Mardi 23 juillet 2019 | Dernière mise à jour 00:27

Palerme Erreur d'identité sur le «boss» des passeurs

A Palerme, un jury a ordonné la libération immédiate d'un homme accusé d'avoir dirigé un vaste réseau de trafiquants de migrants.

Les témoignages ont afflué pour dire que l'homme arrêté n'était pas Medhanie Yehdego Mered mais Medhanie Tesfamariam Berhe, un réfugié érythréen échoué à Khartoum.

Les témoignages ont afflué pour dire que l'homme arrêté n'était pas Medhanie Yehdego Mered mais Medhanie Tesfamariam Berhe, un réfugié érythréen échoué à Khartoum. Image: AFP

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La cour d'assise de Palerme a reconnu vendredi une erreur d'identité dans l'affaire d'un Erythréen accusé d'avoir dirigé un vaste réseau de trafiquants de migrants, un nouveau coup dur pour les enquêteurs qui peinent à frapper ces réseaux à la tête.

La cour a ordonné la libération immédiate de l'homme jugé, tout en assortissant sa décision d'une condamnation pour aide à l'immigration clandestine, une peine couverte par ses plus de trois ans de détention préventive.

Mais le jeune homme a en fait été conduit dans la soirée vers le centre de rétention de Caltanissetta, dans le centre de la Sicile, en vue d'une éventuelle expulsion, a annoncé à l'AFP son avocat, Me Michele Calantropo, qui a déposé une demande d'asile en son nom maintenant que son identité est établie.

Présente dans la salle d'audience-bunker prévue pour les procès de mafieux, une soeur de l'accusé a éclaté en sanglots à l'énoncé du verdict, tandis que des membres de la communauté érythréenne poussaient des cris de joie et que l'accusé, qui a appris en prison la gestuelle italienne mais pas la langue, remerciait chaleureusement son interprète.

«Une solution à la Salomon»

«Je crois qu'ils ont trouvé une solution à la Salomon», a déclaré dans l'après-midi Me Calantropo, qualifiant la reconnaissance de l'erreur d'identité de «grand succès» pour la défense.

En juin 2016, les autorités italiennes avaient fièrement annoncé l'arrestation au Soudan et l'extradition en Italie de Medhanie Yehdego Mered, après des années d'enquête sur ces réseaux qui ont envoyé des centaines de milliers de migrants en Europe, et des milliers à la mort.

Premier chef de réseau jugé en Italie, Mered est soupçonné en particulier d'avoir affrété le bateau dont le naufrage avait fait plus de 366 morts le 3 octobre 2013 devant l'île de Lampedusa. Mais, très vite, les témoignages ont afflué pour dire que l'homme arrêté n'était pas Mered mais Medhanie Tesfamariam Berhe, un réfugié érythréen échoué à Khartoum et n'ayant en commun avec l'homme recherché qu'un prénom relativement courant en Erythrée.

Plusieurs enquêtes menées par des journalistes italien, américain et suédois ont établi que Behre avait été repéré au printemps 2016 par les enquêteurs parce qu'il avait flirté avec la femme de Mered sur Facebook et appelé un passeur en Libye pour avoir des nouvelles d'un cousin parti pour l'Europe.

Boss intouchables

A cette époque, les enquêteurs avaient perdu la trace de Mered, arrêté fin 2015 à Dubaï pour détention de faux passeport. Libéré huit mois plus tard, il vit désormais en Ouganda, selon ces journalistes. Outre de multiples témoignages, la défense a fourni des photos de Mered n'ayant aucune ressemblance avec l'accusé ou encore une analyse ADN liant l'homme arrêté à la mère de Behre.

Mais l'accusation a maintenu le cap, assurant en particulier que les conversations enregistrées avec le passeur en Libye n'avaient rien d'innocent. Même si la cour n'a pas encore publié ses attendus, ce sont probablement ces conversations qui lui ont valu sa condamnation.

Le 17 juin, le procureur Calogero Ferrara avait requis 14 ans de réclusion et 50'000 euros d'amende contre l'accusé, insistant sur le «mépris absolu» des passeurs pour la vie humaine. Mais ce réquisitoire léger était déjà un aveu d'échec: par comparaison, le Tunisien Khaled Bensalem, simple passeur ayant survécu au naufrage de Lampedusa, a pour sa part été condamné à 27 ans de prison, allégés à 18 ans parce qu'il avait accepté une procédure accélérée. Comme lui, les dizaines de «scafisti» (passeurs des mers) détenus en Libye sont pour l'essentiel des petites mains.

Les enquêteurs disposent pourtant d'un vaste arsenal juridique mis en place au cours des dernières décennies dans le cadre de la lutte antimafia : écoutes téléphoniques y compris à l'étranger, témoignages de repentis... Ils peuvent aussi s'appuyer sur le renseignement recueilli par les agences et polices d'Europe. Les dossiers des enquêteurs italiens contre les réseaux sont donc fournis, mais la plupart des chefs de réseau restent quasi-intouchables dans le chaos libyen. (afp/nxp)

Créé: 13.07.2019, 00h15

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