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Droits humains Camps de Roms démantelés: la France critiquée par l'ONU

Jugées discriminatoires, les décisions du gouvernement français sur le démantèlement des camps de Roms et leur expulsion ont fait l'objet de critiques délivrées par les experts de l'ONU.

Selon les experts de l'ONU, très peu d'efforts visibles ont été faits en France pour trouver des solutions alternatives, comme l'amélioration des conditions de logement des Roms.

Selon les experts de l'ONU, très peu d'efforts visibles ont été faits en France pour trouver des solutions alternatives, comme l'amélioration des conditions de logement des Roms. Image: AERCHIVES/AFP

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Des experts de l'ONU ont critiqué mercredi à Genève les décisions du gouvernement français sur le démantèlement des camps de Roms et leur expulsion. Les évictions forcées ne sont pas la solution, ont-ils affirmé.

«Les évictions continuent et menacent de mettre des familles dans des situations de grande vulnérabilité», ont affirmé dans un communiqué commun quatre rapporteurs spéciaux de l'ONU, sur les minorités, les migrants, le logement et le racisme.

«Les évictions forcées ne sont pas une réponse appropriée, des solutions alternatives conformes aux normes de droits de l'homme doivent être recherchées», a déclaré Raquel Rolnik, la rapporteure sur le droit au logement.

Très peu d'efforts visibles

«Des mesures contraignantes de protection, y compris la mise à disposition d'alternatives pour se loger décemment, doivent être mises en place pour assurer que les individus, en particulier les femmes, les enfants et les personnes handicapées, ne se retrouvent pas sans abris ou plus vulnérables», a-t-elle ajouté.

Très peu d'efforts visibles soit faits pour trouver des solutions alternatives, comme l'amélioration des conditions de logement de ces communautés, a-t-elle insisté.

En août, plusieurs évictions et expulsions ont eu lieu, notamment dans les villes de Lille, Lyon et Paris. Ces évictions et expulsions, documentées par des organisations non-gouvernementales et les médias, devraient continuer selon le gouvernement français, s'inquiètent les experts.

«Ces informations sont préoccupantes, en particulier parce que ce n'est pas la première fois que les Roms sont collectivement expulsés de France», s'est émue Rita Izsák, experte indépendante sur les minorités.

Traitement discriminatoire

«Les Roms sont des citoyens de l'Union Européenne, et la minorité la plus marginalisée d'Europe. De façon regrettable, ces actes démontrent que les Roms ne jouissent pas toujours des mêmes libertés de circulation et d'établissement et continuent de subir des traitements discriminatoires», a-t-elle déploré.

Le rapporteur sur les droits des migrants, François Crépeau, s'est indigné que «l'objectif ultime semble être l'expulsion des communautés migrantes Roms de France». Il a relevé que «les expulsions collectives sont interdites en droit international, et que les rapatriements doivent être volontaires, en conformité avec le droit international, et basés sur des évaluations individuelles et une surveillance indépendante».

Climat d'hostilité

Enfin, le rapporteur sur le racisme, Mutuma Ruteere, a estimé que «ces évictions et expulsions alimentent inévitablement le climat d'hostilité déjà préoccupant à l'égard des Roms en France». Il a aussi souligné l'importance d'efforts soutenus pour traiter de la marginalisation des Roms dans les domaines du logement et de l'emploi, pour faciliter leur insertion sociale.

Les experts ont également exprimé leur préoccupation sur la pratique des incitations et motivations financières pour pousser les Roms à retourner dans leurs pays d'origine. Selon les experts, cette pratique pourrait permettre au gouvernement d'arguer que les Roms retournent volontairement dans leurs pays, et le protéger des contestations légales sur les évictions forcées.

Ils ont cependant relevé qu'ayant été expulsées de leurs logements, les populations affectées, soumises à des fortes pressions, n'auraient d'autre choix que de partir.

(ats/nxp)

Créé: 29.08.2012, 17h17