Mardi 20 août 2019 | Dernière mise à jour 13:49

Egypte La «journée de colère» a fait au moins 70 morts

Les violences entre partisans du président Morsi, mobilisés par milliers, et forces de l'ordre ont fait au moins 70 morts vendredi en Egypte, avec des quartiers entiers transformés en champs de bataille.

L’ONU dénonce

Excessif Plusieurs experts de l'ONU ont condamné vendredi à Genève l'usage excessif de la force en Egypte et lancé un appel au calme et à la retenue. Ils dénoncent une «escalade de la crise très inquiétante». «Nous condamnons l'usage excessif de la force par les forces de sécurité et demandons une enquête complète sur ces actes», a déclaré Chaloka Beyani, présidente du comité de coordination des experts de l'ONU.

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Une heure après l'entrée en vigueur du couvre-feu nocturne, la coalition islamiste pro-Morsi a appelé ses partisans à mettre fin aux manifestations, mais des images diffusées en direct par des télévisions privées montraient encore des heurts et des incendies.

La coalition a toutefois appelé à des manifestations quotidiennes durant une semaine dès samedi pour dénoncer le «massacre» de mercredi, journée la plus sanglante depuis la chute du régime Moubarak en février 2011 avec 578 morts, en majorité des islamistes tués dans la dispersion de leurs camps au Caire.

Le pouvoir mis en place par l'armée après la destitution de Mohamed Morsi le 3 juillet affirme désormais se battre contre un «complot terroriste malveillant des Frères musulmans», la confrérie du président déchu. Elle a autorisé ses hommes à ouvrir le feu sur les manifestants.

Mises en garde ignorées

Deux jours après l'intervention sanglante des forces de l'ordre contre les campements qu'ils occupaient au Caire, des milliers de partisans de l'ancien président ont répondu à l'appel de la confrérie.

Les événements sur Twitter

Bravant les mises en garde du gouvernement, ils ont de nouveau exigé le rétablissement de Mohamed Morsi dans ses fonctions et la démission du chef de l'état-major de l'armée, le général Abdel Fattah al Sissi, qu'ils tiennent responsable des troubles meurtriers de mercredi.

Des milliers d'islamistes ont convergé à la sortie des grandes prières du vendredi vers la place Ramsès, dans le centre de la capitale, où des affrontements ont éclaté. Les manifestants, le visage protégé par des masques chirurgicaux, des masques à gaz et des foulards, ont fait face aux gaz lacrymogènes.

Dans deux morgues improvisées dans des mosquées attenantes, un correspondant de l'AFP et des témoins ont compté au moins 39 corps. En outre, des sources médicales et de sécurité ont affirmé que 31 personnes avaient été tuées dans différentes provinces, sans évoquer de bilan pour Le Caire.

Dans le centre du Caire, des témoins ont rapporté avoir vu un homme sauter d'un pont pour éviter les balles alors que les chars se dirigeaient vers les manifestants.

Des tirs ont également été entendus dans d'autres grandes villes du pays où les pro-Morsi manifestaient comme à Alexandrie (nord), Beni Soueif et Fayoum au sud du Caire, et dans la ville touristique de Hurghada sur la mer Rouge. Le ministère de l'Intérieur a fait état de plusieurs attaques des pro-Morsi contre des postes de police.

Inquiétude à l'étranger

Alors que de nombreux pays occidentaux ont condamné les violences, le Conseil de sécurité de l'ONU a appelé à un «maximum de retenue» en Egypte.

La cheffe de la diplomatie européenne, Catherine Ashton, a invité les Etats membres de l'Union européenne à prendre «des mesures appropriées», alors qu'une réunion des représentants des 28 États membres est prévue lundi à Bruxelles.

La presse égyptienne, quasiment unanimement acquise à l'armée, s'est déchaînée contre la confrérie. «Les milices des Frères détruisent les biens du peuple», titrait le journal privé Al-Masry al-Youm au-dessus d'une photo du siège de la province de Guizeh ravagé par les flammes.

L'Egypte pleure ses morts (Vidéo)

Les Etats-Unis ont de leur côté annulé des exercices militaires communs, sans aller jusqu'à interrompre l'aide annuelle (1,5 milliard de dollars) versée en grande partie à la toute-puissante armée de leur allié. Ils ont exhorté cette dernière à ne pas recourir à «la force létale» contre des manifestants non violents.

Pays arabes

La majorité des dirigeants arabes ont eux appuyé tacitement le coup de force sanglant contre les Frères musulmans en Egypte. Selon des experts, ils y voient un coup d'arrêt à la menace que représente la confrérie pour leur pouvoir.

Seuls le Qatar, parrain des Frères musulmans, et la Tunisie, où le parti au pouvoir appartient à la même mouvance, ont condamné de manière virulente le bain de sang.

«Toutes les monarchies du Golfe, sauf le Qatar, ainsi que la Jordanie et d'autres pays arabes craignaient l'exportation de la révolution des Frères musulmans chez eux. C'est pour cela qu'elles ont misé sur un retour au schéma classique d'un pouvoir fort en Egypte, pays pivot du monde arabe», estime Khattar Abou Diab, professeur à Paris-Sud.

Pour Abou Diab, spécialiste du monde arabe,«l'option démocratique dans le monde arabe est plus ou moins stoppée. Ce qui s'est passé en Egypte peut donner des idées à d'autres en Libye et en Tunisie. Cette mainmise de l'armée en Egypte pourrait faire tache d'huile».

Plusieurs pays, dont la Suisse, ont recommandé de ne plus voyager dans ce pays. (ats/afp/nxp)

Créé: 16.08.2013, 16h11

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