Jeudi 12 décembre 2019 | Dernière mise à jour 04:58

Terrorisme Sarkozy qualifie Mohamed Merah de «monstre»

Le président français n'a pas mâché ses mots à l'encontre de l'auteur des tueries de Montauban et Toulouse. «Ces crimes sont ceux d'un fanatique et d'un monstre», a-t-il déclaré.

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Nicolas Sarkozy a qualifié jeudi Mohamed Merah de «monstre» et de «fanatique», estimant que ce serait une «faute morale» de vouloir «chercher une explication» au geste de l'auteur des sept assassinats à Montauban et Toulouse, tué dans un assaut du raid. «Ces crimes ne sont pas ceux d'un fou. Un fou est irresponsable. Ces crimes sont ceux d'un fanatique et d'un monstre», a déclaré le président-candidat lors d'une réunion publique à Strasbourg.

«Chercher une explication au geste de ce fanatique, de ce monstre, laisser entrevoir la moindre compréhension à son égard ou pire lui chercher la moindre excuse, serait une faute morale», a développé Nicolas Sarkozy, qui a repris sa campagne qu'il avait suspendue lundi. «Mettre en cause la société, montrer du doigt la France, la politique, les institutions, ce n'est pas digne. Ce n'est pas faire preuve d'un esprit de responsabilité dans un moment où la Nation a d'abord besoin d'unité», a poursuivi le chef de l'Etat devant 9'000 personnes selon l'UMP.

Il a par ailleurs précisé que des «peines de prison» seront prévues pour ceux qui font l'apologie du terrorisme. Il a répété que la consultation régulière des sites internet faisant l'apologie du terrorisme et les déplacements à l'étranger «pour y suivre des travaux d'endoctrinement» seront désormais «punis pénalement», comme il l'avait fait à la mi-journée à l’Élysée en tirant les «conclusions» des drames de Montauban et Toulouse.

Recherches d'éventuels complices

«S'il apparaît de façon certaine qu'il est l'auteur de ces trois tueries, les investigations se poursuivent et vont porter désormais sur la recherche de tout complice qui l'aurait soit convaincu de commettre ces actes, soit lui aurait fourni les moyens de les commettre», a dit jeudi le procureur de Paris François Molins lors d'une conférence de presse à Toulouse.

Le procureur a rappelé que trois personnes étaient toujours en garde à vue jeudi: sa mère, sa compagne et l'un de ses frères, qui évoluait également dans la mouvance salafiste. La prolongation de la garde à vue de son frère doit être décidée dans l'après-midi, a précisé François Molins. Le Français de 23 ans, qui portait un gilet pare-balles, disposait d'un véritable arsenal d'armes de guerre.

Trois chargeurs vides de pistolet automatique ont été retrouvés dans son appartement, un pistolet colt 45 près de son corps, et des préparatifs pour cocktails molotovs sur son balcon, a précisé le procureur. D'autres armes ont été trouvées dans sa voiture de location, parmi lesquelles un pistolet mitrailleur Sten, un revolver python, un fusil à pompe et un mitrailleur uzi.

«Tu tues mes frères, je te tue»

Le tueur en série se réclamant d'Al-Qaïda a expliqué avoir «commis des casses», et s'être procuré armes et munitions avec l'argent de ces braquages, a dit le procureur. Il a en outre filmé les trois tueries au cours desquelles il a abattu froidement sept personnes dans la région de Toulouse (sud) et les a postés sur internet, a encore annoncé le procureur de Paris.

«On le voit au cours de son rendez-vous avec le vendeur de motos (sa première victime le 11 mars) s'enquérir de sa qualité de militaire et l'abattre de deux balles en lui disant 'Tu tues mes frères, je te tue'», a déclaré François Molins.

«On le voit abattre les militaires à Montauban dans une scène extrêmement violente» et s'enfuir au guidon «de son scooter aux cris de 'Allah Akbar'», le 15 mars, a poursuivi le procureur. «Et on le voit enfin commettre sa tuerie sur les lieux de l'école juive de Toulouse lundi matin», a-t-il conclu. La police a trouvé le sac qu'il avait confié à quelqu'un contenant la caméra dont il s'était sanglé lors de ses crimes.

Revendication

Un groupe lié à Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) a revendiqué, dans un communiqué mis en ligne jeudi, la tuerie de Toulouse et appelé la France à reconsidérer sa politique «hostile» aux musulmans. Le texte, signé par l'organisation «Jund al-Khilafah» (les soldats du Califat) qui a par le passé revendiqué des attaques en Afghanistan et au Kazakhstan, a été publié sur le site Shamekh, qui diffuse généralement les communiqués d'Al-Qaïda.

Mort brutale

Le suspect dans les fusillades de Toulouse et Montauban, Mohamed Merah, a été tué par des tirs de riposte des fonctionnaires du RAID, a annoncé jeudi le procureur de la République de Paris, François Molins.

Lors de l'intervention, le suspect «est monté littéralement à l'assaut, en fonçant sur les policiers à travers l'appartement», a-t-il expliqué lors d'une conférence de presse. Il a continué à avancer, armé, et à tirer, en sautant du balcon, «jusqu'à ce qu'il ait été atteint mortellement par des tirs en riposte qui ont été effectués par les policiers du RAID, des tirs qui l'ont atteint à la tête.»

«Les conditions de la réponse policière relèvent à l'évidence de la légitime défense», a-t-il précisé. D'après les constatations, «il a tiré une trentaine de coups de feu sur les policiers».

Le dénouement est intervenu jeudi vers 11h30 après un siège entamé la veille à 3 heures autour de l’appartement toulousain où Mohamed Merah s’était retranché, muni de nombreuses armes, achetées grâce à des casses, a expliqué le procureur de la République de Paris.

Trois cents cartouches au total

Après des heures d’attente, la fin s’est déroulée très vite: vers 11 heures trois détonations ont retenti, puis quelques minutes après les policiers du RAID (unité d’élite de la police) ont pénétré à l’intérieur de l’appartement où ils ont progressé «pas à pas», selon une source proche de l’enquête.

L’ancien délinquant, devenu l’auteur proclamé de l’assassinat de trois militaires et de quatre juifs, a résisté. Plusieurs rafales de tirs très nourries ont été entendues, 300 cartouches au total.

VIDÉO: Résumé de l'assaut final en images (France Télévision)

Finalement, après avoir tiré avec «une extrême violence» sur les hommes du RAID, le suspect «a sauté par la fenêtre une arme à la main, en continuant de tirer. Il a alors reçu une balle dans la tête. Dans l'assaut, deux hommes du RAID ont été blessés, dont l'un au pied. Depuis le début de l'opération, cinq hommes ont été blessés.

Introduction de caméras

Selon Claude Guéant, «des moyens techniques de vidéo ont été introduits pour inspecter différentes pièces de l'appartement». Aucune présence n'a été révélée. «Il restait la salle de bains, et c'est au moment où le moyen d'investigation a été introduit dans la salle de bains que le tueur est sorti (...) en tirant avec une extrême violence».

Claude Guéant a souligné que le dernier contact entre les négociateurs du RAID et le suspect mercredi soir avait révélé son «extrême dangerosité». Alors qu'il avait affirmé à plusieurs reprises dans la journée qu'il allait se rendre, «il a indiqué qu'il ne se rendrait pas et qu'il ne se laisserait pas faire, que s'il était pris, il tuerait des policiers», a-t-il poursuivi.

Selon le Procureur de la République de Paris, Mohamed Merah a filmé ses trois tueries. Il a indiqué avoir posté les vidéos sur internet, mais on ne sait pas encore «où ni quand».

VIDÉO: Le discours du Procureur de la République de Paris (France Télévision)

Suite de l'enquête

L'investigation va désormais se concentrer sur la recherche de complices, a encore indiqué François Molins. Trois personnes sont encore en garde à vue.

De son côté, le président Nicolas Sarkozy a annoncé officiellement que les personnes consultant régulièrement des sites incitant au terrorisme ou se rendant à l'étranger pour y être endoctrinées seraient désormais «punies pénalement».

VIDÉO: Le discours de Nicolas Sarkozy (Source France Télévision)

(afp/ats/ap/nxp)

Créé: 22.03.2012, 16h13