Mercredi 22 novembre 2017 | Dernière mise à jour 22:09

Birmanie «J'ai mangé des feuilles d'arbres pour survivre»

Dans l'exode des Rohingyas, plus de 1100 enfants se sont retrouvés seuls et à la merci de personnes mal intentionnées.

Beaucoup d'enfants rohingyas ont perdu leur famille.

Beaucoup d'enfants rohingyas ont perdu leur famille. Image: AFP

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Le garçon rohingya perdu a fait le voyage depuis la Birmanie seul, se raccrochant à des étrangers d'autres villages pour franchir rivières et jungles, jusqu'à ce qu'ils atteignent le Bangladesh. Pays où il n'avait nulle part où aller, et plus aucune famille.

«Des femmes dans le groupe ont demandé: 'Où sont tes parents ?'. J'ai dit que je ne savais pas où ils étaient», raconte Abdul Aziz, 10 ans. Son nom a été modifié pour protéger son identité.

«Une femme a dit: 'Nous allons prendre soin de toi comme notre enfant, viens avec nous'. Et je les ai suivis.»

Au total plus de 1100 enfants rohingyas fuyant les violences dans l'ouest de la Birmanie sont arrivés seuls au Bangladesh depuis le 25 août, selon les derniers chiffres de l'Unicef.

Vulnérables aux abus

Ces mineurs isolés sont particulièrement vulnérables aux abus sexuels, au trafic des êtres humains et au traumatisme psychologique, s'inquiète l'agence onusienne spécialisée dans les droits de l'enfant.

Nombre d'entre eux ont vu les membres de leur famille massacrés dans des villages de l'État Rakhine (aussi appelé Arakan) par l'armée birmane et les milices bouddhistes, des opérations qualifiées par les Nations unies de «nettoyage ethnique».

D'autres ont eu la vie sauve à un cheveu. Certains enfants de cette minorité musulmane persécutée arrivent avec des blessures par balle.

Le nombre de mineurs arrivés au Bangladesh seuls, ou séparés de leur famille sur la route de l'exode, est voué à monter au fur et à mesure que de nouveaux cas sont portés à la connaissance des autorités et organisations internationales.

Difficiles à repérer

Plus de la moitié des 379'000 réfugiés rohingyas arrivés au Bangladesh depuis le 25 août, date du déclenchement de la nouvelle flambée de violences au Rakhine, sont mineurs, selon les estimations de l'ONU.

Au sein de cette marée humaine, repérer les enfants seuls revient à chercher une aiguille dans une botte de foin pour les responsables de protection de l'enfance. Dans les immenses camps de réfugiés, des tout-petits errent nus, des enfants dorment dehors ou jouent en solitaire dans les flaques d'eau sale.

Zones protégées

Les enfants seuls «au début ils parlent pas, ne mangent pas, ne jouent pas. Ils restent juste assis, immobiles, le regard dans le vide», témoigne Moazzem Hossain, chargé de projet au sein de l'organisation caritative BRAC.

Son ONG, en partenariat avec l'Unicef, gère un espace réservé aux enfants dans le camp de réfugiés de Kutupalong. Quarante-et-une de ces zones protégées sont en place à travers les campements du sud du Bangladesh.

Des enfants, certains portant leur petit frère ou petite soeur dans les bras, viennent dans ces rudimentaires abris en bois pour des ateliers de chant, s'amuser avec des jouets et des cubes.

Pour eux, ces interludes de paix constituent un répit bienvenu dans la misère noire des camps, transformés en bourbier par la pluie et où des réfugiés exténués se disputent le moindre espace libre.

Ces temps de jeu sont aussi l'opportunité pour les spécialistes d'étudier les enfants, d'en apprendre un peu plus sur leur histoire, d'enregistrer les nouveaux arrivants et surtout de repérer ceux qui voyagent seuls.

Mohammad Ramiz (le nom a été changé), 12 ans, s'est retrouvé sans personne en fuyant son village et s'est joint à un groupe d'adultes. «Il y avait beaucoup de violences, donc j'ai traversé la rivière avec les autres», raconte-t-il. «J'ai mangé des feuilles d'arbres et bu de l'eau pour survivre.»

Agir vite

Sans surveillance, ces enfants risquent de tomber aux mains de personnes mal intentionnées, avertit Christophe Boulierac, porte-parole de l'Unicef à Genève.

Dans la masse humaine qui continue chaque jour d'affluer dans la région du Bangladesh frontalière de la Birmanie, il est urgent de repérer les réfugiés mineurs seuls.

«Plus vite nous agissons, plus grandes sont les chances de retrouver leur famille», explique M. Boulierac. «Le plus important est de les protéger car les enfants non-accompagnés, les enfants séparés, sont particulièrement vulnérables et en danger.» (ats/nxp)

Créé: 13.09.2017, 14h25


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