Mercredi 23 octobre 2019 | Dernière mise à jour 00:23

Soudan Le futur gouvernement sera «civil» promet l'armée

Les Soudanais se mobilisent contre les généraux après le putsch qui a destitué Omar el-Béchir. Le général Omar Zinelabidine a tenté d'apaiser les manifestants.

Des manifestants soudanais se rassemblent près du siège de l'armée à Khartoum.

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Soudan: les manifestations ont eu raison d'Omar el-Béchir

Soudan: les manifestations ont eu raison d'Omar el-Béchir Le mouvement de contestation qui a éclaté le 19 décembre 2018 au Soudan s'est conclu par la démission du président au pouvoir depuis 30 ans.

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Au lendemain de la destitution d'Omar el-Béchir, resté 30 ans au pouvoir au Soudan, la foule des manifestants rassemblée à Khartoum est désormais déterminée à chasser les généraux du régime. Ceux-ci ont tenté vendredi d'apaiser la rue en promettant un «gouvernement civil».

Les principaux chefs de l'armée ont par ailleurs confirmé que le président déchu était en détention mais qu'il ne serait pas «livré à l'étranger». Il est sous le coup d'un mandat d'arrêt de la Cour pénale internationale (CPI).

Après des semaines de manifestations réclamant son départ, Omar el-Béchir, qui dirigeait le Soudan d'une main de fer depuis 1989, a été renversé jeudi par un coup d'Etat de l'armée. Un «Conseil de transition militaire» a été mis en place pour deux ans.

Couvre-feu

Affichant leur rejet de cette transition, les manifestants ont passé leur sixième nuit consécutive devant le quartier général de l'armée. Malgré le couvre-feu imposé de 22h00 à 04h00, la nuit a été calme.

Les militaires au pouvoir ont cherché à les rassurer. Le futur gouvernement sera «un gouvernement civil, dans lequel nous n'interviendrons pas», a assuré à la télévision d'Etat le général Omar Zinelabidine, membre du Conseil militaire de transition, lui-même dirigé par le ministre de la Défense Awad Ibn Ouf.

L'armée dialoguera «avec toutes les entités politiques», a ajouté M. Zinelabidine. Il a souligné que le Conseil militaire ne permettrait «aucune atteinte à la sécurité» sur le territoire.

«C'est notre place»

A l'occasion d'un grand rassemblement pour la prière du vendredi, des milliers de femmes et hommes vêtus de blanc ont afflué sous un soleil brûlant devant le QG de l'armée à Khartoum, selon des témoins. L'imam de la prière était enveloppé du drapeau soudanais.

«C'est notre place. Nous l'avons prise et nous n'allons pas l'abandonner jusqu'à ce que la victoire soit acquise. On a violé le couvre-feu. Nous allons continuer à le faire jusqu'à ce que nous obtenions un gouvernement de transition», a affirmé un manifestant devant le QG de l'armée. De nombreux soldats étaient visibles dans la foule, discutant avec les contestataires.

Le général Zinelabidine a affirmé vendredi que le Conseil militaire était prêt à «s'assoir avec les protestataires et à les écouter (...) et à travailler main dans la main avec eux(...) pour trouver des solutions» aux problèmes des Soudanais. La décision du gouvernement le 19 décembre de tripler le prix du pain dans ce pays en plein marasme économique avait déclenché les manifestations.

«Moment historique»

Une session d'urgence du Conseil de sécurité de l'ONU sur le Soudan a débuté vendredi à huis clos, à l'appel de six capitales, dont Washington, Paris et Londres. Les Etats-Unis, qui maintiennent des sanctions contre le Soudan, pays sur leur liste des Etats soutenant «le terrorisme», ont exhorté l'armée à intégrer les civils au gouvernement, tout en saluant un «moment historique».

L'Union européenne a aussi appelé l'armée à un transfert «rapide» du pouvoir aux civils, tandis que l'Union africaine a critiqué la «prise de pouvoir par l'armée». La Ligue arabe a pour sa part appelé «au dialogue politique» pour répondre aux aspirations du peuple soudanais. La Tunisie, seul pays de la région étant parvenu à consolider sa démocratisation après un soulèvement populaire, a également exprimé l'espoir d'une transition pacifique.

Fermeture des frontières

M. Béchir a tenté de réprimer le mouvement de contestation par la force et instauré le 22 février l'état d'urgence à l'échelle nationale. Selon un bilan officiel, 49 personnes ont été tuées depuis le 19 décembre.

Parmi les autres mesures décrétées jeudi par les militaires figurent la fermeture des frontières terrestres jusqu'à nouvel ordre et un cessez-le-feu à travers le pays, notamment au Darfour (ouest), où un conflit a fait plus de 300'000 morts depuis 2003 selon l'ONU. Ces dernières années, le niveau de violence a toutefois diminué au Darfour, M. Béchir ayant annoncé plusieurs trêves unilatérales.

(afp/nxp)

Créé: 12.04.2019, 12h05

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