Mardi 23 octobre 2018 | Dernière mise à jour 11:40

France «Proxénétisme des cités»: 6 ans de prison requis

Une dizaine de jeunes sont jugés pour s'être adonnés à la prostitution entre avril 2016 et décembre 2017.

Image: Archive/photo d'illustration/Keystone

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Des copains qui aident à recruter «des bosseuses», des copines qui font le guet pour celles qui se prostituent... Jusqu'à 6 ans de prison ont été requis jeudi «pour proxénétisme» contre une dizaine de jeunes «convaincus» de n'avoir fait que «rendre service».

Devant le Tribunal correctionnel de Créteil, ils sont sept garçons et deux filles (un prévenu est absent), accusés de s'être organisés en «microréseaux» de proxénétisme. Agés d'à peine 20 ans, ils viennent pour la plupart de deux quartiers du Val-de-Marne et se connaissent bien.

Les victimes, huit filles âgées de 13 à 17 ans au moment des faits, entre avril 2016 et décembre 2017, ne sont pas là. Elles sont copines de collège des prévenus ou bien rencontrées sur le réseau social Snapchat.

«Peu importe que ce soit un petit réseau, que ce soit sur des courtes périodes de temps, qu'ils n'aient pas brassé tant d'argent», «peu importe que les jeunes filles consentent», a énuméré la procureure: ce «proxénétisme des cités», qui se popularise et touche principalement des mineures «fugueuses, souvent perdues», est «aussi grave que n'importe quel proxénétisme».

Tour à tour devant le tribunal, les prévenus, dont beaucoup ont leurs parents dans la salle, expliqueront n'avoir fait que «dépanner». Ils savaient que les filles se prostituaient - «il y a beaucoup de gens qui font ça, c'est banalisé», dira l'un d'eux.

L'un n'a fait que de la «pub» à ses copains. «Les filles, pour celles qui veulent travailler, ajoutez ce beau gosse», avait-il posté sur Snapchat. Un autre a juste déposé une «copine» à l'hôtel.

Une jeune femme avait, elle, essayé de dissuader son «amie d'enfance» de se prostituer - «je lui ai montré le film «L'emprise» , je l'avais vu à l'école» - mais elle l'a tout de même accompagnée et attendue dans la salle de bains pendant qu'elle se prostituait.

Certains garçons étaient «payés pour faire la sécurité» pendant les passes, «aller chercher à manger». D'autres ont réglé des chambres avec leur carte bleue parce que les filles mineures ne le pouvaient pas, «pour rendre service».

Les «chefs», dont une mineure qui sera jugée ultérieurement devant le Tribunal des enfants, recrutaient, organisaient des «plan escorts» avec des «bosseuses» qu'ils n'hésitaient pas à se «louer». Souvent, ils récupéraient la moitié des gains, plus le coût de la location de la chambre.

«Recherche éperdue d'amour»

Une des jeunes femmes présentes est à la fois prévenue, et victime. Elle s'est prostituée mais a aussi «aidé» à la prostitution, en postant des annonces. «Je le faisais moi, je voyais pas de problèmes à ce que d'autres le fassent», explique-t-elle.

Elle dit avoir été «amoureuse» de son proxénète, acceptant sur la fin de lui laisser la totalité de ses gains. Ce dernier a reconnu des «flirts» avec cinq des filles qui «bossaient» pour lui. Elles, avaient décrit des relations amoureuses. Quand la présidente l'interroge sur ses activités de «mac», il s'énerve : «Je suis pas un mac. J'ai juste loué une chambre. J'ai pas tapé, je les ai pas mises sur le trottoir, je les ai jamais forcées.»

Il ne s'agit pas de relations «libres et consenties» entre «associés», répond la procureure dans ses réquisitions. «C'est une relation d'emprise», dont les proxénètes avaient «parfaitement conscience».

«On parle de mineures, carencées affectivement, au vécu familial très douloureux». «Toutes dans ce dossier sont dans une recherche éperdue d'amour et de reconnaissance», dont les jeunes hommes ont «profité».

Ce nouveau type de proxénétisme où il n'y a «pas de contrainte» aboutit tout de même à «un contrôle de l'activité sexuelle» d'adolescentes de 14 ans, dira pour sa part l'avocate d'une des victimes, qu'elle décrit aujourd'hui comme «totalement en souffrance, totalement perdue».

Le jugement est attendu vendredi. (afp/nxp)

Créé: 11.10.2018, 19h56

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