Vendredi 17 août 2018 | Dernière mise à jour 00:56

Chasse au trésor «Un jour, ils vont trouver la chouette d'or»

Pour les 25 ans de l'oiseau le plus convoité de France, «Le Matin» a eu le rare privilège de rencontrer Michel Becker, son cocréateur. Interview.

180 000 francs

C’est le coût des matériaux utilisés pour fabriquer la chouette en 1993.

Aujourd’hui, l’oiseau pourrait avoir doublé de prix, voire plus, en fonction de la valeur artistique qu’on lui attribue.

«On continue jusqu’à quand?»

Trois éditeurs en faillite, de nombreuses procédures judiciaires et des dizaines de théories plus ou moins fumeuses qui pullulent sur Internet: 25 ans après son lancement, la chouette d’or n’a plus rien d’une simple chasse au trésor. Le décès de son créateur, et seul détenteur de la solution, Régis Hauser, en 2009, n’a rien arrangé. Depuis, les joueurs se déchirent sur l’avenir du jeu.

«Pour moi, il faut continuer. De nombreuses personnes y ont investi énormément de temps. Elles ont aussi acheté des documents ou dépensé de l’argent pour visiter des lieux», assure Gérard Simon, président de l’A2CO, l’association des chercheurs de la chouette d’or, qui représente 165 d’entre eux. Selon lui, il est indispensable qu’un nouvel organisateur soit désigné pour remplacer Régis Hauser. «Notre seul objectif, c’est de défendre les chercheurs et d’avoir quelqu’un vers qui se tourner pour garantir que le lot est toujours en jeu», précise-t-il tout en assurant qu’il reste persuadé qu’il est encore possible de trouver le précieux volatile.

Gérard Marty, qui cherche depuis plus de quinze ans, se montre plus pessimiste. «On continue jusqu’à quand? Rien ne prouve que la chouette est encore là et, en 25 ans, le terrain a été trop transformé», regrette-t-il. C’est pourquoi, ce retraité a signé un livre défendant l’idée d’arrêter le jeu. «Ma solution est impossible à contester, j’ai trouvé le point précis où la chouette devrait être et elle n’y est pas. Le problème, c’est que je ne suis pas le seul à affirmer cela.»

Persuadé, lui aussi, d’avoir trouvé la cachette de l’oiseau, Yvon Crolet a sa propre idée sur la meilleure manière d’achever la chasse au trésor. «On ne peut plus s’en sortir comme cela, pour moi il faut nommer un huissier qui soit responsable de chercher parmi les milliers de solutions proposées par les joueurs et de déterminer le gagnant», propose-t-il.

Cet ancien expert judiciaire, aujourd’hui à la retraite, considère avoir signé un contrat avec les auteurs du jeu en achetant le livre d’énigmes. «La chouette n’est plus un mythe mais un gigantesque abus de confiance que je compte démontrer», dénonce-t-il. Un combat qu’il mène avec la même ardeur qu’il a mise pour chercher la chouette après avoir été mis au défi par son fils il y a vingt-cinq ans. Yvon Crolet a déjà déposé quatre plaintes concernant la chasse au trésor. «Je tire sur tous les fils qui pendent pour faire appliquer le règlement et montrer aux organisateurs qu’ils ne peuvent pas agir en toute impunité», affirme-t-il. À ses yeux, il est plus que temps que la solution soit révélée. «Il y a 250 000 curieux qui ont besoin du corrigé de l’exercice pour savoir pourquoi ils se sont trompés. Ils ont le droit de connaître la solution avant de quitter cette terre.»

Dans ce contexte, la création d’une association pour assurer la pérennité de la chasse au trésor et vérifier que le rapace est toujours dans sa cachette, comme le propose Michel Becker, pourrait-elle satisfaire les joueurs? «Je n’ai plus du tout confiance, pour moi, le jeu est fini», rétorque Yvon Crolet. Gérard Marty et Gérard Simon se montrent, eux, plus ouverts. «C’est une bonne idée. En revanche, cela me paraît très risqué d’aller vérifier qu’elle est toujours enterrée. On fait quoi si la personne se fait voir?» s’interroge le président de l’association de chercheurs.

À première vue, la chouette d’or n’a pas fini de donner des nuits blanches à ceux qui la cherchent. Et à la justice française.

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En un quart de siècle, la chouette d’or a fait fantasmer plus de 200 000 chercheurs (lire «Le Matin» de samedi). Derrière le précieux volatile se cache un homme, Michel Becker, qui a imaginé, financé et surtout façonné le rapace estimé à 180 000 francs en 1993. Pour l’anniversaire de ce qui est devenu la plus longue chasse au trésor du monde, le peintre et sculpteur nous a accueillis à Rochefort (Fra), où il œuvre déjà pour la création d’un musée dédié à l’oiseau. Et le coauteur du livre d’énigmes n’est pas seul. Autour de lui se dressent les peintures originales des illustrations accompagnant les énoncés et sur lesquelles les «chouetteurs» se creusent la tête depuis 25 ans. Surtout, pour l’occasion, la véritable chouette d’or, presque aussi rare que sa réplique en bronze toujours enterrée quelque part en France, est sortie de sa cachette.

Tout le monde la cherche depuis 25 ans, mais au fait, pourquoi une chouette?

Au départ, Régis Hauser (ndlr: alias Max Valentin) et moi-même avions été missionnés par un ami industriel qui voulait créer une marque de joaillerie. Pour la faire connaître, Régis Hauser a donc proposé de lancer une chasse au trésor. Moi, je devais fabriquer un objet mythique que tout le monde allait chercher. C’est difficile de définir un tel objet, il fallait quelque chose qui relie à l’histoire de France, qui fasse trésor. J’ai imaginé une chouette et c’était parti.

Sauf que la marque de votre ami n’a jamais vu le jour…

Non, au dernier moment, il s’est retiré. Il a eu peur ou je ne sais pas… Mais Régis Hauser m’a proposé de faire la chasse au trésor quand même. Moi, il fallait que j’y réfléchisse, sans sponsor cela voulait dire que je devais financer la sculpture tout seul. À ce moment-là, je gagnais bien ma vie grâce à la peinture, mais c’était un sacré risque financier.

Qu’est-ce qui vous a convaincu?

Avec un ami éditeur, Régis m’a invité à Paris, ils m’ont fait le grand show en me montrant combien on pouvait gagner en vendant 100 000 exemplaires du livre. À l’époque, ce qui me motivait aussi, c’était le désir, comme tout artiste, de se faire connaître, d’attirer l’attention. Moi, je ne suis pas un homme d’affaires, j’ai toujours vécu comme cela, je suis un peu farfelu.

Comment se passait votre relation avec Régis Hauser au début?

Très bien, il était très amical, on était vraiment en phase. Il m’avait donné un cahier des charges des indices qui devaient figurer dans mes tableaux et, souvent, il s’étonnait que je sois encore plus proche de la réalité que prévu. J’avais une confiance totale en lui. J’avais même refusé plusieurs fois de connaître la solution parce que je ne voulais pas risquer de trahir le secret.

Quand vous lancez le jeu, vous vous attendiez à ce que cela dure aussi longtemps avec un tel engouement?

Non, on avait imaginé que cela durerait un an, peut-être deux. Moi je prenais tout ça à la rigolade. Mais au bout de seulement trois jours, on a reçu une lettre recommandée de quelqu’un qui assurait avoir trouvé la solution. Là, j’ai compris que ça allait partir dans tous les sens. Après un an, j’ai pris un peu mes distances et j’ai laissé Régis gérer tout ça. C’est seulement à l’anniversaire des 10 ans de la chouette d’or que j’ai pris la mesure du truc. J’ai rencontré une cinquantaine de chercheurs dans un restaurant. Je n’avais jamais imaginé qu’ils puissent être aussi passionnés, ils y passaient leurs nuits, leurs week-ends, à tel point que leurs femmes en avaient marre.

Mais les choses ont fini par se gâter…

Oui, en 2006, Régis m’a appelé paniqué pour me dire que la chouette était saisie depuis presque deux ans par un liquidateur judiciaire suite à la faillite de la maison d’édition. Il fallait absolument que je l’aide à la récupérer. Moi, je tombais des nues, c’était complètement fou qu’il ait pu ne pas m’en parler pendant deux ans. À un moment, je pense qu’il s’est pris au jeu de son personnage de Max Valentin, il s’est cru seul aux manettes. Heureusement, nous avons pu récupérer la sculpture en 2009.

Alors pourquoi essayer de la revendre en 2014?

Depuis la mort de Régis en 2009, il n’y a plus d’organisateur et l’enveloppe contenant les solutions est passée dans les mains de ses héritiers sans que l’on sache vraiment ce qu’ils en ont fait. Pour moi, donc, dans sa situation actuelle, le jeu est arrêté. Et, vous savez, cette chasse au trésor m’a causé beaucoup de déboires. Il y a eu trois faillites des maisons d’édition, de nombreuses procédures… À un moment donné, j’en ai eu marre. C’était de la folie. Je me suis dit, je ne vais pas laisser tout ça à mes enfants, je la refourgue et on n’en parle plus. C’était un peu sur un coup de tête.

Au dernier moment la vente a été annulée, mais cela n’a pas amélioré vos relations avec les chercheurs…

C’est vrai qu’ils m’ont souvent soupçonné du pire. Je pense que c’est parce que je leur ai dit la vérité, que Max avait fait des trucs qu’il ne fallait pas faire et certains n’ont pas supporté que je m’attaque à leur gourou.

Avec le temps est venue la suspicion. Que pensez-vous des théories sur le fait que la chouette n’ait peut-être jamais été enterrée ou alors qu’elle ait été déterrée?

Je me rends compte de la masse de travail que cela représente pour tous ces gens. Je comprends comment ils ont pu élaborer de telles théories du complot, mais je suis persuadé que Régis l’a enterrée en 1993. Il m’a appelé avant de partir et il m’a rappelé en descendant de voiture pour me dire que c’était fait. Ce qu’il faut comprendre, c’est que cette chasse au trésor c’était son rêve depuis très longtemps. Il n’aurait jamais triché là-dessus. Maintenant, je ne peux pas exclure qu’il l’ait déterrée pour éviter que quelqu’un la retrouve durant la période où il était aux abois parce que la chouette était saisie. Peut-être qu’il l’a cachée ailleurs et qu’il n’a jamais eu le temps de la remettre en place avant son décès?

Alors que faut-il faire pour assurer l’avenir du jeu?

Depuis le début, il y a eu une absence de cadre juridique, des copinages, des mensonges qui ont fini par installer ce climat de suspicion. J’aimerais créer, en lien avec les chercheurs, une association qui puisse remettre de l’ordre dans cet imbroglio et lever des fonds pour racheter la chouette afin qu’elle sorte de mon patrimoine et ait une vie au-delà de la mienne. En parallèle, je travaille déjà, ici à Rochefort, sur le projet d’un musée qui pourrait accueillir la sculpture et ce qui se rattache à son histoire, notamment les onze tableaux. Il faudrait aussi que cette future association parvienne à récupérer les solutions pour que quelqu’un, par exemple un huissier, puisse vérifier que la chouette est toujours là où elle doit être etque tous ces gens ne se sont pas fait avoir.

Selon vous, après 25 ans, cela vaut-il encore la peine de continuer à chercher cette chouette?

Je suis certain que c’est possible de la trouver. Régis a dû mettre la barre un peu trop haut parce qu’il avait peur qu’elle soit trouvée trop rapidement. Mais un jour, quelqu’un va venir avec une idée folle et il aura raison. Franchement, sans être mégalo, aujourd’hui, on ne parle plus de la petite opération de promotion du départ. La chouette est devenue un objet mythique, la récompense de la plus longue chasse au trésor du monde. Cette histoire peut durer encore très longtemps et elle mérite de s’achever d’une belle manière. (Le Matin)

Créé: 23.04.2018, 08h57

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