Mercredi 19 décembre 2018 | Dernière mise à jour 06:30

Tuerie de Toulouse Mohammed Merah, voleur de sac à main devenu assassin

L'enquête de la police judiciaire et du renseignement intérieur a permis d'identifier le suspect des tueries de Montauban et de Toulouse.Un petit délinquant qui s'est transformé en monstre après un séjour en Afghanistan.

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

La Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI), le FBI à la française, l'avait à l’œil depuis plusieurs années. Et pourtant. Figurer sur cette liste rouge n'a pas suffi à empêcher ce carrossier de 23 ans de tuer froidement trois militaires de l'unité de parachutisme de Montauban, puis 3 enfants juifs de 4 à 7 ans ainsi que leur rabbin, à Toulouse. Qui est ce Français d'origine algérienne qui, le mois dernier encore, comparaissait en justice pour un simple vol à l'arraché?

«Il est courtois et poli» avançait son avocat Christian Etelin, qui le défendait le mois dernier encore pour une simple infraction à la loi sur la sécurité routière (conduite sans permis) et qui, quelques jours plus tôt, plaidait pour ce délinquant encore qui avait volé la sacoche d'un client en pleine banque. Mais si ce jeune Toulousain originaire des quartiers sensibles nord de la ville rose, figurait sur les listes de la DCRI, était-ce seulement pour les 18 faits de droit commun de ce type consignés dans son casier?

Celle-ci compilait une quinzaine de suspects vivant en Midi-Pyrénées, une partie relevant de l'ultra-droite, l'autre de l'islamisme radical. Son nom est pour la première fois apparu sur les radars après les deux premières tueries. Ce n'est que mardi que différents éléments «nous ont renforcés dans notre certitude», selon un enquêteur, et que le suspect «a pu être physiquement repéré».

«Venger les enfants palestiniens»

Comment de la petite délinquance est-il passé à l'islamisme radical, conforté par ses séjours à la frontière pakistano-afghane où il a même passé par la prison de Kandahar avant de s'en enfuir, comme le confirmait le directeur de l'établissement pénitencier ce matin?

Lors de ses échanges avec le Raid qui négociait sa reddition, il a revendiqué être «un moudjahid» (combattant de Dieu), dit «appartenir à Al-Qaïda» et avoir voulu «venger les enfants palestiniens», pour expliquer la tuerie du collège juif, a rapporté le ministre de l'Intérieur français Claude Guéant. Il a aussi invoqué sa ferme opposition aux interventions étrangères de l'armée française, en guise d'explication pour l'assassinat de trois parachutistes.

Mais c'est peut-être son amertume d'avoir été recalé à plusieurs reprises au seuil d'une carrière dans l'armée, qui l'a guidé vers la caserne pour commettre son forfait. En 2008, l'Armée de terre n'en veut pas. Pas plus que n'en voudra la Légion étrangère, deux ans plus tard. Trop «instable psychologiquement», estiment les instances autorisées.

Deux des trois parachutistes tués étaient d'origine maghrébine. Les jeunes djihadistes de retour en Europe sont depuis longtemps considérés comme la principale menace terroriste. En la matière, il dispose d'un «solide background», selon une source proche de l'enquête.

En solo

Appartient-il à un groupe structuré ? «Seule l'enquête le dira», a répondu Claude Guéant, qui a cependant relevé qu'à chaque fois, l'assassin avait agi seul. Mis en garde à vue, son frère est aussi un sympathisant de l'islam le plus radical. Des explosifs ont d'ailleurs été retrouvés au domicile de ce frère aîné, AbedlKader.

C'est l'adresse IP d'AbdelKader qui a permis de remonter la piste jusqu'au djihadiste solitaire. La première victime du tueur, abattue le 11 mars, avait passé une petite annonce sur internet pour vendre une moto. Cinq cents connexions ont été relevées par les enquêteurs. Des analyses de téléphones portables ont complété la localisation. Mais c'est également un concessionnaire de motos qui a permis de confondre le suspect. Il lui avait demandé comment caréner la couleur d'une moto (la sienne était noire pour la tuerie des soldats de Montauban, puis blanche pour la tuerie de l'école juive) et comment fonctionnait un tracker, ce système GPS de pistage d'un véhicule.

Armé jusqu'aux dents

Retranché chez lui et affirmant disposer de nombreuses armes, Mohammed M. a accepté de jeter l'une d'elles par la fenêtre, un Colt .45, de calibre 11,43 mm. C'est le même type d'armes que celle dont le tueur s'est servi sur les trois scènes de crimes. Il a aussi dit aux négociateurs disposer d'un mini Uzi. Un pistolet mitrailleur de ce type aurait servi au collège juif avant de s'enrayer.

A chaque fois très semblable: le tueur exécute ses victimes «à bout touchant». Décrit comme «déterminé», «cruel», il a laissé tomber par inadvertance un chargeur sur la scène de la tuerie de Montauban où il a aussi abandonné des douilles.

Un témoin affirme avoir vu l'assassin porter une caméra pour filmer ses tueries. Cette hypothèse devra être confirmée par l'enquête. Pour l'heure, aucune image ne semble avoir été repérée sur le Net.

L’enquête devra déterminer si cet individu a agi seul ou avec l’appui d’une cellule et s’il appartient à Al-Qaïda comme il le revendique. "Les «loups solitaires» ont toujours tendance à s’inscrire dans une organisation beaucoup plus vaste qui les dépasse", souligne le spécialiste d’Al-Qaïda Jean-Pierre Filiu, professeur à l’Institut d’études politiques de Paris.

(nxp)

Créé: 21.03.2012, 11h52

Actualisation en cours

S'INSCRIRE À LA NEWSLETTER


Recevez l'actualité quotidienne du "Matin", ainsi que ses offres exclusives.
Choisissez vos newsletters