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Turquie Erdogan hausse le ton face aux manifestants

Le Premier ministre turc a clairement laissé entendre dimanche que sa patience avait des limites. De leur côté, des dizaines de milliers de ses opposants se sont à nouveau rassemblés place Taksim à Istanbul.

Recep Tayyip Erdogan, le 7 juin 2013.

Recep Tayyip Erdogan, le 7 juin 2013. Image: AFP

Intervention musclée de la police à Ankara

La police turque a utilisé dimanche soir de grandes quantités de gaz lacrymogène et des canons à eau pour disperser une manifestation de plusieurs milliers de personnes dans le centre d'Ankara, a constaté un photographe de l'AFP. Elle a aussi procédé à plusieurs interpellations.

Des centaines de policiers anti-émeutes ont abondamment utilisé le gaz lacrymogène pour déloger les protestataires qui manifestaient pacifiquement sur la place centrale de Kizilay, théâtre de manifestations anti-gouvernementales, et ont fait au moins deux blessés.

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En Turquie, le bras de fer continue

En Turquie, le bras de fer continue Depuis le 31 mai, des manifestants sont réprimés par les forces de l'ordre, notamment à Istanbul et Ankara.

Donner «une leçon» aux manifestants

Le premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan a appelé dimanche à Adana (sud) ses électeurs à donner «une leçon» aux manifestants lors des élections municipales de mars 2014. Il est contesté par une vaste mobilisation qui dure depuis le 31 mai.

«Il n'y a plus que sept mois jusqu'aux élections locales. Je veux que vous donniez à ces gens une première leçon par des voies démocratiques dans les urnes», a-t-il dit lors d'un discours retransmis par les chaînes de télévision devant des milliers de partisans venus l'acclamer à l'aéroport de cette ville.

M. Erdogan a une nouvelle fois affiché sa fermeté à l'égard des manifestants qui réclament sa démission à travers tout le pays. «Ils sont lâches au point d'insulter le premier ministre de ce pays», a-t-il martelé, utilisant de nouveau le terme de «vandales» ou d'«anarchistes» pour désigner les protestataires.

Le chef du gouvernement islamo-conservateur qui dirige le pays depuis plus de dix ans a également assuré que son régime représentait l'ensemble des Turcs, sans discrimination. «Nous sommes le parti des 76 millions» d'habitants de Turquie, a-t-il dit.

M. Erdogan doit assister à une cérémonie d'inauguration d'un complexe sportif dans la province voisine de Mersin, puis rentrer en fin de journée à Ankara. Les manifestants reprochent au chef du gouvernement son autoritarisme et sa volonté de vouloir islamiser la Turquie laïque.

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Les manifestants étaient venus en masse assister à un concert et à une réunion politique. Les organisateurs du mouvement baptisé «Solidarité Taksim» réclament désormais l'interdiction du recours aux gaz lacrymogènes, le limogeage des responsables de la répression et la levée de l'interdiction de manifester.

«Les revendications sont évidentes. Nous demandons au gouvernement de prendre en compte la réaction (de la rue), d'agir avec responsabilité et de satisfaire les exigences formulées tous les jours par des millions de personnes», disent-ils dans un communiqué.

Sur une tribune dressée dans la matinée au milieu de la place, les harangues dénonçant la politique du gouvernement et les brutalités policières se succédaient, entrecoupées de morceaux de musique et immanquablement ponctuées de «Tayyip, démission!» ou «gouvernement, démission!» scandés par la foule.

Samedi soir, plusieurs dizaines de milliers de personnes se sont encore rassemblées sur ce site, où les premiers affrontements avec les forces de l'ordre ont éclaté il y a une semaine.

«Un terme à la patience»

De son côté, le Premier ministre Recep Tayyip Erdogan a affirmé à l'aéroport d'Ankara, au retour d'une tournée en province, que «nous avons été patients, nous serons patients, mais il y a un terme à la patience».

«Vous devez leur donner une leçon dans l'isoloir (lors des élections municipales et présidentielle de 2014). Vous irez de porte à porte, de maison en maison et vous vous engagerez», avait auparavant déclaré le chef du gouvernement devant ses partisans enthousiastes réunis à Mersin, site des Jeux méditerranéens.

Le chef du gouvernement, dont les manifestants réclament la démission, s'est jusqu'ici montré inflexible. Le Parti pour la justice et le développement (AKP) dont il est issu a exclu samedi la tenue d'élections anticipées. Ses dirigeants ont par ailleurs parlé d'organiser leur propre rassemblement la semaine prochaine à Ankara.

«Vers une Turquie meilleure»

Fort d'une popularité sans égale, Recep Tayyip Erdogan n'a rien changé à son emploi du temps. «Mes chers frères, nous allons vers une Turquie meilleure. Ne laissez pas faire ceux qui cherchent à semer les graines de la discorde!», a-t-il lancé à ses partisans venus l'accueillir dans la matinée.

Recep Tayyip Erdogan, qui n'a aucune intention de renoncer à ses fonctions, s'appuie sur la bonne santé électorale de l'AKP, dont le score n'a cessé de progresser lors des trois dernières échéances nationales. Il n'a en outre aucun concurrent sérieux.

Depuis son arrivée aux affaires, en 2003, le Premier ministre islamo-conservateur a mis en oeuvre de nombreuses réformes démocratiques et a su tenir une armée qui a renversé quatre gouvernements en autant de décennies.

Dérive autocratique

Il a par ailleurs entamé des négociations d'adhésion avec l'Union européenne et amorcé un processus de paix avec les séparatistes kurdes du PKK. Ses détracteurs lui reprochent toutefois une dérive autocratique.

La presse fait l'objet de pressions croissantes, des opposants ont été arrêtés dans le cadre d'enquêtes sur des complots de coups d'Etat et des mesures telles que la limitation des ventes d'alcool lui ont valu les foudres d'une classe moyenne très sensible à toute atteinte au principe de laïcité. (ats/nxp)

Créé: 09.06.2013, 21h20

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