Dimanche 21 juillet 2019 | Dernière mise à jour 23:28

France Un mort et 227 blessés dans la manif des gilets jaunes

Près de 2000 rassemblements ont eu lieu en France, samedi, pour protester contre la hausse des taxes sur le carburant.

Policier blessé

Un motard de la police, déployé pour encadrer la mobilisation des «gilets jaunes» à Strasbourg, a été hospitalisé après avoir été percuté par un véhicule samedi alors qu'il prenait en chasse une moto, a indiqué une source policière.

Le fonctionnaire de police souffre de plusieurs fractures et a été hospitalisé. Les deux femmes à bord de la voiture, choquées, ont été hospitalisées.

Gaz lacrymo aux portes de Genève

Les forces de l'ordre ont fait usage samedi de gaz lacrymogènes pour disperser des «gilets jaunes» qui bloquaient l'accès au viaduc des Egratz à Passy, en Haute-Savoie. Selon la société ATMB (Autoroute et tunnel du Mont-Blanc), le blocage des camions était toujours en cours en début d'après-midi.

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Près de 283'000 «gilets jaunes» ont protesté samedi dans toute la France contre la hausse des taxes sur le carburant et la baisse du pouvoir d'achat, au sein de 2000 rassemblements parfois tendus qui ont entraîné des accidents faisant un mort et 227 blessés.

Sept personnes ont été grièvement blessées, dont un policier, a annoncé le ministère de l'Intérieur lors d'une conférence de presse. En début de soirée, plus de 200 points de blocages n'avaient pas encore été levés et des manifestants étaient toujours présents sur plus de 1400 lieux de rassemblement. Au total 282'710 personnes ont participé aux manifestations, selon le ministère de l'Intérieur. Il y a eu 117 interpellations en France, suivies de 73 gardes à vue, selon le ministère de l'Intérieur.

Le nom du mouvement est une référence aux vestes jaunes que tout automobiliste doit détenir dans son véhicule afin de se rendre visible en cas d'accident. Pour protester contre la politique du président Emmanuel Macron et du gouvernement, les manifestants ont bloqué des autoroutes, des ronds-points, des hypermarchés ou organisé des opérations de péage gratuit dans l'ensemble du pays.

Les «gilets jaunes» n'ont pas réussi à bloquer la France, comme ils le voulaient, mais tout le territoire a été touché par leurs actions, ce qui représente un succès certain pour ce mouvement, parti des réseaux sociaux et organisé en dehors des partis politiques et des syndicats.

Premier responsable syndical à s'exprimer samedi, le patron de la CFDT Laurent Berger a appelé, dans un tweet, Emmanuel Macron à «réunir très rapidement» syndicats, patronat et associations «pour construire un pacte social de la conversion écologique».

«Nous sommes là, c'est le peuple. Nous, les petits ouvriers, on ne peut plus vivre», a déclaré Evelyne Raliere Binet, qui participait au blocage d'une autoroute dans le Jura (est) où on pouvait lire sur une banderole: «SOS d'une nation en détresse».

Nuit sur les barrages

Des manifestants ont annoncé qu'ils comptaient camper et passer la nuit sur leurs barrages et certains souhaitaient poursuivre le mouvement dimanche. L'accès à certaines autoroutes restait coupé ou difficile en début de soirée. «Si demain il faut continuer on continuera. Et lundi, on continuera s'il n'ont pas compris», a prévenu Fred, l'un des porte-parole du mouvement à Millau.

A Paris, après plusieurs heures de tensions entre manifestants et forces de l'ordre dans le quartier du palais présidentiel de l'Élysée, la majorité des «gilets jaunes» s'est dispersée. Il n'y a eu aucun blessé, aucune dégradation, d'après le préfet de police de Paris, Michel Delpuech.

Au Pont-de-Beauvoisin (Savoie), une conductrice qui emmenait sa fille chez le médecin a été prise de panique quand des manifestants se sont mis à taper sur sa voiture. Elle a foncé alors sur eux, percutant mortellement une femme de 63 ans.

«J'en appelle à la responsabilité de ceux qui organisent ces manifestations. Ils ont porté un message. Il est entendu», a déclaré le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner. «Le gouvernement est attentif à toutes les mobilisations, nous devons maintenant continuer à répondre aux attentes des Français y compris en termes de pouvoir d'achat», a-t-il ajouté.

De son côté, le ministre de la Transition écologique François de Rugy a annoncé que le gouvernement poursuivra «la trajectoire prévue» en matière de fiscalité écologique, dans une interview au «Parisien», en soulignant la nécessité de sortir du «piège» du «tout pétrole».

Les autorités s'inquiétaient de la poursuite du mouvement malgré la nuit. «Les manifestations, aujourd'hui bon enfant, ce soir se transforment avec l'arrivée de casseurs», a déploré Richard Lizurey, directeur général de la gendarmerie nationale (DGGN), précisant que des cocktails Molotov avaient été jetés contre les forces de l'ordre.

Dénonciation globale

Une étude publiée samedi par L'Argus note que les départements où les automobilistes roulent le plus en véhicule diesel sont aussi ceux où résident le plus de ménages non imposés. Le diesel est devenu un «signe extérieur de pauvreté», en déduit la publication spécialisée.

Samedi soir, un conseiller de l'exécutif a reconnu qu'il y avait «une mobilisation qui est là, il ne faut pas la nier». Mais «elle n'était pas au niveau attendu. Ce n'est pas le raz-de-marée attendu, malgré un battage médiatique parfois surprenant», a-t-il dit.

Dans l'opposition, certains sont descendus dans la rue: Laurent Wauquiez, le chef de LR, a appelé M. Macron à comprendre et «corriger ses erreurs». Des élus du Rassemblement national étaient également présents aux côtés des «gilets jaunes», mais pas Marine Le Pen.

Des Insoumis participaient aussi aux manifestations. Leur leader Jean-Luc Mélenchon a critiqué sur Twitter une «manipulation des chiffres de participation» et une «dramatisation» de la part du gouvernement. Il s'est rendu place de la Concorde mais sans porter de gilet jaune.

Sébastien Lecornu, ministre chargé des Collectivités territoriales, a mis en garde, dans le «Journal du Dimanche», «ceux qui veulent récupérer politiquement le mouvement» des «gilets jaunes», qui «en seront pour leurs frais». «Ce sont les mêmes qui sont parfois les responsables des erreurs du passé !», ajoute le ministre.

A l'initiative de cette colère, des membres de la société civile se sont mobilisés contre la hausse du prix des carburants avant que les motifs de grief ne s'élargissent à une dénonciation plus globale de la politique du gouvernement en matière de taxation et à la baisse du pouvoir d'achat. Au 1er janvier 2019, les taxes sur le gazole doivent augmenter de 6,5 centimes d'euro par litre et celles sur l'essence de 2,9 centimes.

Le président Emmanuel Macron a perdu en novembre encore 4 points de popularité, au plus bas à 25%, selon un sondage Ifop publié dans «Le Journal du Dimanche.» Pour le politologue Jean-Marie Pernot, chercheur à l'Institut de recherches économiques et sociales (Ires), la mobilisation des «gilets jaunes» est un «succès de participation». «On va voir ce qu'ils inventent pour poursuivre la pression». (afp/nxp)

Créé: 17.11.2018, 04h48

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