Mardi 17 septembre 2019 | Dernière mise à jour 08:56

Soudan Fin de la désobéissance civile, négociations en vue

Les leaders de la contestation ont mis un terme mardi au mouvement de désobéissance civile qui paralyse le pays depuis trois jours.

Le Conseil de sécurité de l'ONU condamne fermement la violence

Le Conseil de sécurité des Nations unies a condamné fermement mardi la violence au Soudan et appelé les militaires au pouvoir et le mouvement de contestation à travailler ensemble pour trouver une issue à la crise.

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La contestation soudanaise a accepté mardi de mettre fin au mouvement de désobéissance civile lancé après le début d'une répression meurtrière et de reprendre les discussions avec les militaires au pouvoir afin de trouver une issue à la crise, selon la médiation éthiopienne.

L'Alliance pour la liberté et le changement (ALC), fer de lance de la contestation, a de son côté appelé les Soudanais à «reprendre le travail mercredi», après plus de trois jours de quasi paralysie de la capitale où la plupart des magasins sont restés fermés mardi.

«Reprise des discussions»

Le Conseil militaire de transition, au pouvoir depuis la destitution par l'armée du président Omar el-Béchir après des mois de manifestations, a «dans un geste de bonne volonté accepté de libérer tous les détenus politiques», selon Mahmoud Drir, représentant du Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed qui s'était rendu vendredi à Khartoum pour tenter une médiation.

«L'ALC a accepté de mettre fin au mouvement de désobéissance civile à partir d'aujourd'hui» et «les deux parties ont accepté de reprendre prochainement les discussions», a déclaré M. Drir.

Après la chute d'Omar el-Béchir, les manifestants ont maintenu un sit-in installé depuis le 6 avril devant le QG de l'armée pour demander le transfert du pouvoir aux civils. Les deux camps avaient alors entamé des discussions sur la période de transition sans réussir à s'entendre sur la composition d'une nouvelle instance dirigeante.

Le bras de fer a pris une tournure sanglante avec la violente dispersion du sit-in à Khartoum le 3 juin. Après quatre jours de répression M. Ahmed est arrivé en médiateur dans la capitale. Dimanche, la contestation a lancé un mouvement de désobéissance civile.

L'annonce de la reprise des négociations intervient alors que les meneurs de la contestation avaient annoncé lundi soir qu'ils publieraient prochainement la composition de leur propre instance dirigeante avec un Premier ministre.

Elle intervient également au lendemain de l'annonce de la venue cette semaine du secrétaire d'Etat américain adjoint chargé de l'Afrique, Tibor Nagy, qui visait à exhorter militaires et contestation à reprendre le dialogue.

Le Département d'Etat a également précisé lundi que l'émissaire appellerait «à la fin des attaques contre les civils».

Selon un comité de médecins proche de la contestation, 118 personnes sont mortes et plus de 500 ont été blessées depuis cette date, la majorité dans la dispersion du sit-in. Les autorités estiment à 61 le nombre de morts, dont 49 par des «tirs à balles réelles» à Khartoum.

Reprise d'Internet

Mardi, des véhicules équipés de mitrailleuses des Forces de soutien rapide (RSF) --des paramilitaires accusés par la contestation d'être à l'origine de la dispersion du sit-in et de la répression qui a suivi-- ont continué de patrouiller dans plusieurs quartiers de la capitale, pour la plupart déserts.

«Nous nous sommes habitués à voir des armes autour de nous, nous voyons tellement de ces hommes dans les restaurants avec des armes», a indiqué un habitant de Khartoum, à l'arrivée de membre des RSF dans un restaurant.

Des autobus publics étaient visibles --avec des passagers à leur bord-- dans certains secteurs de Khartoum et quelques marchés étaient ouverts mais les principaux quartiers d'affaires étaient atones et la circulation réduite, selon un correspondant de l'AFP.

«Durant les trois derniers jours, nous avons perdu beaucoup d'argent» en raison de l'absence de réservation de vols, a déploré Ibrahim Omar, qui travaille pour un tour-opérateur.

Les agences de voyage ont été particulièrement touchées lundi à cause de coupures quasi totales d'internet, avant le rétablissement dans la nuit des lignes de connexion de Sudatel, le principal fournisseur d'accès au Soudan.

En réaction au lancement du mouvement de désobéissance civile, l'armée avait promis dimanche un «renforcement de la sécurité», en accusant la contestation des «récents et malheureux incidents» et de «l'obstruction des routes», en référence aux barricades que les manifestants dressent sur les routes.

«De manière pacifique»

Au sein de la contestation, qui était parvenue à paralyser en partie le pays en décrétant une grève générale de deux jours fin mai, certains se sont félicités d'une réussite de la désobéissance civile.

«Cela montre clairement ce que nous pouvons faire, et de manière pacifique», a estimé Ishraga Mohamed, une sympathisante.

«Une telle action (...) maintient la pression sur le Conseil militaire» sans faire de morts, a-t-elle expliqué à l'AFP, promettant que cette action allait se poursuivre.

D'après l'ALC, le mouvement de désobéissance civile «montre clairement que le peuple soudanais rejette le Conseil militaire et ses milices et qu'ils ont perdu leur légitimité». Née en décembre d'une colère contre le triplement du prix du pain, la contestation a rapidement pris une tournure politique.

Au cours de la semaine de répression, trois figures de la contestation ont été arrêtées. Des médias soudanais avaient annoncé leur libération quelques jours plus tard, version contestée par les intéressés dont l'un a affirmé qu'ils ont en fait été «expulsés» au Soudan du sud.

La libération des personnes arrêtées faisait partie des conditions opposées par les leaders de la contestation durant la visite du Premier ministre éthiopien, en plus d'une enquête internationale sur le «massacre» du sit-in. (afp/nxp)

Créé: 11.06.2019, 22h04

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