Jeudi 19 septembre 2019 | Dernière mise à jour 23:05

Diplomatie La France rappelle son ambassadeur en Italie

Paris a rappelé son émissaire «après des attaques» «sans précédent», a déclaré le Quai d'Orsay.

Le torchon brûle entre la France et l'Italie.

Le torchon brûle entre la France et l'Italie. Image: AFP

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

La France a rappelé son ambassadeur en Italie jeudi après une série de déclarations «outrancières» de responsables italiens, une rare escalade entre deux pays de l'UE qui cristallise un peu plus les lignes de fracture en Europe à quelques mois des élections européennes.

«La France a fait, depuis plusieurs mois, l'objet d'accusations répétées, d'attaques sans fondement, de déclarations outrancières que chacun connaît et peut avoir à l'esprit», a déclaré la porte-parole du Quai d'Orsay, Agnès von der Mühll, en annonçant ce rappel «pour consultations».

Ces tensions franco-italiennes n'ont «pas de précédent depuis la fin de la guerre», a-t-elle ajouté dans un communiqué empreint de gravité, s'interrogeant sur les «intentions» réelles de Rome quant à sa relation avec la France.

Le rappel d'un ambassadeur est tout aussi sans précédent entre la France et un autre pays membre de l'Union européenne (UE), confirme-t-on de source diplomatique.

Après ce rappel, les deux chefs politiques du gouvernement populiste italien, le ministre de l'Intérieur Matteo Salvini et le vice-Premier ministre Luigi Di Maio, se sont déclarés jeudi «disponibles» pour dialoguer avec le gouvernement français. «Nous sommes tout à fait disposés à rencontrer le président (français Emmanuel) Macron et le gouvernement français», a écrit M. Salvini, patron de la Ligue (extrême droite) dans un communiqué.

Multiples provocations

M. Di Maio comme M. Salvini avaient multiplié ces dernières semaines les déclarations d'une rare violence à l'encontre de l'exécutif français.

Paris avait choisi jusqu'ici de ne pas surréagir à ces propos - qui saluaient le mouvement social des «gilets jaunes» en France et appelaient à la démission du président Emmanuel Macron - afin de ne pas alimenter la surenchère.

«Plus vite il rentrera chez lui, mieux ça vaudra!», avait aussi proclamé en janvier M. Di Maio, en qualifiant Emmanuel Macron de «président gouvernant contre son peuple». Le ministère français des Affaires étrangères avait tout au plus convoqué l'ambassadrice d'Italie le 21 janvier après ces propos jugés «inacceptables et sans objet».

Mais la rencontre mardi en France de Luigi Di Maio, chef de file du Mouvement 5 étoiles (M5S, antisystème), avec des «gilets jaunes» a fait déborder le vase.

«Provocation inacceptable»

«Le vent du changement a franchi les Alpes. Je répète: le vent du changement a franchi les Alpes», avait-il alors tweeté en annonçant la rencontre sur les réseaux sociaux.

«Les dernières ingérences constituent une provocation supplémentaire et inacceptable», a riposté la porte-parole de la diplomatie française. «Elles violent le respect que se doivent entre eux les gouvernements démocratiquement et librement élus», a-t-elle martelé.

Sur l'immigration, la Libye, les activistes italiens recherchés pour terrorisme depuis les années 1970 et réfugiés en France ou le projet de ligne ferroviaire Lyon-Turin, les différends entre Rome et Paris ont aussi conduit à des échanges vifs ces derniers temps. Mais la rupture semble désormais consommée entre le camp populiste et eurosceptique incarné par le tandem Di Maio/Salvini et celui des pro-européens emmené par Emmanuel Macron.

«La France a parfois du mal à prendre au sérieux les coups de menton italiens. C'est souvent pris comme du théâtre. Peut-être la farce a-t-elle assez duré et a-t-elle voulu montrer jusqu'où allait sa patience», relève Sébastien Maillard, directeur de l'Institut Jacques Delors.

Pour autant, les deux chefs d'orchestre de la politique intérieure italienne n'ont aucune raison de changer de registre d'ici aux élections européennes du 26 mai.

«Les deux protagonistes sont en campagne et en compétition, c'est une coalition qui tient mal (...) Et Di Maio a trouvé là une façon d'exister par rapport à Salvini sur la scène européenne», estime l'expert européen.

La crise franco-italienne complique aussi un peu plus les ambitions européennes d'Emmanuel Macron, déjà contrariées par les déboires politiques de la chancelière allemande Angela Merkel, partenaire clé de la France, et par le Brexit.

«Au-delà de ces escarmouches, provocations, c'est sûr que la relation franco-italienne sur le fond est en panne. Cela fait un allié traditionnel qui manque à la construction européenne», fait observer Sébastien Maillard. (afp/nxp)

Créé: 07.02.2019, 18h19

Publier un nouveau commentaire

Attention, une nouvelle procédure est en place. Vous devez vous inscrire ou mettre à niveau votre profil
"Le Matin" aime les débats. Mais trop d'abus ont lieu dans les forums. La politique pour commenter un sujet a changé. Vous devez créer un compte utilisateur ou compléter votre profil existant avec un numéro de téléphone mobile (vous n'en avez pas? envoyez une demande à l'adresse lm.online@lematin.ch). Nous vous prions d’utiliser votre nom complet. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de penser que de nombreuses personnes vous lisent. Et bon débat!
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.