Lundi 25 mars 2019 | Dernière mise à jour 03:22

Allemagne L'extrême droite tentée par une sortie de l'UE

L'Alternative pour l'Allemagne (Afd) hésite encore à aller trop loin face à une opinion publique majoritairement pro-européenne.

Jörg Meuthen (au centre) est la tête de liste de l'AfD pour le scrutin de mai, eurodéputé et chef de file des modérés du parti.

Jörg Meuthen (au centre) est la tête de liste de l'AfD pour le scrutin de mai, eurodéputé et chef de file des modérés du parti. Image: AFP

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L'extrême droite allemande, réunie vendredi en congrès, pourrait briser un nouveau tabou dans le pays en faisant campagne pour une sortie de l'UE, à quelques jours d'un vote crucial sur le Brexit.

Le projet de programme électoral de 58 pages de l'Alternative pour l'Allemagne (Afd) accuse l'UE d'être «devenue une structure non démocratique (...) conçue par des bureaucraties peu transparentes et non contrôlées».

Il demande également des réformes en profondeur d'ici 2024, soit la fin de la prochaine législature européenne, et prévient que dans le cas contraire «un retrait de l'Allemagne ou une dissolution ordonnée de l'Union européenne (...) sont nécessaires».

Un scénario baptisé «Dexit» en Allemagne, De- pour Deutschland. Le texte sera soumis d'ici lundi au vote des quelque 400 délégués réunis à Riesa, dans la région de Saxe, l'un des bastions électoraux de l'Afd.

L'AfD veut «une meilleure Union européenne», a clamé son président, Jörg Meuthen à l'ouverture du congrès, dont l'objectif est de mettre au point la stratégie à adopter en vue des élections européennes du 26 mai.

Après avoir volé de succès en succès depuis trois ans dans les scrutins par son positionnement anti-migrants, au point de devenir en 2017 le principal parti d'opposition à la chambre des députés face aux conservateurs d'Angela Merkel et aux sociaux-démocrates, l'AfD revient de la sorte un peu aux sources.

Le mouvement né en 2013 s'est en effet fait connaître à l'origine par son rejet de l'euro en Allemagne. Toutefois sur la sortie de l'UE, ses membres hésitent encore à aller trop loin face à une opinion allemande majoritairement pro-européenne.

Test au sein du parti

L'Afd «veut plonger notre pays et notre continent dans le chaos», s'est inquiété Alexander Graf Lambsdorff, l'une des figures du parti libéral FDP.

«Ce positionnement constitue une normalisation de cette droite nationale par rapport à ce qui se passe chez les voisins, en Italie ou en France», indique à l'AFP Klaus-Peter Sick, historien et politologue.

«En avançant ses pions sur ce terrain, l'AfD réalise un test au sein même du parti et auprès de son électorat pour savoir si c'est une thématique qui porte», avance-t-il. Le texte suscite encore des divisions au sein du mouvement et il n'est pas sûr qu'il soit adopté tel quel.

Jörg Meuthen, tête de liste de l'AfD pour le scrutin de mai, eurodéputé et chef de file des modérés du parti, a ainsi suggéré de remplacer la date-butoir d'une sortie dans cinq ans - faute de réformes en profondeur de l'UE - par la formulation plus vague d'un «délai raisonnable».

Second souffle

Ce congrès intervient juste avant le vote des députés britanniques le 15 janvier sur l'accord de Brexit négocié entre Londres et l'Union européenne avec, en cas de rejet, la menace d'une sortie brutale du Royaume-Uni.

L'histoire d'après-guerre de l'Allemagne reste intimement liée à la construction européenne, qui a longtemps servi d'identité nationale de remplacement pour un pays écrasé de honte après la barbarie nazie.

Les Allemands restent parmi les plus attachés à l'UE: 51% d'entre eux disaient avoir «plutôt confiance» dans l'UE dans un sondage du Parlement européen de novembre 2018, neuf points de plus que la moyenne européenne. Et 23 points de plus qu'en 2015. Tabou jadis, l'euroscepticisme, voire l'europhobie, ne le sont toutefois plus complètement avec l'AfD.

Son programme prône aussi, outre le retour des monnaies nationales, une remise en cause de la politique agricole commune et surtout la lutte contre «l'islamisation de l'Europe».

En enfourchant prudemment la question d'un «Dexit», l'AfD ouvre un nouveau front politique dans le pays après la question migratoire, alors que le parti cherche un second souffle suite au retrait programmé du pouvoir au plus tard en 2021 de la chancelière Angela Merkel, jusqu'ici sa principale cible.

Ce congrès survient aussi à un moment charnière pour le parti qui stagne dans les sondages autour de 15% et reste profondément tiraillé entre un courant très radical, parfois proche de la mouvance néonazie, et un autre plus modéré.

Un représentant du premier courant, André Poggenburg, a d'ailleurs annoncé son départ vendredi du parti, estimant qu'il ne défendait plus suffisamment une «ligne patriotique». (afp/nxp)

Créé: 11.01.2019, 17h11

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