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Londres Les trois femmes séquestrées ont été battues

La Grande-Bretagne tentait vendredi de comprendre comment et pourquoi trois femmes ont pu être séquestrées comme esclaves durant plus de 30 ans dans une maison à Londres.

L'inspecteur de police Kevin Hyland s'adressait aux médias jeudi (21 novembre).
Vidéo: AFP

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«Les conclusions de l'enquête ouverte brossent un tableau compliqué et dérangeant de la mainmise émotionnelle exercée sur les trois femmes pendant tant d'années», a déclaré vendredi un porte-parole de la police métropolitaine, Steve Rodhouse, lors d'une conférence de presse. Elles ont été battues, a précisé la police, en parlant de «menottes invisibles» retenant les victimes dans la maison.

Les policiers ont révélé que le couple qui retenait captives ces trois femmes avait été arrêté une première fois dans les années 1970 sans donner davantage de précisions. Il s'agit d'un homme et d'une femme âgés tous les deux de 67 ans et qui ne possèdent pas la nationalité britannique. Le couple a été remis en liberté sous caution.

L'une des trois «esclaves», une Britannique âgée de 30 ans, a, semble-t-il, vécu toute sa vie dans cette maison sans que l'on sache avec exactitude la nature de ses liens éventuels avec le couple et ses deux autres compagnes de captivité, une Malaisienne de 69 ans et une Irlandaise de 57 ans.

«Lien de confiance»

Mais des zones d'ombre persistent, et la police les expliquent par le profond état de choc dans lequel sont toujours plongées les trois femmes, victimes d'un «traumatisme aigu». Leur difficulté à raconter leur histoire, le fait d'être complètement déboussolées et de se retrouver «sans rien» après trente ans de cloisonnement ont rendu plus difficile encore une enquête déjà «très complexe».

Scotland Yard, qui a pris le temps de vérifier leurs maigres déclarations avant de procéder aux arrestations, prend seulement pour acquis que les trois femmes ont passé plus de trente ans en servitude, qu'elles n'ont pas souffert d'abus sexuels mais qu'elles ont subi des sévices physiques et moraux.

On en sait aussi un peu plus sur les conditions de leur libération. Deux semaines après la diffusion d'une émission de la BBC sur les mariages forcés diffusée le 4 octobre, l'une des trois femmes, l'Irlandaise de 57 ans, a pris son courage à deux mains pour appeler en cachette l'association «Freedom Charity» qui apparaît dans le reportage.

Le contact a été «très difficile» au départ, selon la fondatrice de l'association, Aneeta Prem. Mais une série de coups de fils, toujours secrets, a permis d'établir un «lien de confiance».

Histoire sordide

Profitant de l'absence du couple, les deux femmes les plus jeunes ont fini par quitter la maison le 25 octobre pour retrouver, à une adresse prédéfinie, des membres de l'association ainsi que la police.

Laquelle s'est ensuite rendue à la maison à Lambeth, dans le sud de Londres, pour libérer la troisième femme. «Lorsqu'on s'est retrouvées, elles se sont jetées sur moi et, tout en pleurant, ont remercié l'association d'avoir sauvé leur vie. Il y a eu beaucoup de larmes, c'était extrêmement émouvant» a raconté Aneeta Prem à la chaîne ITV.

Au-delà de l'émotion, la Grande-Bretagne tentait de comprendre vendredi comment une telle chose était encore «possible dans la Grande-Bretagne du XXIe siècle». «Comment est-ce possible? On a tellement peu d'informations de la police», s'est interrogée la député travailliste Tessa Jowell qui dit s'être réveillée «trois fois dans la nuit» en pensant au sort de ces «pauvres femmes».

«L'esclavage est un dossier que les gens pensaient consigné aux livres d'histoire. La triste réalité est que le problème est toujours là», a souligné le secrétaire d'Etat à l'Intérieur James Brokenshire.

Aussi spectaculaire soit-elle, l'histoire des trois femmes séquestrées n'est de fait que le dernier épisode d'une série d'histoires sordides au Royaume-Uni, 183 ans après l'abolition de l'esclave dans l'Empire britannique.

«L'esclavage moderne est une réalité»

Le 23 octobre dernier encore, un octogénaire et son épouse ont été condamnés à des peines de respectivement treize et cinq ans de prison pour l'exploitation et le viol pendant près d'une décennie d'une jeune Pakistanaise sourde et muette, soumise «à une vie de misère et d'humiliation», selon le jugement.

L'histoire des trois femmes est «horrible» au regard de la durée de leur calvaire, a déclaré Andrew Wallis, président de l'association «Unseen» à la BBC. «Mais elle ne fait qu'illustrer un problème qui s'étend au Royaume Uni et dans le monde entier. Il y a 200 ans on avait recours aux chaînes de fer pour enfermer les esclaves. Aujourd'hui on utilise des entraves psychologiques pour contrôler ces personnes.»

Le mois dernier, une ONG britannique a chiffré entre 4200 et 4600 le nombre de personnes victimes au Royaume-Uni d'esclavage moderne sous ses formes diverses, comme le travail forcé, le trafic d'être humains et les mariages forcés. «Les gens doivent comprendre que ces cas ne sont pas rares. L'esclavage moderne est une réalité et se porte bien en Grande-Bretagne», regrette Frank Field, vice-président de la Fondation contre le trafic des êtres humains.

(afp/nxp)

Créé: 22.11.2013, 16h16

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