Dimanche 20 octobre 2019 | Dernière mise à jour 15:59

Crise politique La grève générale se poursuit au Soudan

Deuxième journée de grève générale au Soudan pour faire pression sur l'armée, qui refuse de transférer le pouvoir aux civils.

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Soudan: les manifestations ont eu raison d'Omar el-Béchir

Soudan: les manifestations ont eu raison d'Omar el-Béchir Le mouvement de contestation qui a éclaté le 19 décembre 2018 au Soudan s'est conclu par la démission du président au pouvoir depuis 30 ans.

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Des centaines d'employés des transports, de banques, d'entreprises et de ministères soudanais ont manifesté mercredi pour la deuxième et dernière journée de grève à l'appel des meneurs de la contestation pour faire pression sur l'armée, qui refuse de transférer le pouvoir aux civils.

Face à l'impasse des négociations avec les généraux qui ont pris le pouvoir après avoir écarté le président Omar el-Béchir le 11 avril, l'Alliance pour la liberté et le changement (ALC), fer de lance de la contestation, a appelé à une «grève générale» de deux jours mardi 28 et mercredi 29 mai.

«La grève a été un succès», a déclaré mercredi soir Ahmed Ismaïl al-Taj, membre de l'ALC, lors d'une conférence de presse, ajoutant que le mouvement «avait été suivi à 90% dans les secteurs d'activités qui ont répondu à l'appel».

«Il y a pas d'avancée dans les négociations depuis leur suspension la semaine dernière», a indiqué un autre membre Babakir Faisal, ajoutant «qu'il n'y avait aucune communication» avec les militaires.

«(...) la Constitution nous donne le droit de grève»

Des milliers d'employés d'institutions gouvernementales, de banques, d'entreprises du secteur privé ou encore des terminaux portuaires de Port-Soudan (est), pôle économique vital du pays, ont rejoint la grève, affirmant que seul un gouvernement civil pourrait sortir le pays de la crise politique.

Des centaines de grévistes de différentes entreprises ont manifesté devant le siège de la Banque centrale dans le quartier des affaires de Khartoum, qui a été pris d'assaut mardi par des «forces armées», selon le mouvement de contestation.

«Nous sommes venus pour dire que nous refusons le gouvernement des militaires et pour dénoncer ce qu'il s'est passé hier», explique Somaya Ossman, employée d'une société de télécoms.

«C'est inacceptable, la Constitution nous donne le droit de grève. C'est pour cela que nous voulons un gouvernement civil», ajoute-t-elle avant de crier avec la foule les slogans du soulèvement.

«Liberté, paix, justice! Le pouvoir civil est le choix du peuple!», scandent les manifestants en brandissant des drapeaux soudanais et des pancartes en faveur de la grève devant un pick-up de l'armée stationné à l'entrée de l'établissement.

Voyageurs et journaux bloqués

Mercredi matin, l'aéroport de la capitale a commencé à reprendre ses activités malgré le maintien de la suspension des vols des compagnies soudanaises Badr, Tarco et Nova. La veille, de nombreux employés avaient marqué un arrêt de travail.

Au principal terminal de bus de la ville, nombre de voyageurs coincés tentent mercredi de trouver un moyen de transport privé pour rejoindre leur destination, les employés des compagnies de bus ayant décidé de maintenir leur grève.

«C'est la deuxième fois en deux jours que je viens au terminal avec ma famille», se désespère Mohamed al-Amin, qui souhaite se rendre dans l'Etat du Kassala (est). «J'essaye de louer une voiture avec d'autres passagers.»

Plusieurs journaux n'ont pas pu imprimer leur édition. «Mon journal ne fait pas grève mais nous ne pouvons pas l'imprimer car les techniciens» la font, a écrit sur son compte Twitter Al-Hindi Ezzeddine, propriétaire du journal Al-Mjhar.

Peu avant le début de la grève, les dirigeants du mouvement de contestation avaient indiqué que des médecins, des avocats, des procureurs mais aussi des employés des compagnies nationales d'électricité, de distribution de l'eau, de télécommunication ainsi que de l'aviation civile et des transports publics y participeraient.

«Sensibiliser les citoyens»

Les manifestants, rassemblés depuis le 6 avril devant le siège de l'armée, demandent désormais un pouvoir civil pour remplacer les généraux.

La détermination du mouvement de contestation, déclenché le 19 décembre par la décision du gouvernement de tripler le prix du pain, n'empêche pas les généraux de résister aux appels de la communauté internationale à transférer le pouvoir aux civils.

Les négociations sur la composition d'un futur Conseil souverain qui doit gérer une période de transition de trois ans ont achoppé sur la répartition des sièges entre militaires et civils et sont à l'arrêt depuis plus d'une semaine.

Chaque camp réclame la direction du Conseil. Les militaires invoquent des raisons de sécurité pour garder la main sur la transition tandis que la contestation insiste pour que cette instance soit dirigée par un civil.

Les manifestants, eux, ne font pas confiance à l'armée pour mener les réformes nécessaires dans ce pays en plein marasme économique, régulièrement confronté à des pénuries de biens et de devises étrangères.

Dans une tente au bord d'une route à Khartoum, des jeunes sont venus faire la promotion du mouvement de contestation. «Nous essayons de sensibiliser les citoyens sur la grève et la désobéissance civile», explique Rehab el-Rachid, ingénieure fraîchement diplômée.

«Nous respectons l'armée dans sa mission de protection du pays et elle a toute sa place dans le gouvernement», précise la jeune fille. Mais «le pouvoir civil est le moyen d'offrir aux citoyens l'éducation, la santé. Le Soudan a des ressources dont on pourrait enfin bénéficier», ajoute-t-elle. (afp/nxp)

Créé: 30.05.2019, 09h36


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