Dimanche 16 décembre 2018 | Dernière mise à jour 10:58

Symbole religieux La Bavière impose le crucifix dans l'espace public

Le gouvernement au pouvoir veut que la croix orne l'espace public en reconnaissance de l'identité catholique du Land.

Le ministre-président de Bavière, Markus Söder.

Le ministre-président de Bavière, Markus Söder. Image: Keystone

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La Bavière est au coeur d'une polémique après sa décision la semaine dernière d'imposer dès le 1er juin prochain des crucifix dans les halls d'entrée de ses bâtiments publics en signe de «reconnaissance de son identité». Cette décision ne concerne toutefois que les bâtiments appartenant à l'Etat bavarois et non ceux relevant des municipalités ou de l'Etat fédéral allemand.

Elle a été prise par le parti au pouvoir dans le Land, l’Union chrétienne-sociale en Bavière (CSU), soit la branche locale de l’Union chrétienne-démocrate d’Allemagne (CDU), d’Angela Merkel. Installer des crucifix, ce n'est pas promouvoir «un signe religieux», c'est «reconnaître une identité» et «l'expression d'une empreinte historique et culturelle», a justifié le ministre-président de Bavière, Markus Söder.

La croix n’est pas un signe d’identité

La vision «culturaliste» de la croix rend perplexes certains responsables religieux. Ainsi Mgr Ludwig Schick, archevêque de Bamberg (nord de la Bavière) a mis en garde contre une mauvaise compréhension du symbole. Il a déclaré sur les ondes de Kölner domradio que «la croix n’est pas un signe d’identité d’un pays ou d’un État», relève de son côté l'agence de presse oecuménique romande Protesinfo sur son site lundi. Pour le prélat, la croix est un signe de Dieu destiné à apprendre l’amour et la solidarité aux hommes. «Lorsque nous voyons ces bras étendus, nous devrions nous comporter de la même manière et construire une civilisation de l’amour».

Musulmans fâchés, juifs compréhensifs

Les musulmans bavarois sont eux fâchés par l'imposition de la croix: «ni les Juifs, ni les athées, ni les musulmans ne s’y identifient», a souligné Mohamed Abu El-Qomsan, président du Conseil central des musulmans de Bavière dans le quotidien allemand Die Welt.«Si l’État bavarois autorise les symboles chrétiens dans les bâtiments administratifs, il devrait également autoriser le port du foulard dans le secteur public», a-t-il estimé.

Du côté des juifs, on approuve en revanche la mesure. La communauté juive de Munich et de Haute-Bavière estime ainsi que dans le contexte de la «gigantesque tâche de l’intégration», il est «important et juste» de définir clairement les normes et les valeurs d’une société, ainsi que d’exiger leur reconnaissance, rapporte Protestinfo.

Les réseaux réagissent

Très critiquée, l'annonce a également suscité de vives réactions, notamment sur les réseaux sociaux, certains la jugeant contraire au principe de «neutralité religieuse». «Nous, les musulmans, n'avons aucun problème avec la croix» mais «la neutralité de l'Etat devrait toujours être respectée», a estimé Aiman Mazyek, président du conseil central des musulmans. Il a mis en garde contre une «double morale» qui consisterait à accepter les symboles chrétiens mais à bannir de l'espace public les signes juifs ou musulmans.

«La nouvelle loi bavaroise: à partir du 1er juin, une croix, une gousse d'ail et une tête réduite doivent être suspendues dans l'entrée de chaque bâtiment public en Bavière», a raillé de son côté sur Twitter l'humoriste allemand Jan Böhmermann. «Les autorités bavaroises vont bientôt utiliser la Constitution (allemande) comme paillasson» devant les bâtiments publics, a également ironisé sur son site le journal satirique Der Postillon.

A noter que cette mesure de la CSU s'inscrit dans le contexte d'élections régionales tendues en Bavière en octobre alors que l'extrême droite y est en plein essor. Pour beaucoup, la décision du gouvernement bavarois viserait à prendre la main sur le dossier identitaire. (nxp)

Créé: 30.04.2018, 16h08

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