Lundi 16 décembre 2019 | Dernière mise à jour 13:05

Espagne Des grands patrons dans un scandale d'espionnage

Des chefs d'entreprise espagnols auraient espionné leurs concurrents grâce aux services d'un ancien policier. Une enquête de l'Audience nationale est en cours.

Selon des enregistrements de l'ex-policier Jose Manuel Villarejo, le dirigeant du géant de la construction ACS et président du Real Madrid Florentino Perez aurait été espionné par un concurrent.

Selon des enregistrements de l'ex-policier Jose Manuel Villarejo, le dirigeant du géant de la construction ACS et président du Real Madrid Florentino Perez aurait été espionné par un concurrent. Image: Keystone

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Ex-patron d'une banque mis en examen, espionnage durant des batailles boursières: les grands patrons espagnols voient remonter à la surface de vieilles affaires ayant pour protagoniste un ancien policier sulfureux dont les révélations agitent les hautes sphères du pays.

Ministres et famille royale ont déjà été éclaboussés par la publication depuis quelques années à intervalles réguliers d'enregistrements de l'ex-commissaire Jose Manuel Villarejo. En prison depuis 2017, il a été qualifié de «maître-chanteur» par le chef du gouvernement Pedro Sanchez.

Mais le scandale de l'espionnage à grande échelle effectué par M. Villarejo atteint aussi les stars de la Bourse de Madrid, à commencer par la deuxième banque espagnole BBVA, dont l'ancien patron emblématique Francisco Gonzalez a dû se retirer en mars.

Deux figures du monde de l'entreprise

Cette semaine, l'affaire a rattrapé deux autres figures du monde de l'entreprise: le magnat du béton Florentino Perez, dirigeant du géant de la construction ACS et président du club de football du Real Madrid, et son ennemi juré Ignacio Galan, patron de la multinationale énergétique Iberdrola.

Selon des enregistrements de Villarejo publiés lundis par deux médias espagnols en ligne, le second aurait fait espionner le premier via les services du fameux commissaire vers 2009 pour empêcher ACS de monter au capital d'Iberdrola.

Florentino Perez a immédiatement annoncé dans un communiqué qu'il se constituait «accusateur privé», une procédure juridique qui lui permettra d'«exercer des actions pénales et civiles contre les éventuels responsables, qui pourraient notamment inclure (...) le président d'Iberdrola et les gens de son entourage».

Démission

Dans la foulée, ACS a annoncé la démission de son conseil d'administration de Manuel Delgado, réputé très proche de Florentino Perez, alors que l'un des enregistrements révèle une conversation compromettante entre lui et le commissaire Villarejo.

Après une enquête interne, Iberdrola avait reconnu en octobre avoir eu recours à 17 reprises aux services du groupe Cenyt, dirigé par le commissaire et théoriquement chargé d'études de marché, entre 2004 et 2017 mais avait assuré que «tous les contrôles et procédures internes (avaient) été correctement mis en oeuvre».

Après de nouvelles révélations, le groupe a toutefois décidé de lancer début octobre une nouvelle enquête interne.

Selon une source judiciaire, le tribunal de l'Audience nationale, chargé d'enquêter sur la tentaculaire affaire Villarejo, a ouvert une enquête spécifiquement dédiée à Iberdrola.

Hauts dirigeants au tribunal

Cette semaine, ce tribunal a aussi vu défiler de hauts dirigeants -passés et actuels- de BBVA, convoqués par le juge, dont Francisco Gonzalez. Dix ont été au total mis en examen pour corruption et révélation de secrets. Ils sont soupçonnés d'avoir utilisé les écoutes illégales du commissaire en 2004 pour empêcher le groupe de construction Sacyr d'entrer au capital de la banque.

Après la publication de premiers enregistrements compromettants début 2019, M. Gonzalez a dû renoncer en mars aux postes honorifiques qu'il conservait encore au sein de BBVA. La banque a reconnu avoir eu recours aux services de Villarejo et ouvert une enquête interne.

Chantages

Mais «une fois que (l'enquête judiciaire) sera terminée, il apparaîtra très clairement (...) que le groupe BBVA et ses dirigeants ont toujours travaillé de manière intègre et exemplaire», s'est défendu M. Gonzalez devant la presse.

«Les ramifications de Villarejo dans le pouvoir économique laissent une saveur amère», même si «elles ne provoquent pas non plus une gigantesque surprise», analysait, fataliste, le quotidien économique Cinco Dias mardi.

Car pendant des années, cet ex-commissaire a enregistré à leur insu des personnalités du monde politique, économique et judiciaire.

Il est aussi accusé de s'être enrichi en se faisant payer pour monter des campagnes de discrédit, menacer ou faire chanter. Des documents récupérés par Villarejo et d'autres policiers auraient aussi été utilisés par le gouvernement conservateur de Mariano Rajoy pour salir leurs adversaires politiques.

L'ancien roi Juan Carlos n'a pas été épargné. Dans un enregistrement attribué à Villarejo diffusé en 2018 par deux medias espagnols, son ex-maîtresse, Corinna zu Sayn-Wittgenstein, déclare que le souverain avait touché une commission lors de l'attribution d'un contrat à des entreprises espagnoles en Arabie saoudite en 2011.

Et dans un communiqué publié en août par plusieurs médias espagnols, M. Villarejo a menacé de faire de nouvelles révélations sur d'autres grandes entreprises. (afp/nxp)

Créé: 22.11.2019, 09h10

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