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Procès de Breivik «J'ai levé mon arme et lui ai tiré dans la tête»

Le tueur d'Oslo a raconté vendredi devant le tribunal en détails et sans aucun signe d'émotion comment il a froidement abattu 69 personnes à bout portant l'été dernier sur l'île d'Utoeya.

Se disant en guerre contre «les élites» qui permettent «l'islamisation» de l'Europe, Breivik a reconnu les faits mais refuse de plaider coupable.

Se disant en guerre contre «les élites» qui permettent «l'islamisation» de l'Europe, Breivik a reconnu les faits mais refuse de plaider coupable. Image: Keystone

Breivik avait étudié les attentats d'Al-Qaïda

Anders Behring Breivik a affirmé vendredi qu'il avait étudié sur Internet les attaques menées par le réseau terroriste Al-Qaïda et lu plus de 600 guides sur la fabrication d'engins explosifs, avant de perpétrer l'attentat contre le siège du gouvernement à Oslo et la tuerie d'Utoya.

Au cinquième jour de son procès, l'extrémiste a raconté qu'il avait notamment étudié l'attentat de 1993 contre le World Trade Center, ainsi que celui d'Oklahoma City en 1995.
«J'ai étudié chacune de leurs actions, ce qu'ils ont raté, ce qu'ils ont réussi», a-t-il expliqué au sujet d'Al-Qaïda.

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"J'ai levé mon arme et je lui ai tiré dans la tête", a raconté Breivik au sujet de sa première victime sur l'île, un vigile. Jugé pour "actes de terrorisme", il a continué à décrire sa sanglante équipée. "Certains faisaient les morts, c'est pour cela que je tirais des coups de grâce", a-t-il ajouté. "J'étais presque terrorisé. J'appréhendais vraiment. Je n'avais vraiment pas envie de le faire", a-t-il affirmé en racontant son arrivée sur l'île déguisé en policier et lourdement armé.

Juste après, il tirait ses premiers coups de feu et abattait le vigile, un policier qui n'était pas en service et la chef du camp d'Utoeya. Avant de se lancer dans une description insoutenable de ce massacre, Breivik a affirmé être quelqu'un de "très sympathique", rejetant toute idée de folie.

" Très sympathique en temps normal"

Étonnamment impassible depuis le début de son procès lundi, au grand dam des familles des victimes, l'extrémiste de droite, aujourd'hui âgé de 33 ans, a longuement détaillé comment il s'était préparé mentalement et émotionnellement dès 2006.

"Je suis quelqu'un de très sympathique en temps normal", a assuré Breivik. Mais, a-t-il précisé, il a dû refouler ses émotions, notamment en pratiquant la méditation, et couper ses liens sociaux, il y a six ans, en vue de commettre le massacre. "Il faut déshumaniser l'ennemi (...) Si je ne l'avais pas fait, je n'aurais pas réussi" à perpétrer le massacre, a-t-il dit.

Le 22 juillet 2011, avant le carnage d'Utoeya, Breivik avait fait exploser une bombe près du siège du gouvernement norvégien dans le centre d'Oslo, faisant huit autres victimes. Il est jugé depuis lundi pour "actes de terrorisme" après avoir tué au total 77 personnes. Il reconnaît les faits mais refuse de plaider coupable estimant avoir agi en "légitime défense" pour protéger son pays contre le multiculturalisme.

Vendredi, les avocats de la partie civile l'ont interrogé sur son apathie apparente et la façon froide et "technique" avec laquelle il explique son geste. Son ton et ses propos --il qualifie régulièrement les adolescents morts sur Utoeya de "cibles légitimes"-- ont blessé de nombreux proches des victimes.

Pénalement irresponsable

Pressé sur ce point, Breivik a dit être capable d'émotions mais refuse d'y donner libre cours car, a-t-il dit, cela l'empêcherait de poursuivre son témoignage. "Je m'effondrerais mentalement si j'enlevais les boucliers mentaux que j'ai dressés", a-t-il affirmé. "Je ne peux mesurer la peine que j'ai causée à d'autres", a-t-il dit.

Mais "le 22 juillet ne tourne pas autour des familles des victimes ni autour de moi. Cela tourne autour du futur de l'Europe et de la Norvège", a-t-il ajouté sous le regard attentif des experts-psychiatres officiels assis devant lui.

La question de la santé mentale de Breivik est centrale dans ce procès qui doit durer 10 semaines. Déclaré pénalement irresponsable, il risque l'internement psychiatrique à vie. Responsable, il encourt 21 ans de prison, une peine qui pourrait ensuite être prolongée aussi longtemps qu'il sera considéré comme dangereux.

"Je ne suis pas un cas psychiatrique et je suis pénalement responsable", a assuré Breivik pour qui un diagnostic psychiatrique le déclarant irresponsable viendrait invalider son manifeste idéologique de 1'500 pages diffusé le jour des attaques.

"Quand on voit quelque chose de si extrême, on peut penser que c'est de la folie mais il faut différencier extrémisme politique et folie dans le sens clinique du terme", a-t-il ajouté.

"Je vends un message"

Depuis le début de son procès lundi, Breivik n'a montré d'émotions fortes qu'une seule fois lorsque l'accusation a diffusé son film idéologique, tirant des larmes des yeux de l'accusé qui était, juste auparavant, resté placide à la lecture des noms et des causes de la mort de ses 77 victimes.

"Il faut me considérer comme un vendeur. Je vends un message (...) Je conçois le 22 juillet comme un travail pour sauver la Norvège et l'Europe", a-t-il dit vendredi.

Il a expliqué avoir décidé de perpétrer une "opération-suicide" --il pensait mourir le 22 juillet-- après avoir épuisé "toutes les voies pacifiques" pour promouvoir sa cause nationaliste, une tentative qui s'est heurtée, selon lui, à "la censure" des médias acquis au multiculturalisme.

Il a aussi dit s'être beaucoup documenté sur internet pour fabriquer sa bombe et avoir longuement étudié les mouvements révolutionnaires à travers le monde, tels que les FARC, l'ETA ou encore l'IRA, mais avoir trouvé le plus d'inspiration auprès d'Al-Qaïda.

"L'avantage avec Al-Qaïda, c'est qu'ils glorifient le martyre", a-t-il dit. "C'est la clé du succès pour un combat de résistance", a-t-il ajouté. (afp/nxp)

Créé: 20.04.2012, 16h41

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