Lundi 18 novembre 2019 | Dernière mise à jour 12:24

Témoignage «Je suis fâchée que papa ait dû mourir en Suisse»

Un octogénaire anglais a mis fin à ses jours chez Dignitas. Il voulait faire changer les lois de son pays. Sa fille a repris le flambeau.

Alix Hawley et son père Geoff, qui a eu recours à un suicide assisté en Suisse.

Alix Hawley et son père Geoff, qui a eu recours à un suicide assisté en Suisse. Image: Facebook/Alix Hawley

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L’Anglaise Alix Hawley, 44 ans, se souvient parfaitement des derniers instants de son père. «Je le tenais fermement. Comme toujours, il sentait le savon et la mousse à raser. Je lui ai dit encore et encore que je l’aimais. Il a fermé les yeux et a murmuré doucement, tout ira bien pour toi, tout ira bien. Ce sont les derniers mots qu’il m’a dits», raconte-t-elle dans le «Daily Mail».

Son père Geoff Whaley a eu recours à un suicide assisté chez Dignitas, à Zurich, en février dernier. Mais sept mois après, si elle a tenu à témoigner, c’est qu’elle est toujours en colère contre les lois de son pays qui interdisent l’euthanasie ou l’aide au suicide. Son père voulait que ça change. Elle lui a promis de lutter pour que ça arrive.

Une interview le jour de sa mort

Père de deux enfants, quatre fois grand-père, Geoff Whaley avait 80 ans. Il se battait depuis deux ans contre une sclérose latérale amyotrophique, ou maladie de Charcot, une maladie neurodégénérative. Un combat qu’il ne pouvait pas gagner. Mais il aurait voulu partir dans son lit, chez lui, dans le comté de Buckinghamshire, au sud-est de l’Angleterre, entouré de ses proches. Pas dans un pays étranger après un voyage éprouvant.

Geoff Whaley avait décidé de s’engager et avait rejoint le groupe Dignity in Dying, mourir dans la dignité. Il avait aussi choisi de médiatiser son cas, en donnant une interview à la BBC. Elle avait été diffusée le jour de son décès. Pas avant: la famille avait trop peur d’être stoppée par les autorités.

Interrogés par la police

Ce qui avait d’ailleurs failli arriver. Quelqu’un avait averti la police et les services sociaux des souhaits de Geoff Whaley deux semaines avant qu’il ne s’envole pour Zurich. L’octogénaire et sa femme avaient été interrogés par la police. Ses documents médicaux avaient été épluchés. La correspondance avec Dignitas aussi.

La famille, raconte la fille du défunt, était terrifiée à l’idée que le passeport de Geoff Whaley soit confisqué. Ce n’est finalement pas arrivé mais une enquête contre son épouse reste encore aujourd’hui pendante. Elle sera poursuivie si des indices venaient indiquer qu’elle a joué un rôle dans les vœux de son mari. «C’était hautement énervant pour papa de l’avoir mise dans cette position», tranche sa fille.

Des semaines de vie volées

Le décès a mis fin aux souffrances de Geoff Whaley. Mais n’a pas totalement apporté la paix à sa famille. «Ça fait sept mois que papa est mort et je suis toujours fâchée», souligne Alix Hawley dans le «Daily Mail».

«Je suis reconnaissante envers Dignitas de lui avoir permis d’échapper à une vie qui était devenue un enfer. Mais mon père méritait davantage», plaide-t-elle.

«Il aurait dû pouvoir mourir chez lui et faire ses adieux à ses petits-enfants, au lieu de disparaître un jour dans un avion et ne jamais revenir. Il n’aurait pas dû être interrogé par la police, ni voir ma mère être emmenée dans un poste de police pour être interrogée sur son rôle dans la préparation de sa mort. Et surtout, sa décision quant à son décès n’aurait pas dû reposer sur sa capacité à se rendre en Suisse, ce qui lui a volé plusieurs semaines de vie de plus chez lui.»

Alix Hawley et sa maman Ann sont aujourd’hui pleinement engagées pour continuer le combat, avec une campagne nommée Acts of Love. «Je veux que son héritage soit que d’autres puissent mourir paisiblement et légalement chez eux, quand ils sentent qu’ils ne peuvent plus continuer», résume-t-elle. «Un choix qui lui a été refusé.»

Créé: 02.09.2019, 06h44

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