Mardi 20 août 2019 | Dernière mise à jour 07:31

France L'école selon François Fillon: «Fini l'égalitarisme de gauche»

S’il est élu, le candidat de droite promet de guérir l’école. Avis d’experts sur son programme musclé, axé sur l’excellence, le travail et l’autorité.

Pour la gauche, Fillon veut une sorte de retour à l’école de grand-papa. Pour son camp, l’excellence et le travail seraient enfin de retour.

Pour la gauche, Fillon veut une sorte de retour à l’école de grand-papa. Pour son camp, l’excellence et le travail seraient enfin de retour. Image: JEAN-FRANCOIS MONIER / AFP

L'école de Fillon

François Fillon détaille son projet pour l’école française dans un document de 8 pages disponible sur son site de campagne. (Image: DR)

L'édito: de la hauteur pour les élèves

Chaque parent souhaite le meilleur pour son enfant: qu’il soit aimé, qu’il vive dans des conditions agréables, et qu’il ait en main de bonnes cartes pour trouver sa place dans le monde. C’est la chose la plus légitime qui soit. Ce souci explique les crispations qui touchent régulièrement la politique de l’enseignement. Les critiques du rapport PISA rendu cette semaine en sont une illustration. Tout comme en France, les propositions de François Fillon pour transformer l’école républicaine en lieu d’apprentissage et d’excellence, «à contre-courant de l’égalitarisme promu par la gauche».

Personne ne désire ôter à l’école son rôle social. Elle est un lieu d’intégration précieux. Les lois scolaires suisses l’ont compris et poussent à la présence, dans les classes ordinaires, d’enfants ayant des besoins éducatifs particuliers. Le problème est que, derrière cette intention louable, les moyens, souvent, font défaut. Avec pour conséquence de ne faire que des perdants: des élèves aux professeurs à qui l’on demande toujours plus, en passant par les parents et les conseillers d’Etat chargés de l’enseignement.

Pour faire contre mauvaise fortune bon cœur, certains responsables affirment que le rôle de l’école n’est plus d’enseigner le latin ou des calculs trop compliqués, mais plutôt le «vivre-ensemble». Rattrapé par d’autres tâches, imputables aussi aux parents démissionnaires ou hystériques, le système scolaire en vient à exiger peu, à transmettre peu. Et à adapter son discours pour ne pas être mis en contradiction avec sa mission première. Pas besoin d’aller chercher bien loin pour s’en souvenir: la destinée de l’«élève», c’est de prendre de la hauteur. Par le savoir, de s’élever.

Simon Koch, Rédacteur en chef adjoint

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Lui, président, il réformera profondément le système éducatif. Pour François Fillon, l’école française est «malade». La récente enquête PISA sur les performances scolaires semblent lui donner raison. Il entend promouvoir l’excellence, «à contre-courant de l’égalitarisme promu par la gauche», lit-on dans son programme consacré à l’enseignement. Un projet qui divise. Nous avons soumis cinq promesses de Fillon à Jean Romain et à Gregory Durand. Le philosophe et député PLR genevois et le président de la Société pédagogique vaudoise ne sont pas d’accord sur grand-chose.

Lire, écrire, compter

Le candidat républicain veut qu’en primaire (6 à 10 ans), 75% du temps soient consacrés à l’enseignement des fondamentaux. Et de les détailler: lecture, calcul, écriture, grandes dates et grands personnages de l’histoire de la nation, géographie de la France et des régions. «Je le rejoins surtout sur la lecture, c’est essentiel, réagit Gregory Durand. Son taux de 75% me semble par contre artificiel, d’autant que l’apprentissage du français est transversal, il passe par toutes les matières. Quant aux grands personnages et dates, ça ne me convainc pas: il faut comprendre l’histoire, pas l’apprendre.» Jean Romain, lui, applaudit. «Le calcul, la lecture, la compréhension: ce ne sont pas des branches mais le tronc! C’est la mission première de l’école. Or le drame de l’école actuelle, c’est qu’elle ne transmet plus. Cette proportion de 75% me semble bonne et permettrait de remettre sur les rails une école française qui déraille depuis trente ans.»

L’uniforme à l’école

Fillon veut que les conseils d’administration des collèges puissent imposer l’uniforme dans leur établissement, «pour créer entre les élèves une vraie communauté». «J’y suis opposé. Tout le rôle de l’école est de faire émerger la part personnelle de chacun grâce aux connaissances. L’uniforme est donc un obstacle symbolique à ce but», tranche Jean Romain. «C’est un gadget qui raterait sa cible de gommer les mixités sociales, note Gregory Durand. En outre une communauté ne se crée pas avec du tissu mais autour d’un projet. Par exemple monter un spectacle.»

Des devoirs en primaire

Le candidat à l’Elysée veut supprimer l’interdiction des devoirs après la classe au niveau du primaire. Pour, entre autres, «responsabiliser les parents dans le suivi éducatif de leurs enfants». «A mon avis, interdire ou non les devoirs n’est pas un enjeu essentiel. S’il y en a, pour les élèves primaires, ils doivent être cadrés et limités. Par contre je suis en désaccord avec le rôle que François Fillon attribue aux devoirs. Ils servent à consolider des connaissances et non à créer un suivi éducatif», commente Gregory Durand. «La suppression des devoirs est un mantra que récite la gauche régulièrement. Je suis parfaitement d’accord avec François Fillon. Au primaire, les devoirs doivent être légers. Mais il faut en finir avec cette école qui remplace les exercices par les activités. Les devoirs, justement, prolongent par la répétition ce qui se fait en classe. Comme pour un instrument, comme en sport, il n’y a pas de miracle: il faut répéter, libérer progressivement l’esprit par la force de l’exercice répétitif», explique Jean Romain.

Noter le comportement

François Fillon entend «rétablir la note de vie scolaire au collège». «J’y suis favorable. Pour enseigner il faut parvenir à asseoir un respect, une discipline et ça permet d’informer les parents. Par contre, s’il s’agit d’une pure sanction ce n’est pas souhaitable. Cette note doit aussi valoriser des comportements, l’élève doit obtenir des points pour ses attitudes ou initiatives positives», selon Jean Romain. «On colle un 5/20 en comportement à un élève et après on fait quoi? Des comportements problématiques sont souvent liés à un échec scolaire. Il faut trouver les moyens d’aider l’élève, de l’accompagner. Ce n’est pas une note qui va régler la question, d’autant qu’on peut déjà punir s’il le faut», juge Gregory Durand.

L’école, creuset de la nation

Fillon veut d’une école «comme creuset de la nation». Qui «enseigne soigneusement les valeurs de la France, l’exceptionnelle qualité de son héritage culturel». Il a aussi suscité une polémique en se disant favorable à un «récit national», une réécriture des programmes d’histoire pour que les élèves soient fiers du passé de la France. «Après Charlie Hebdo, après le Bataclan, la France a découvert – horrifiée – ses élèves qui ne désapprouvaient pas ces attaques. Alors oui, je crois à l’école républicaine, à une culture commune que l’on acquiert, à la transmission de valeurs qui ne sont pas négociables. Pour le reste on peut montrer la grandeur de l’histoire de France. Mais pas la transformer, ne pas en faire une mythologie», remarque Jean Romain. «Réécrire l’histoire, gommer le négatif… J’ai beaucoup de peine avec cette idée et je ne crois pas qu’on construit une identité comme cela. On apprend du passé, y compris du négatif, des drames, des erreurs. C’est ça qui fait grandir», critique Gregory Durand.

Verdict global

«Son programme me semble assez simpliste et fait de «yaka» et «faukon». Yaka mettre des notes. Faukon axe tout sur les fondamentaux… Surtout, Fillon parle de promouvoir l’excellence. Il passe à mon avis à côté de la question fondamentale et prioritaire: comment lutter contre le décrochage scolaire», estime Gregory Durand. «Je salue évidemment la ligne générale du programme Fillon. Il prône une école où l’on transmet les connaissances. Et pas un lieu de vie, de débat perpétuel ou autres fadaises de l’élève au centre», lance Jean Romain. L’école selon Fillon n’a pas fini de diviser.

Créé: 10.12.2016, 09h08

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