Dimanche 17 novembre 2019 | Dernière mise à jour 19:05

Histoire Le jour où Chirac a fâché la Suisse

En 2005, l’alors président français intervenait au Forum de Davos avec une idée qui était restée au travers de la gorge de beaucoup de Suisses.

La météo avait empêché la venue de Jacques Chirac à Davos en 2005. Mais il était intervenu au forum en vidéoconférence.

La météo avait empêché la venue de Jacques Chirac à Davos en 2005. Mais il était intervenu au forum en vidéoconférence.

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«Qui est Monsieur Cotti?» Les visites de Jacques Chirac en Suisse sont souvent résumées à une grosse bourde commise en 1996 à Genève, alors qu’il n’avait aucune idée de qui était le conseiller fédéral – et alors aussi président de l’OSCE – Flavio Cotti.

Près de dix ans plus tard, pourtant, sans même venir sur nos terres, Chirac a fâché jusqu’au Conseil fédéral. Nous sommes en janvier 2005. Le président français est attendu au Forum de Davos mais les conditions météo l’empêchent de se rendre aux Grisons.

Lutte contre le sida

Chirac intervient tout de même, par vidéoconférence. Son thème du jour? Il souhaite trouver un moyen d’aider financièrement les pays les plus pauvres, et plus particulièrement à mobiliser 10 milliards de dollars par an pour la lutte contre le sida.

Comment? Il commence par imaginer une contribution sur les transactions financières internationales. «Jusque-là, pas de réaction du public», est-il relaté sur un compte rendu sur le site du WEF. Mais le Français propose une seconde possibilité de financement. «Malgré la température glaciale à l’extérieur, cette seconde approche a probablement fait transpirer beaucoup de participants», est-il précisé… De quoi s’agit-il? Chirac s’attaque au secret bancaire.

Une «petite bombe politique»

«Pourquoi ne pas demander aux pays qui maintiennent un secret bancaire, considéré par eux comme un élément de liberté individuelle, d’en compenser une partie des conséquences sur l’évasion fiscale mondiale, si préjudiciable aux pays les plus pauvres, par un prélèvement sur les flux de capitaux étrangers sortants et entrants de leur territoire», détaille-t-il.

Le soir même, au 19:30, Darius Rochebin parle d’une «petite bombe politique». «L’une des pistes esquissées pourrait en fait viser la Suisse», souligne le sujet de qui était encore la TSR.

Scud en retour

Des ONG ou certains adversaires du secret bancaire applaudissent. Mais évidemment pas la Suisse officielle, ni la Suisse des banques et de la finance. «L’évasion fiscale et la fuite de capitaux sont les symptômes de problèmes internes à un pays et non la résultante de la présence de banques en Suisse ou à Monaco», réagit sur Swissinfo James Nason, alors porte-parole de l’Association suisse des banquiers.

James Nason taxe alors l’idée chiraquienne de «bizarre» et balance un scud en retour: «Une meilleure idée serait d’imposer une taxe sur les méchants dictateurs qui achètent des propriétés sur la Côte d’Azur, de même que sur les prêts bancaires et les ventes d’armes français aux pays dotés de régimes répressifs et brutaux»…

Hans-Rudolf Merz piqué au vif

«Jacques Chirac se trompe de cible, cette proposition mélange des choses qui n’ont pas à l’être», commente Michel Dérobert, alors secrétaire général de l’Association des banquiers privés suisses. Qui lui aussi glisse un tacle en retour à Jacques Chirac en notant que l’évasion fiscale des pays en voie de développement ne file pas qu’en Suisse mais aussi par exemple… en France.

À l’époque, le conseiller fédéral en charge des finances se nomme Hans-Rudolf Merz. Piqué au vif, toujours selon Swissinfo, il lance que la proposition du locataire de l’Élysée ne représente rien de moins qu’une «ingérence dans une question interne de la Suisse». Et Merz d’affirmer: «nous défendrons le secret bancaire tel qu’il se présente actuellement».

L’idée de Chirac a fait long feu. Tout comme le secret bancaire tel qu’il se présentait en 2005. Mais ce jour-là, ironisait le compte rendu du WEF, depuis Paris, Chirac avait fait fondre la neige de Davos.

Renaud Michiels

Créé: 26.09.2019, 17h28

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