Mardi 7 juillet 2020 | Dernière mise à jour 22:35

Angleterre Un fugitif réclame 90 millions au Credit Suisse

Un ancien cadre de la grande banque affirme ne plus pouvoir travailler suite à une condamnation litigieuse prononcée par la Roumanie.

Le plaignant a été condamné en Roumanie pour «espionnage» puis «divulgation d’informations secrètes».

Le plaignant a été condamné en Roumanie pour «espionnage» puis «divulgation d’informations secrètes». Image: iStock

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La justice londonienne s’est penchée lundi sur un cas peu commun. Celui d’un ancien employé de Credit Suisse, condamné et officiellement considéré comme fugitif, qui réclame la jolie somme de 68 millions de livres – près de 90 millions de francs – à son ancien employeur.

Le plaignant, Vadim Benyatov, relate Bloomberg, avait été interpellé en Roumanie en 2006 alors qu’il travaillait pour la grande banque suisse sur la privatisation d’entreprises de services publics. Cet ancien cadre a déclaré avoir été arrêté au petit matin dans un hôtel de Bucarest par des hommes de la police secrète roumaine. Puis avoir été placé dans une cellule de prison avec «deux trafiquants d’héroïne et un cambrioleur en série».

Dix ans de prison pour espionnage

Il avait passé 56 jours sous les verrous, détaille le «Financial Times», puis il avait été placé un temps en résidence surveillée dans la capitale roumaine. Une très longue procédure a suivi et, comme deux anciens ministres roumains, Vadim Benyatov a été condamné fin 2013 à dix ans de prison pour espionnage. Fustigeant une parodie de justice, il avait alors dénoncé un verdict «politiquement motivé». Mais il vivait alors à Londres et n’était pas retourné en prison.

Ce verdict, explique le «Financial Times», a été annulé en 2015 par la Cour suprême roumaine et «remplacé» par une condamnation pour «divulgation d’informations secrètes ou non publiques». Sa peine avait alors été réduite à quatre ans et demi d’emprisonnement.

Mandat d'arrêt européen

À cette époque, raconte Bloomberg, un mandat d’arrêt européen avait été délivré contre Vadim Benyatov. Redoutant une éventuelle extradition, il avait alors quitté Londres pour les États-Unis, où il ne craint rien – il est binational, Américain et Azéri. C’est également après ce jugement que Credit Suisse l’a licencié, selon Bloomberg.

Mais pourquoi se retourne-t-il aujourd’hui contre son ancien employeur? L’homme, selon les documents fournis à la justice anglaise, avance que Credit Suisse n’a pas pris les mesures nécessaires pour le protéger des risques encourus alors qu’il travaillait en Roumanie. Que la banque n’est pas intervenue lors de son arrestation. Et qu’elle n’a pas compensé les «énormes pertes» dues à sa condamnation pénale.

Impossible de travailler même pour Uber

Il clame que sa condamnation lui interdit de travailler dans les secteurs bancaires britanniques ou américains. «Je ne suis pas en mesure de travailler», plaide Vadim Benyatov dans son dossier. «Quiconque cherche mon nom en ligne verra que j’ai été condamné en Roumanie et que ma peine n’a pas été effectuée. Je suis également tenu de déclarer toute condamnation pour une demande d’emploi. Je n’ai même pas pu remplir un formulaire pour devenir chauffeur Uber étant donné mon casier judiciaire.»

Pour ces raisons, l’homme qui reste aujourd’hui encore un fugitif pour la Roumanie, exige donc près de 80 millions de francs à son ancien employeur. Un pactole à la hauteur de sa rémunération dans la banque, qui était de 450 000 livres par an «sans les bonus», selon le «Financial Times». Quelque 580 000 francs.

«Aucune réelle chance de succès»

La banque suisse a rétorqué qu’elle a continué à employer – et à rémunérer – le plaignant durant neuf ans après son arrestation de 2006. Qu’elle a payé ses frais de justice. Et que ses pertes financières ne découlent pas de manquements de Credit Suisse mais de sa condamnation pénale.

Dans cette affaire, Credit Suisse semble confiant. Par son avocat, la banque a jugé les allégations de Vadim Benyatov «sans fondement». Lors de l’audience de lundi, Credit Suisse a demandé à la cour de rejeter la plainte et de ne pas poursuivre jusqu’à un procès durant lequel le plaignant n’aurait «aucune réelle chance de succès». Aucune décision n’a encore été rendue.

Renaud Michiels

Créé: 12.12.2019, 07h56

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