Vendredi 19 juillet 2019 | Dernière mise à jour 07:47

Pérou Un juge annule la grâce accordée à Fujimori

Un juge a annulé la grâce accordée à l'ancien président péruvien Fujimori. Il a été hospitalisé quelques heures après.

L'ex-président Alberto Fujimori, récemment gracié.

L'ex-président Alberto Fujimori, récemment gracié.

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La justice péruvienne a annulé mercredi la grâce accordée fin 2017 à l'ancien président du Pérou Alberto Fujimori, condamné pour crimes contre l'humanité, et a ordonné son arrestation, ravivant la controverse autour de cette figure aussi adulée que détestée.

Quelques heures après, l'ex-président de 80 ans a été hospitalisé dans une clinique de Lima, où il restera pour une période indéterminée, le temps de réaliser des examens, a indiqué dans la nuit son médecin, Alejandro Aguinaga. M. Fujimori a été admis à l'hôpital après «avoir souffert d'une décompensation avec une accélération du rythme cardiaque. Il a eu une chute de tension. Pour ce motif, il a été transporté à la clinique pour une série d'examens et de traitements», a dit à la presse M. Aguinaga.

«Un juge a ordonné que l'on localise et arrête l'ancien président Fujimori afin qu'il soit placé en détention», a écrit l'administration judiciaire péruvienne sur son compte Twitter.

La décision d'Hugo Nuñez, magistrat de la Cour suprême du Pérou, fait suite à un recours des familles des victimes du gouvernement Fujimori demandant de revenir «sur la grâce pour raison de santé en faveur» de celui qui a présidé le Pérou d'une main de fer de 1990 à 2000, a déclaré l'institution. Carlos Rivera, l'avocat des parties civiles à l'origine de l'annulation, a affirmé à l'AFP que la décision de mercredi était fondée car «des irrégularités avaient été commises au moment de la grâce».

La Commission interaméricaine des droits de l'homme (CIDH) a estimé que cette décision était une grande «victoire pour les victimes et un pas en avant dans la lutte contre l'impunité». «En fin de compte, justice a été rendue», a déclaré Rosa Rojas, qui a perdu son fils âgé de 8 ans et son mari en 1991 dans un des massacres pour lesquels M. Fujimori a été condamné.

Keiko Fujimori, 43 ans, fille de l'ancien chef de l'Etat et dirigeante de l'opposition, a dénoncé une décision «inhumaine» et a suspendu une tournée en province. «C'est le jour le plus triste de nos vies, ça fait mal», a-t-elle déclaré en pleurs devant les journalistes.

Appels

Accompagné de son plus jeune fils, Kenji Fujimori, l'ex-président âgé de 80 ans a été transporté en ambulance vers un établissement hospitalier de Lima, la Clinica Centenario Peruano-Japonesa, où il avait déjà été admis plusieurs fois pour divers problèmes de santé.

«En tant que fils d'Alberto Fujimori, il est de mon devoir de rester à ses côtés dans ses moments les plus difficiles. Aujourd'hui, de nouveau, je suis avec toi dans une ambulance, je t'aime et si je dois donner ma vie et ma liberté pour toi, je le ferai. J'éprouve beaucoup de douleur», a tweeté Kenji.

L'avocat de l'ancien président, Miguel Perez, a formé deux recours, l'un pour contester l'annulation de la grâce et l'autre pour permettre à son client de rester en liberté pendant que la justice analyse son premier appel.

«Après dépôt de ce recours légal, nous sommes en ce moment dans l'attente», a déclaré son avocat à la presse. L'ex-homme fort du Pérou, gracié en décembre pour raison de santé alors qu'il purgeait une peine de 25 années de prison pour crimes contre l'humanité, a récemment fêté ses 80 ans.

Massacres

Retiré de la vie politique, il vivait depuis seul dans une maison en location dans un quartier chic de Lima. Ce père de quatre enfants et grand-père de deux petites-filles disait se consacrer à la rédaction de ses mémoires et à prendre soin de ses plantes, une de ses passions.

Ces dernières années, l'ancien président avait multiplié les séjours à l'hôpital. M. Fujimori avait notamment subi plusieurs opérations en raison d'un cancer de la langue. Alberto Fujimori avait été reconnu coupable d'avoir commandité deux massacres perpétrés par un escadron de la mort en 1991-1992.

Fin 2017, sa libération anticipée au bout de 12 ans, décidée par Pablo Pedro Kuczynski, alors président du Pérou, avait déclenché une crise politique et de vives protestations d'organisations de défense des droits de l'homme et des victimes de la répression du régime Fujimori. Mi-juin, la Cour interaméricaine des Droits de l'homme a épinglé le Pérou pour cette grâce.

Dans une lettre manuscrite adressée en juillet à l'AFP, M. Fujimori défendait son héritage qui devait permettre, selon lui, de faire du Pérou «un pays leader en Amérique latine». Mais le passage au pouvoir de celui que l'on surnomme «El Chino» («le Chinois») a laissé des souvenirs contrastés.

Pour certains, il est l'homme qui a combattu avec succès la guérilla maoïste du Sentier lumineux et dopé l'essor économique du pays. D'autres se souviennent surtout de ses méthodes musclées dans le cadre de la lutte contre le Sentier lumineux. Jusqu'à présent, le patriarche du clan Fujimori n'a pas réussi à réconcilier deux de ses enfants, Keiko et Kenji, 38 ans, devenus ouvertement rivaux en politique. Au point qu'ils pourraient s'affronter lors de la prochaine élection présidentielle en 2021. (afp/nxp)

Créé: 03.10.2018, 19h16

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