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Reportage Éthiopie: le dernier espoir pour leur enfant

Au centre médical d’Aydora, les mères amènent les bambins les plus affaiblis par le manque de nourriture, causé par la sécheresse.

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C’est sa mère, Mako Roble, 50 ans, qui l’a porté sur son dos depuis le village d’Urdala, à 10 kilomètres de marche de là. Ils ont mis deux heures pour venir au centre médical d’Aydora, géré par le gouvernement, dans l’est de l’Ethiopie, la région la plus durement touchée par la sécheresse qui sévit dans le pays. Maintenant, Abdi Hussein, 3 ans, petit ensemble à rayures et sandales, semble impressionné devant le bureau du médecin. Ce dernier, Fikru Gebre, note sur la fiche en carton de l’enfant des chiffres encourageants. La première fois que le petit Abdi Hussein est venu ici, il pesait un peu plus de 9 kilos et le tour de son bras mesurait 11 centimètres. «Je me souviens bien de lui. Il était très maigre», dit le médecin. Le garçon avait alors été diagnostiqué comme atteint de malnutrition sévère, avec complications.

Anémie, forte fièvre, diarrhées, toux… Il avait passé une semaine complète dans le centre. Seuls les cas les plus graves sont traités ainsi. Les autres rentrent chez eux avec des compléments alimentaires. «J’étais très inquiète. Je pensais qu’il allait peut-être mourir. Il était très faible et malade. Mais j’ai entendu que quelqu’un de mon village avait emmené son enfant ici et qu’il s’était rétabli. Alors je suis venue aussi», raconte Mako Roble, assise sur une chaise en plastique du local. Echec au «test de l’appétit»

Ce jour-là, Abdi Hussein avait été posé sur une balance, examiné et avait dû passer le «test de l’appétit». Le médecin avait mis sur son doigt une petite quantité d’un produit appelé «aliment thérapeutique prêt à l’emploi» qui ressemble à une pâte de cacahuètes. Si l’enfant le refuse – comme cela avait été le cas pour le garçon – c’est que son état est sérieux.

Mais tout cela, c’était il y a cinq semaines. Ce mercredi-là, Abdi Hussein affiche 11 kilos et 12,5 centimètres de tour de bras. Le médecin considère qu’il sera tiré d’affaire quand il se sera encore épaissi de 2 kilos. En attendant, il est ausculté chaque semaine et reçoit des sachets d’aliment thérapeutique prêt à l’emploi. Il repartira cette fois avec vingt et une doses pour sept jours. «Il est important de faire comprendre aux mères qu’il ne s’agit pas de nourriture, mais d’un médicament», intervient Abdi Rahman Aden Ismail qui travaille pour Save the Children, ONG partenaire de la Chaîne du Bonheur. Il s’agit aussi de rendre les mamans attentives aux signes de malnutrition: dysenterie, vomissements, convulsions, inconscience, déshydratation, température… Et la sensibilisation des pères? «C’est très rare qu’ils viennent ici», sourit un interne.

Abdi Rahman Aden Ismail estime que la santé des enfants s’améliore. En juin, le taux de malnutrition était de 20% parmi les petits de la région. Aujourd’hui, il est descendu à 12, 2%. Il assure qu’aucun décès n’est à signaler dans le programme commencé l’an dernier et qui prend en charge les enfants entre 6 mois et 5 ans. Cependant, très affaiblis par la période de sécheresse et ne mangeant toujours pas grand-chose, ces patients présentent un système immunitaire fragilisé. Ils développent donc facilement des maladies comme la malaria, la pneumonie ou la rougeole. Et chez eux, la guérison est plus lente.

Il est encore trop tôt pour savoir si cet épisode de sécheresse entraînera des séquelles irréversibles, telles que des infirmités physiques ou des handicaps intellectuels. Or les études sur le sujet ne poussent pas à l’optimisme. Selon l’Unicef, le risque de décès est particulièrement élevé parmi les enfants souffrant de malnutrition aiguë sévère – il peut être 20 fois supérieur que chez ceux en bonne santé. Au total, dans le monde, la malnutrition joue un rôle dans la moitié des décès des moins de 5 ans. L’anémie peut également nuire au développement psychomoteur et cognitif de l’enfant, abaissant ainsi son quotient intellectuel.

Un problème de longue date

Toujours selon l’Unicef, ce ne sont pas moins de 6 millions d’enfants qui sont affectés par la sécheresse en Ethiopie. Cependant, caprices météorologiques ou non, la malnutrition est un problème de longue date dans le pays. Un bébé sur cinq naissait en 2012 déjà en insuffisance pondérale. Tout âge confondu, 30% des enfants présentaient un poids trop faible cette même année et 10% des retards de croissance modérés ou graves.

Mako Roble, dans ses tongs fatiguées, prend le chemin du retour avec Abdi Hussein. Ses neuf autres enfants l’attendent. Ce soir, au menu, il y aura du lait et du thé. Comme pour chaque dîner. La famille a en effet pu sauver 10% de son bétail. Il reste donc quelques chèvres à traire. Pour demain matin aussi, le menu reste immuable: une injera, galette traditionnelle. Et pour midi, ce sera un repas à base de farine de blé. Sous son voile noir et bleu, Mako Roble admet que «ce n’est pas assez». «Mais si on essaie d’obtenir davantage du gouvernement ou des ONG, on ne peut pas. Si on arrive à court de nourriture avant la fin du mois, on arrive à court de nourriture», constate-t-elle, avant de tourner les talons.

Créé: 25.08.2016, 13h58

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