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Raid à Toulouse Des manoeuvres d'intimidation pour qu'il se rende

Trois violentes détonations ont retenti peu avant minuit mercredi près de l'immeuble où est retranché Mohamed Merah, le tueur présumé au scooter, et où la fin de 21 heures de siège était proche selon une source proche de l'enquête.

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Assaut ou manoeuvre pour éprouver les nerfs de Mohamed Merah ?

Deux sources proches de l'enquête démentaient formellement qu'il se fût agi d'un assaut. «Il disait qu'il voulait se rendre, il a changé d'avis, on augmente la pression pour qu'il se rende», a déclaré l'une d'elles.

Selon un spécialiste, trois dénotations comme celles-là «peuvent en effet provenir de grenades assourdissantes et aveuglantes pour tester les capacités de réaction et peser sur les négociations».

Selon un autre spécialiste, elles peuvent aussi annoncer l'assaut, une première explosion faisant sauter la cloison, les deux autres devant sidérer l'individu retranché et l'assourdir, le rendant pendant quelques instants incapable de réaction.

Juste après ces détonations, un bref faisceau lumineux a été aperçu sur la façade.

Guerre d'usure

En tout cas, un dénouement est proche, a dit une source proche de l'enquête.Une guerre d'usure est en cours entre les policiers et le tueur présumé au scooter, assiégé dans son logement du quartier résidentiel de la Côte pavée où l'électricité, l'eau et le gaz lui ont été coupés et d'où il s'est vanté d'avoir mis seul «la France à genoux».

«Nous espérons éviter l'assaut parce que nous souhaitons prendre Mohamed Merah vivant afin qu'il puisse être jugé», disait en début de soirée le ministre de l'Intérieur Claude Guéant pour expliquer pourquoi les unités d'élite ne passaient pas à l'action alors que tout l'immeuble avait été évacué depuis longtemps.

C'est à 3H20 mercredi que les policiers aux trousses de l'homme le plus recherché de France sont venus pour l'arrêter avec le Raid.

Mohamed Merah, 23 ans, ancien petit délinquant qui se serait radicalisé au point de commettre une série hors du commun de sept assassinats, s'apprêtait à nouveau à frapper et à tuer un soldat dès mercredi, puis deux policiers de Toulouse, a rapporté le procureur de Paris François Molins, en charge de l'enquête.

Une des armes jetée par la fenêtre

Quand les policiers, après un gigantesque travail d'investigation, sont venus le chercher, il a ouvert le feu et blessé deux hommes du Raid. Il a ensuite repoussé d'autres tentatives. Il a quand même accepté de jeter par la fenêtre l'une de ses armes, un colt .45, en échange d'un appareil lui permettant de communiquer avec l'extérieur et donc les policiers, a-t-on appris de source proche de l'enquête.

Une longue journée de tractations a alors commencé au cours laquelle Mohamed Merah s'est abondamment répandu. Il s'est glorifié d'avoir été formé par Al-Qaïda, d'avoir «toujours agi seul» et d'avoir mis «la France à genoux», a dit le procureur de Paris François Molins, qui dirige l'enquête.

Il «n'exprime aucun regret», sinon de «ne pas avoir fait plus de victimes».S'il a froidement assassiné trois enfants et un père juifs lundi, c'est faute d'avoir trouvé pour cible un soldat, selon Claude Guéant.

Il revendique la série hors du commun d'assassinats qui ont secoué la France en évoquant sa sympathie pour le sort des Palestiniens, et son opposition à l'engagement militaire de la France en Afghanistan et à l'interdiction du port du voile intégral.

«Troubles du comportement»

Le procureur a dressé le tableau d'un ancien délinquant condamné quinze fois quand il était mineur, affichant dès l'enfance un «profil violent» et des «troubles du comportement» compatibles avec les tueries récentes, recalé par l'armée française puis se radicalisant dans les milieux salafistes et à la faveur de deux voyages, «par ses propres moyens», en Afghanistan et au Pakistan, dans le fief d'Al-Qaïda.

Là, il affirme avoir refusé de provoquer un attentat suicide comme le proposait Al-Qaïda, mais avoir accepté une mission générale pour commettre un attentat en France, a dit Claude Guéant.

C'est aussi un homme qui dit ne pas avoir l'âme d'un aspirant au suicide et qui «préfère, si on peut dire, tuer et rester en vie», a dit le procureur.

Il peut aussi «rester enfermé assez longtemps chez lui» à regarder des scènes de décapitation, a dit le procureur.

Le suspect «fait partie de ces gens de retour de zones de combat qui ont toujours été une inquiétude pour les services», disent les enquêteurs.

Suivi depuis des années

Les services de renseignement occidentaux estimaient récemment à quelques dizaines ces jeunes jihadistes de retour des zones troublées à la frontière du Pakistan et de l'Afghanistan, dont quelques-uns en France où les dernières attaques islamistes remontent à la vague d'attentats à la bombe de 1995.

La controverse a cependant commencé à apparaître sur la surveillance des réseaux islamistes radicaux par le renseignement français. Selon Claude Guéant lui-même, Mohamed Merah était suivi depuis des années. En novembre 2011, il avait été convoqué par le renseignement intérieur à Toulouse pour s'expliquer sur ses séjours en Afghanistan et au Pakistan.

Mais rien n'avait indiqué jusqu'alors qu'il pouvait passer à l'action radicale, a assuré M. Guéant.

Après l'assassinat des trois parachutistes, les policiers ont recoupé leurs listes d'individus à surveiller avec des renseignements recueillis au cours de l'enquête, comme une adresse électronique qu'aurait utilisée Merah, mais aussi des témoignages selon lesquels il s'était renseigné chez un concessionnaire pour désactiver le mouchard électronique permettant de géolocaliser son scooter.

La vidéosurveillance et les profileurs ont aussi été déterminants, a dit le procureur.Mais les enquêteurs n'ont pu l'identifier et le localiser avec certitude que mardi, a dit le procureur.

Outre Mohamed Merah, son frère Abdelkader, 29 ans, a été interpellé. Ont également été placés en garde à vue leur mère et la petite amie d'Abdelkader, a précisé le procureur.

Abdelkader avait été «inquiété dans une filière d'acheminement de djihadistes en Irak» il y a quelques années, sans être mis en examen.

Maire soulagé

L'opération en cours à Toulouse se déroulait alors qu'étaient célébrées les obsèques militaires des parachutistes à Montauban mercredi après-midi, en présence de Nicolas Sarkozy et de cinq autres candidats à la présidentielle, et qu'Israël enterrait dans la douleur les quatre victimes juives à Jérusalem.

A Montauban, Nicolas Sarkozy a pris Mohamed Merah à ses mots. «Cet homme voulait mettre la République à genoux, la République n'a pas cédé, la République n'a pas reculé, la République n'a pas faibli», a dit Nicolas Sarkozy tandis que la campagne présidentielle et ses controverses, mises entre parenthèses, reprenaient leurs droits.

Dans la Ville rose, qui vivait depuis lundi dans la peur, placée - une première en France - sous le régime du plus haut niveau du plan Vigipirate (Ecarlate), le maire socialiste, Pierre Cohen, a exprimé le «soulagement» de tous les Toulousains.

(afp/nxp)

Créé: 21.03.2012, 17h41

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