Mercredi 18 septembre 2019 | Dernière mise à jour 08:41

Soudan La foule maintient la pression sur l'armée

Le mouvement de contestation au Soudan ne faiblit pas. El-Béchir va être interrogé sur le «financement du terrorisme».

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Soudan: les manifestations ont eu raison d'Omar el-Béchir

Soudan: les manifestations ont eu raison d'Omar el-Béchir Le mouvement de contestation qui a éclaté le 19 décembre 2018 au Soudan s'est conclu par la démission du président au pouvoir depuis 30 ans.

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Une immense foule de Soudanais s'est réunie jeudi devant le QG de l'armée à Khartoum pour «une marche d'un million» de personnes afin de maintenir la pression sur les militaires. Les ponts et les rues menant au complexe militaire, situé dans le centre de Khartoum, étaient noirs de monde, selon des correspondants de l'AFP sur place.

Les deux camps se sont jusqu'à présent mis d'accord pour établir un Conseil conjoint militaro-civil, appelé aussi Conseil souverain, pour remplacer le Conseil militaire mais les négociations achoppent sur le nombre de membres et sa composition, chaque partie insistant pour être majoritaire dans cet organe. Certains manifestants soulignent le risque d'impasse dans la crise.

«Si le Conseil militaire a la majorité dans le conseil souverain, les droits des civils ne seront pas garantis (...) Mais si le sit-in se poursuit, des divisions apparaîtront qui serviront les objectifs des militaires», note Hassan Rabeh, un manifestant de Gadaref (centre).

Administration civile

L'Alliance pour la liberté et le changement (ALC), qui regroupe les principales formations du mouvement de protestation, a présenté jeudi au Conseil militaire un document proposant d'établir une administration civile, avec des organes exécutif, législatif et judiciaire. Satea al-Haj, un des chef du mouvement, a déclaré à des journalistes que l'ALC voulait une réponse d'ici «72 heures».

Dans un communiqué, le Conseil militaire a indiqué qu'il examinerait le document. «Nous poursuivrons notre dialogue avec l'Alliance», a-t-il souligné. Mardi, le général Salah Abdelkhalek, membre du Conseil militaire, a annoncé que le chef de cette instance, Abdel Fattah al-Burhane, serait «le chef du (futur) Conseil souverain».

Fer de lance de la contestation, l'ALC a alors accusé les militaires de «ne pas envisager sérieusement de céder le pouvoir au peuple» et appelé «à une marche d'un million» de manifestants jeudi pour réclamer un pouvoir civil.

La situation s'est d'autant plus tendue que les militaires ont annoncé mardi la mort de six membres des forces de sécurité, tués dans des heurts avec les manifestants à travers le pays. Le Conseil militaire a prévenu qu'il ne laisserait pas le chaos s'installer.

Insurrections

Parmi ses autres revendications, l'ALC a indiqué vouloir aussi des représentants des groupes rebelles armés dans la «structure de transition civile», selon Khalid Omar Youssef, un chef de l'ALC. Depuis plus de 15 ans, le Soudan est le théâtre d'insurrections dans les régions du Kordofan-Sud (sud), du Nil-Bleu et du Darfour.

Dans cette dernière région, où les violences ont nettement baissé ces dernières années, le conflit entre pouvoir et rebelles des minorités ethniques a fait plus de 300'000 morts et 2,5 millions de déplacés, selon l'ONU.

La Cour pénale internationale (CPI) a lancé deux mandats d'arrêt contre M. Béchir pour qu'il réponde d'accusations de génocide, crimes de guerre et contre l'humanité lors du conflit au Darfour. De nombreux habitants du Darfour estiment que leur demande de justice vis-à-vis des responsables de l'ancien régime devrait être une des priorités des leaders de la contestation.

El-Béchir interrogé

Omar el-Béchir va être interrogé sur des affaires de «blanchiment d'argent et de financement du terrorisme», a indiqué jeudi l'agence de presse officielle à Khartoum. Porté au pouvoir par un coup d'Etat en 1989, Omar el-Béchir a été renversé le 11 avril par l'armée à la suite d'un mouvement de contestation, déclenché en décembre par le triplement du prix du pain. Le procureur général du Soudan Al-Walid Sayyed Ahmed a ordonné son interrogatoire «en vertu des lois sur le blanchiment d'argent et le financement du terrorisme».

Une source au sein du bureau du procureur général a confirmé à l'AFP que M. Béchir, actuellement détenu, sera interrogé à ce sujet. Les Etats-Unis ont levé en octobre 2017 leur embargo commercial sur le Soudan vieux de vingt ans, mais maintiennent Khartoum sur sa liste des soutiens internationaux du terrorisme, avec l'Iran, la Syrie et la Corée du Nord.

Le fondateur d'Al-Qaïda Oussama Ben Laden a vécu au Soudan entre 1992 et 1996. Le général Abdel Fattah al-Burhane, le chef du Conseil militaire de transition qui a succédé à M. Béchir, avait indiqué récemment qu'une délégation soudanaise allait prochainement se rendre à Washington pour discuter d'un retrait du Soudan de la liste américaine des «pays soutenant le terrorisme». (ats/nxp)

Créé: 02.05.2019, 21h37

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