Mercredi 23 octobre 2019 | Dernière mise à jour 07:07

Hongrie Merkel et Orban fêtent la fin du Rideau de fer

Il y a 30 ans, 600 Allemands de l'Est profitaient de l'ouverture d'un poste-frontière entre la Hongrie et l'Autriche pour fuir à l'Ouest. Un événement décisif commémoré à Sopron.

A savoir sur le Rideau de fer

Le «rideau de fer» désigne la séparation, d'abord idéologique puis physique, établie en Europe au lendemain de la Seconde guerre mondiale entre la zone d'influence soviétique à l'Est et les pays de l'Ouest. Cette barrière tombe en 1989 avec le mur de Berlin.

Le nom de «Rideau de fer» a été popularisée par Winston Churchill: «De Stettin sur la Baltique à Trieste sur l'Adriatique, un rideau de fer s'est abattu sur le continent», déclare-t-il le 5 mars 1946, dans un discours aux Etats-Unis. Sa paternité est attribuée à l'écrivain russe Vassili Rozanov, qui l'employa en 1918 à propos de la révolution bolchévique dans son livre «L'Apocalypse de notre temps»: «En cliquetant, en craquant et en grinçant, un rideau de fer descend sur l'histoire de la Russie».

Cette frontière entre l'Europe communiste et l'Ouest, conçue par les dirigeants soviétiques pour faire barrage à l'idéologie occidentale, s'est progressivement matérialisée pour freiner les fuites de citoyens vers l'Ouest.

En Allemagne de l'Est, les dirigeants communistes décrètent en 1952 une zone d'interdiction large de dix mètres le long de la frontière avec la République fédérale allemande (RFA), avec clôtures en barbelés et postes de guet.Pourtant, il reste une faille au dispositif: Berlin, séparée en deux parties - l'une sous contrôle soviétique, l'autre occidental - entre lesquelles on peut circuler sans difficulté majeure.

Le régime est-allemand obtient l'accord de Moscou pour ériger en 1961 le mur de Berlin, présenté comme un «rempart antifasciste». Le mur, longé côté Est par un no-man's land, fait 155 kilomètres (43 km scindent Berlin en deux du nord au sud. Le Mur tombera lui en novembre 1989.



Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

La chancelière allemande, Angela Merkel, et le premier ministre hongrois, Viktor Orban, ont célébré lundi le trentième anniversaire de la fin du Rideau de fer entre l'Est et l'Ouest avec la volonté de mettre l'accent sur ce qui unit les Européens et non pas sur ce qui les divise.

Angela Merkel, invitée de Viktor Orban, s'est rendue en Hongrie, dans la ville frontalière de Sopron où, le 19 août 1989, plus de 600 Allemands de l'Est, avaient profité de l'ouverture d'un poste-frontière avec l'Autriche, à l'occasion d'un «pique-nique paneuropéen», pour fuir à l'Ouest.

Brèche décisive

L'événement fut une brèche décisive dans le «Rideau de fer», cette séparation idéologique puis physique, établie en Europe au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale entre la zone d'influence soviétique à l'Est et les pays de l'Ouest. «Je ne serais pas une femme politique et je ne pourrais pas être chancelière d'une Allemagne réunifiée» si ces événements n'avaient pas eu lieu, a déclaré Angela Merkel, manifestement émue, au cours d'une conférence de presse.

Ce pique-nique «est devenu un symbole international prouvant que le désir de liberté ne peut pas être repoussé», a-t-elle auparavant estimé dans un discours aux côtés de M. Orban, après un service religieux dans une église de la ville. «Sopron montre ce qui fait de nous des Européens, a poursuivi Mme Merkel. [Le pique-nique] était un positionnement en faveur de la solidarité, de la liberté et de la paix, pour une Europe à visage humain.» Ces valeurs doivent continuer d'«unir l'Europe», a soutenu la chancelière, appelant également à «combattre les causes de la fuite et des persécutions» qui poussent des personnes à l'exil, vers l'Europe notamment.

La politique européenne d'asile a suscité ces dernières années de vives crispations incarnées par les postures divergentes d'Angela Merkel et de Viktor Orban au pic de la vague de réfugiés de 2015. Alors que la chancelière conservatrice avait d'abord plaidé pour une politique d'asile généreuse, le premier ministre souverainiste hongrois y a opposé un refus catégorique de l'immigration.

- «Pas de contradiction» -

Mais à Sopron, Angela Merkel s'est gardée de critiquer ouvertement Viktor Orban sur cette question, comme elle l'avait fait au cours de leur dernière rencontre à Berlin en juillet 2018. «Ursula Von der Leyen [la présidente désignée de la Commission européenne] a dit qu'elle entendait relancer les discussions afin de trouver une position commune européenne sur les questions de migration et je trouve cela important», s'est-elle contentée d'expliquer. «[...] Pour régler le problème dans sa totalité, je pense qu'il faut travailler sur ce qui nous unit et tenter de surmonter les différends», a ajouté le chancelière.

Depuis 2015, plus de 200 kilomètres de clôtures érigées par le gouvernement de Viktor Orban contre les migrants ferment les frontières sud de la Hongrie avec la Serbie et la Croatie. Angela Merkel a toujours rejeté cette «politique des barbelés» au cœur de l'UE.

Pas de contradiction

Le premier ministre hongrois a assuré lundi qu'il n'y avait «pas de contradiction» entre le démantèlement du Rideau de fer, qui a abouti à la chute du Mur de Berlin le 9 novembre 1989, et la construction de nouvelles clôtures aux frontières européennes. Dans les deux cas, le but est de bâtir une «Europe de paix et de sécurité», a-t-il soutenu.

Fille d'un pasteur parti vivre avec toute sa famille volontairement dans l'Allemagne de l'Est communiste et athée pour prêcher l'Évangile, Angela Merkel, âgée de 65 ans, s'affiche comme une responsable qui ne cède rien sur les valeurs de liberté, de justice et d'État de droit.

Aux yeux de Viktor Orban, âgé de 56 ans et qui a débuté dans l'arène politique en tant que dissident libéral en 1989, la chute du communisme a d'abord marqué pour la Hongrie et les autres pays de l'Est la reconquête de leur souveraineté, un principe sur lequel il s'est montré de plus en plus intransigeant au fil des ans, jusqu'à être accusé de dérives antidémocratiques dans son exercice du pouvoir.

Au-delà de leurs divergences politiques, les deux gouvernements ont des intérêts économiques étroitement liés, l'Allemagne étant le principal partenaire économique de la Hongrie du fait notamment de la forte implantation de ses constructeurs automobiles dans ce pays. (afp/nxp)

Créé: 19.08.2019, 15h21

Publier un nouveau commentaire

Attention, une nouvelle procédure est en place. Vous devez vous inscrire ou mettre à niveau votre profil
"Le Matin" aime les débats. Mais trop d'abus ont lieu dans les forums. La politique pour commenter un sujet a changé. Vous devez créer un compte utilisateur ou compléter votre profil existant avec un numéro de téléphone mobile (vous n'en avez pas? envoyez une demande à l'adresse lm.online@lematin.ch). Nous vous prions d’utiliser votre nom complet. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de penser que de nombreuses personnes vous lisent. Et bon débat!
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.