 Etoiles, premier parti au parlement.

Le dirigeant souverainiste avait misé son va-tout sur ce scrutin régional, sillonnant sans relâche un territoire dominé par le Parti communiste italien puis le centre-gauche depuis 70 ans.

Au final, c'est le président sortant de la région, Stefano Bonaccini (PD, centre gauche), qui l'a emporté largement avec 51,4% sur la candidate de la Ligue de Salvini, Lucia Borgonzoni avec 43,6%, selon les résultats officiels diffusés lundi.

Les investisseurs internationaux ont réagi avec soulagement: le «spread», le très surveillé écart entre les taux italiens et allemands à 10 ans reculant fortement à 140,6 points contre 156,5 points.

«Excès d'assurance»

Mais si le gouvernement formé par le PD (centre gauche) et le Mouvement Cinq Etoiles (M5S, anti-élites) peut pousser un soupir de soulagement, il ne sort pas pour autant renforcé du scrutin de dimanche, selon les experts.

«Le gouvernement n'est pas instable», a néanmoins assuré le chef du gouvernement italien Giuseppe Conte, qui a balayé la signification politique d'un scrutin avant tout «régional». «Nous devons travailler pour contrer ces droites», a-t-il commenté lundi, en parlant du renforcement d'un front «progressiste, réformiste, alternatif».

Pour l'éditorialiste politique Stefano Folli, du quotidien Repubblica, Salvini, qui rêvait d'élections anticipées, a «péché par excès d'assurance et même une certaine arrogance».

Celui que ses troupes surnomment le «Capitano» avait promis d'aller présenter un «avis d'expulsion» au gouvernement de Giuseppe Conte. Il s'est contenté lundi d'assurer depuis Bologne que «ce n'est que partie remise».

Mais pour Stefano Folli, cette défaite de l'ex-personnage fort du gouvernement Ligue-M5S (juin 2018 à août 2019) «confirme l'urgence de changer quelque chose dans son message médiatique».

L'«effet sardines»

Fort d'intentions de vote le créditant de plus de 30% des voix, soit théoriquement le premier parti d'Italie, Salvini avait défié la gauche dans l'un de ses fiefs en surfant notamment sur le mécontentement d'une classe moyenne inquiète des effets de la mondialisation dans une région pourtant prospère et championne en matière de santé et éducation.

«L'histoire italienne récente enseigne que lorsqu'on organise un référendum sur sa personne on le perd, comme cela a été le cas de Matteo Renzi», l'ex-chef du PD fin 2016, souligne à l'AFP Emiliana De Blasio, professeure de sciences politiques à l'université Luiss de Rome.

Pour cette chercheuse, le PD a bénéficié clairement de l'émergence des Sardines, un mouvement civique né il y a seulement deux mois, justement à Bologne, qui a mobilisé l'électorat de gauche alimentant une participation énorme (67,7% contre 37% aux précédentes régionales de 2014).

Leurs enseignements au PD sont que «bien gérer (la région) comme l'a fait Bonaccini ne suffit pas, il faut savoir bien communiquer, et (qu') on ne gouverne pas sans les places (le soutien populaire)», souligne Emiliana De Blasio, pour qui l'Italie se confirme comme un «laboratoire politique» pour l'Europe.

«Trou noir» des Cinq Etoiles

Selon cette chercheuse qui étudie les Sardines de près, «c'est un mouvement original né de l'opposition à Salvini mais devenu un agrégateur de causes transnationales comme Fridays for Future (défense du climat) et qui se réfère aux valeurs européennes».

Dans l'immédiat, les Sardines ont annoncé qu'elles «retournent en coulisses». Sans doute jusqu'au prochain scrutin important.

Si le gouvernement PD/M5S peut tirer un soupir de soulagement, il ne sort pas pour autant renforcé du scrutin de dimanche, selon les experts. L'effondrement du Mouvement 5 Etoiles (sous les 10%) alors qu'il était le premier parti italien aux législatives de 2018 avec environ 32%, est l'une des principales données du scrutin.

L'avenir de la coalition dépendra, selon les experts, de la stratégie du M5S qui n'a plus de patron depuis la semaine passée après la démission de Luigi di Maio, resté chef de la diplomatie italienne. (ats/nxp)

Créé: 27.01.2020, 00h07

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