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Analyse L'ère du terrorisme low-cost

Ceux qui font couler le sang frappent désormais là où ils sont et avec les moyens du bord.

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Attentat de Nice: Promenade des Anglais touchée

Attentat de Nice: Promenade des Anglais touchée Dans la ville du sud de la France, un camion a foncé dans la foule sur la Promenade des Anglais, le jeudi 14 juillet 2016.

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Jeudi, un djihadiste français invitait les ouailles du groupe Etat islamique à ne plus rallier la Syrie et l’Irak. Dans cette vidéo repérée par le journaliste David Thomson, le terroriste ordonnait: «Déchire ton billet pour la Turquie, le firdaws (ndlr: paradis) est devant toi, tu manipules deux/trois voyous, tu trouves une arme dans n’importe quel quartier.» L’attentat commis le soir même à Nice semble confirmer ce virage stratégique pris par Daech. A l’heure où nous bouclions ces pages hier soir, l’organisation n’avait pas revendiqué la tuerie. Le procureur de la République François Molins évoquait tout de même, lui, des actes «correspondant très exactement» aux appels des organisations terroristes islamistes.

Ni armes ni formation

«Nous sommes passés à un terrorisme low-cost. Une personne isolée, une kalachnikov et trois cents cartouches suffisent», observe Thomas Flichy de La Neuville, professeur à l’Ecole spéciale militaire de Saint-Cyr. «Le nombre de victimes est important, alors qu’il s’agit de moyens rustiques. Il n’y a même plus d’armes de type kalachnikov, ni besoin de formation. Il faut juste être prêt à mourir et à tuer le plus de gens possible», acquiesce Olivier Chopin, chercheur associé à l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS) et spécialiste du renseignement.

Les recommandations de Daech en ce sens datent de septembre 2014. L’un de ses porte-parole, Abu Mohammad al-Adnan, suggérait de broyer la tête des mécréants avec une pierre, de les massacrer avec un couteau ou encore de les écraser avec une voiture. «Al Qaida a fait la publicité des mêmes méthodes dès 2014 dans son magazine Inspire», relève Christina Schori Liang, spécialiste du terrorisme au Geneva Center for Security Policy. Les résultats de la stratégie ont été rapidement visibles, avec plusieurs attaques de ce type intervenues dans un premier temps sur le continent américain. «En 2014, à Saint-Jean-sur-Richelieu, au Canada, deux militaires avaient par exemple été renversés par le véhicule d’un islamiste radical», rappelle la chercheuse.

Aujourd’hui, c’est donc au tour de l’Europe, avec, pour la première fois dans un attentat de cette ampleur, le recours à un camion bélier. «Ces véhicules interviennent habituellement en Israël ou en Irak. Il s’agit en fait d’une méthode très ancienne, mais généralement utilisée avec des explosifs, rarement pour écraser une foule», remarque Thomas Flichy de La Neuville. A ses yeux, ces attentats plus radicaux en Occident s’expliquent par la perte de territoire des djihadistes au Moyen-Orient, suite à leur lâchage par l’Arabie saoudite et la Turquie.

Nouvelle cible

Autre innovation des terroristes: frapper une grande métropole de province. Un choix efficace: «Il répand l’effet de sidération à l’ensemble de la population et table sur une moins bonne préparation des forces de sécurité», estime Thomas Flichy de La Neuville. Sans compter que Nice constitue un haut lieu touristique, tout en concentrant un grand nombre de djihadistes.

Dans cette configuration du maximum de dégâts avec un minimum de moyens, comment se protéger? Les services de renseignement ont encore des efforts à faire dans le partage d’informations entre Etats, tout comme entre services internes. Les contrôles aux frontières pourraient aussi être renforcés. «L’espace Schengen est aujourd’hui un espace de libre circulation de la menace et de l’insécurité collective», juge Olivier Chopin. Néanmoins, cet exercice a ses limites. «Dans le cas d’un individu qui s’est autoradicalisé, comment interpréter comme une menace le fait de louer un camion?» s’interroge le chercheur. Le défi est gigantesque, d’autant plus que «la charge de l’efficacité est totalement inversée: si les terroristes réussissent une opération après 9 tentatives déjouées, ce sera une grande victoire politique, contrairement aux services de police qui ne peuvent pas se permettre d’échouer une seule fois», fait remarquer Olivier Chopin.

Alors que faire? Les experts mettent en garde contre une approche uniquement sécuritaire et technologique qui ne s’attaquerait qu’aux effets, et non aux racines. Cependant, les clés de compréhension des motivations des djihadistes manquent. «Cela relève d’une perte de sens ou de l’incapacité des sciences sociales à voir ce qui se joue dans les rapports sociaux, le sentiment du vivre ensemble, la définition d’un bien commun», déplore Olivier Chopin.

Le combat doit en tout cas être porté sur le terrain culturel et religieux. «Ce que l’on ne fait pas aujourd’hui car on ne connaît pas l’islam», regrette à son tour Thomas Flichy de La Neuville.

Créé: 16.07.2016, 09h07

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