Mardi 2 juin 2020 | Dernière mise à jour 02:14

Pédophilie Le chirurgien Le Scouarnec aux assises

Accusé d'agressions sexuelles sur quatre mineures, le chirurgien Joël Le Scouarnec va être jugé aux assises jusqu'à mardi.

La cour d'assises à Saintes va probablement décider un huis clos pour juger le chirurgien. (Photo d'illustration)

La cour d'assises à Saintes va probablement décider un huis clos pour juger le chirurgien. (Photo d'illustration) Image: AFP

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Le chirurgien Joël Le Scouarnec comparaît jusqu'à mardi devant les assises de la Charente-Maritime, accusé d'agressions sexuelles sur quatre mineures, une première plongée dans une affaire de pédophilie vertigineuse déclenchée par le récit d'une fillette de 6 ans.

La cour d'assises à Saintes a trois jours, sans doute à huis clos, pour rentrer dans la tête de ce médecin respecté, père de trois fils, qui a dissimulé pendant 30 ans sa double vie.

Soupçonné de violences sexuelles sur des centaines d'enfants, il comparaît à 69 ans dans un premier dossier de viols et/ou atteintes sexuelles concernant la fille de ses voisins de Jonzac, âgée de 6 ans en 2017, deux nièces aujourd'hui trentenaires pour des faits chez lui à Loches entre 1989 et 1999 et une patiente de l'hôpital de cette ville d'Indre-et-Loire qui n'avait que 4 ans en 1993.

Décrit dans des expertises comme un «manipulateur fasciné par la pédophilie», il reconnaît des agressions, mais conteste les faits criminels de viols (pénétrations digitales) punissables de 20 ans de réclusion. «Il n'est pas dans une logique de déni», assure à l'AFP son avocat Thibaut Kurzawa. «Il souhaite s'exprimer devant ses juges: il veut tenter de comprendre comment il a pu faire autant de mal».

En avril 2017, la petite voisine avait raconté comment le chirurgien digestif de cette cité thermale lui avait montré son «zizi» puis imposé une pénétration digitale à travers la clôture du jardin mitoyen. Sans le savoir, son récit allait révéler une affaire de pédophilie sans précédent connu en France.

«Réussite sociale»

Devant les enquêteurs, il avait confié son «attirance» pour les enfants et sa «boulimie» d'images pédophiles (300'000 retrouvées) qui lui avait valu en 2005 une légère condamnation pour des consultations illégales sur internet (4 mois avec sursis sans obligation de soins). Puis il avait avoué des «attouchements» sur deux de ses nièces, parties civiles au procès, et sur des enfants de son entourage et dans des hôpitaux, faits en partie prescrits.

Que pensait-il à l'époque de ses actes? «Rien de particulier (...) c'est une attitude que j'ai fini par estimer comme "normale"», expliquait au juge en 2017 le chirurgien, fils d'un ébéniste et d'une mère au foyer.

Qui savait quoi? Selon l'enquête, son passé judiciaire était connu dès 2006 de son hôpital à Quimperlé et sa famille était au courant de ses penchants. A commencer par sa femme, qui «savait» dès 1996, selon lui - elle conteste. Puis sa belle-soeur et sa soeur l'ont soupçonné aussi d'agissements sur leurs filles.

Mais l'affaire en était restée là, sans conséquence pour le «tonton» qui inspirait dans le clan «un grand respect notamment en raison de sa réussite sociale», écrivait la juge d'instruction dans son ordonnance de mise en accusation.

Une «omerta familiale»

«Pendant plus de trente ans, une omerta familiale a permis que d'autres victimes existent», déplore Francesca Satta, avocate des parents de la petite voisine de Jonzac.

Sa plainte avait mené à des perquisitions qui ont révélé des milliers de documents dans le matériel informatique du chirurgien, des écrits décrivant des fantasmes, des photos dénudées des deux nièces plaignantes, mais aussi un journal intime commencé en 1990 détaillant de possibles abus et deux listings titrés «Vulvettes» et «Quéquettes» recensant de 1984 à 2006 les noms de près de 250 mineurs, autant de victimes potentielles. Les quatre plaignantes y étaient mentionnées.

Confrontée à un défi d'ampleur, la justice a ouvert une seconde enquête qui a permis d'identifier à ce jour 349 victimes potentielles (dont 246 ont porté plainte) à la lumière des archives secrètes du chirurgien et de son parcours professionnel de 30 ans dans le centre et l'Ouest (Loches, Vannes, Lorient, Quimperlé), où il a officié sans être inquiété.

Les parents de la fillette de Jonzac réclament des débats publics car un huis clos le protègerait «une fois de plus». «On doit lever ce voile-là et faire comprendre au public le fonctionnement d'un prédateur sexuel», appuie leur avocate. Les trois autres victimes entendent, elles, demander ce huis clos, pour leur intimité. En raison des faits jugés, la cour devra s'y plier. (afp/nxp)

Créé: 13.03.2020, 04h25

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