Lundi 25 mai 2020 | Dernière mise à jour 05:19

Moyen-Orient La guerre en Syrie entre dans sa 10e année

En neuf ans, la guerre en Syrie a fait 384'000 morts et provoqué l'exode de plus de 11 millions de personnes.

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

La guerre en Syrie entre dimanche dans sa dixième année, avec un régime ayant réussi à se maintenir à la tête d'un pays à la population épuisée et à l'économie laminée, où des puissances étrangères aux intérêts divergents jouent des muscles.

Au moins 384'000 personnes, dont plus de 116'000 civils, ont péri dans le conflit, déclenché en mars 2011 avec la répression sanglante de manifestations prodémocratie, selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).

À la veille du neuvième anniversaire de la guerre, l'émissaire de l'ONU pour la Syrie, Geir Pedersen, a déploré la durée et la nature «horrible» du conflit, «preuve d'un échec collectif de la diplomatie».

Idlib, ultime bastion djihadiste, et rebelle

Grâce au soutien des alliés russe et iranien et au prix de bombardements dévastateurs, le régime a repris à partir de 2015 les régions perdues au profit des insurgés, et contrôle désormais plus de 70% du pays.

Le principal front de la guerre aujourd'hui, dans la région d'Idlib, ultime grand bastion djihadiste, et rebelle dans le nord-ouest, jouit depuis début mars d'une trêve précaire, après plusieurs mois d'une offensive du régime.

En vertu du cessez-le-feu, des patrouilles conjointes de la Russie et de la Turquie, qui soutient elle des groupes rebelles, doivent débuter dimanche à Idlib. Le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres a déploré cette semaine «une décennie de combats qui n'a apporté que des ruines et la misère». «Les civils payent le plus lourd tribut», a-t-il dit dans un tweet.

Exode

C'est à Deraa (sud) que l'étincelle de la révolte est partie, en 2011: des adolescents, inspirés par le Printemps arabe en Tunisie et en Égypte, avaient écrit sur les murs de leur école des slogans anti-Assad.

Les manifestations ont gagné les grandes villes. Avec la répression, des factions rebelles sont apparues. Le conflit s'est encore complexifié avec la montée en puissance des djihadistes , notamment du groupe État islamique (EI), et l'intervention de puissances étrangères. La guerre a provoqué l'exode de plus de 11 millions de personnes, déplacés et réfugiés, se pressant parfois aux portes de l'Europe.

«Des centaines de milliers de personnes ont été arrêtées, kidnappées ou sont portées disparues. Les violations des droits humains, les crimes, les destructions et le dénuement ont atteint une échelle monumentale», s'est ému samedi Geir Pedersen.

«On a tout perdu»

Militante des droits humains, Hala Ibrahim a abandonné les quartiers rebelles d'Alep (nord) reconquis par le régime fin 2016 pour trouver refuge dans la région voisine d'Idlib. Elle raconte neuf années de «douleurs, entre l'exil, les bombardements et les morts». «On a tout perdu. J'ai abandonné mon université, ma maison qui a été bombardée», ajoute la trentenaire.

Appuyé par l'allié russe, le pouvoir est reparti à l'assaut en décembre de la région d'Idlib, avant d'accepter un cessez-le-feu entré en vigueur le 6 mars. Mais l'offensive a entraîné la mort de près de 500 civils, selon l'OSDH, et a déplacé environ un million de personnes, d'après l'ONU.

«Je n'ai jamais connu des jours aussi durs», lâche Siham Abss, 50 ans, installée avec sept de ses enfants dans un camp de déplacés non loin de la frontière turque. Là, les tentes faites de bâches en plastique s'alignent le long des routes boueuses, battues par les vents. Comme dans tous les camps de la région, les civils survivent dans des conditions déplorables. «On ne sait même pas où se laver», confie Siham Abss.

«Séquelles psychologiques»

Non seulement toutes les initiatives diplomatiques visant à mettre un terme à la guerre ont échoué, mais aujourd'hui pas moins de cinq armées étrangères interviennent d'une façon ou d'une autre en Syrie. Les troupes iraniennes et russes sont venues à l'aide du régime, un temps affaibli face aux rebelles et aux djihadistes .

Les troupes américaines, stationnées aujourd'hui dans le nord-est où les Kurdes jouissent d'une semi-autonomie, ont activement participé à la lutte anti-EI, mais veulent aussi enrayer l'influence iranienne. Tout comme Israël qui mène régulièrement des frappes contre des positions du régime, de l'Iran ou du Hezbollah libanais.

La Turquie voisine, qui soutient des groupes armés locaux, a elle déployé des soldats dans le nord du pays, voulant, entre autres, éviter un nouvel afflux de réfugiés.

La guerre a par ailleurs laminé les infrastructures du pays, entraînant des destructions estimées à quelque 400 milliards de dollars. «Il va falloir rétablir les services de base et rebâtir les hôpitaux et les écoles», notait vendredi le Comité international de la Croix-Rouge (CICR). Mais au-delà de la tâche titanesque de la reconstruction, l'organisation souligne qu'il sera «nécessaire d'aider la population à soigner les séquelles physiques et psychologiques de tant d'années de souffrance». (afp/nxp)

Créé: 15.03.2020, 04h12

Publier un nouveau commentaire

Attention, une nouvelle procédure est en place. Vous devez vous inscrire ou mettre à niveau votre profil
"Le Matin" aime les débats. Mais trop d'abus ont lieu dans les forums. La politique pour commenter un sujet a changé. Vous devez créer un compte utilisateur ou compléter votre profil existant avec un numéro de téléphone mobile (vous n'en avez pas? envoyez une demande à l'adresse lm.online@lematin.ch). Nous vous prions d’utiliser votre nom complet. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de penser que de nombreuses personnes vous lisent. Et bon débat!
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.