Mardi 16 octobre 2018 | Dernière mise à jour 22:54

Antisémitisme L'Italie lutte contre ses démons

Un transalpin sur cinq manifeste de l'hostilité à l'encontre des Juifs. Le phénomène inquiète les institutions politiques et religieuses.

La recrudescence de l’antisémitisme est une (triste) réalité en Italie. Même les footballeurs professionnels, à l’instar ici des joueurs de la Lazio de Rome, s’en insurgent.

La recrudescence de l’antisémitisme est une (triste) réalité en Italie. Même les footballeurs professionnels, à l’instar ici des joueurs de la Lazio de Rome, s’en insurgent. Image: Reuters/Alberto Lingria

Anne Frank dans le stade

Le 22 octobre dernier, des ultras de la Lazio se moquent de l’équipe rivale AS Roma en collant dans le stade romain des autocollants détournant l’image d’Anne Frank, la jeune fille juive dont le journal intime racontait sa vie durant l’occupation nazie.

Ce dérapage provoque une vague d’effroi et d’indignation dans la classe politique italienne.

Pour calmer le jeu et montrer leur désapprobation, trois jours plus tard, les joueurs romains s’échauffent en portant des T-shirts à l’effigie de la jeune fille avec cette inscription: «Non à l’antisémitisme.»

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À Paris, un gamin de 8 ans a été agressé parce qu’il portait une kippa. En Allemagne, Angela Merkel s’insurge contre la montée de l’antisémitisme. En Grande-Bretagne, 767 cas ont été dénoncés par la communauté juive britannique. L’Italie ne fait pas exception. Depuis plusieurs mois, pareils actes se multiplient.

Israël diabolisé

Dans la Botte, l’antisémitisme se cache notamment dans le message posté sur Facebook par un député d’extrême droite pour insulter un démocrate et son projet de loi contre l’apologie du fascisme. Ou à la radio avec une série sur les «protocoles des sages de Sion», un texte sur un soi-disant complot juif international. La multiplication des épisodes d’intolérance et la montée sourde de la haine sont telles qu’elles inquiètent les institutions politiques et religieuses.

«L’antisémitisme est alimenté par la haine contre la diversité. Il représente l’enfermement communautaire et le nationalisme», estime Antimo Luigi Farro, professeur universitaire de sociologie. Une étude de 2017 affirme que l’Italie est le pays le plus antisémite d’Europe occidentale. Un Italien sur cinq a des convictions antisémites. Le double de l’Allemagne, plus que la France, l’Angleterre et l’Espagne.

«La majorité des Italiens ne sont pas antisémites. L’extrême droite, l’extrême gauche et l’idéologie islamiste le sont, comme les deux premières générations de migrants qui ont un bagage culturel qui les pousse à diaboliser Israël», estime Lisa Billing, représentante en Italie et auprès du Saint-Siège de l’American Jewish Committee.

«Je n’ai pas le sentiment d’un véritable antisémitisme en Italie. L’antisionisme affiché par une certaine gauche m’inquiète beaucoup plus. Certains mélangent le judaïsme et le sionisme pour développer une autre forme d’antisémitisme», analyse Luigi De Salvia, président de Religions for peace Italy.

Incitations à la haine

Selon un sondage publié par l’institut de recherches Ipsos et le centre de documentation juive (Cdec), 60% des personnes estiment que les Italiens de confession juive forment un groupe d’individus unis et solidaires, savent mener des affaires et sont bien insérés dans le tissu économique. Autres données intéressantes: 52% affirment que la Shoah est la plus grande tragédie de tous les temps, 9% ne savent pas de quoi il s’agit et 3,5% affichent une position négationniste.

«En Europe, le nombre de forums et de groupes antisémites sur Facebook a pris des proportions dramatiques. Contrôler les plates-formes des réseaux sociaux est difficile. Les instruments juridiques à disposition sont insuffisants», déplore Betti Guetta, responsable de l’Observatoire sur l’antisémitisme du Cdec.

L’absence de contrôle est corroborée par le fait qu’en 2017, 23 maisons d’édition ont publié du matériel antisémite en Italie, que plus de 300 sites véhiculent des incitations à la haine contre «les lobbies juives» qui contrôlent le monde. «Les Européens doivent se libérer en se rappelant les atrocités commises par les nazis et les fascistes en développant leur démocratie qui inclue les différences culturelles et refuse la démagogie populiste destructive», conclut le Professeur Farro. (Le Matin)

Créé: 05.02.2018, 13h36

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