Lundi 18 novembre 2019 | Dernière mise à jour 16:36

Divonne-les-Bains L'usine d'embouteillage ne coule plus de source

Un projet d'embouteillage d'eau minérale suscite la controverse dans la station française de Divonne-les-Bains, proche de la Suisse.

«Divonne rêve de rivaliser avec Evian», titrait Le Figaro le 10 juin 2016.

«Divonne rêve de rivaliser avec Evian», titrait Le Figaro le 10 juin 2016. Image: AFP

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L'offensive gouvernementale lancée contre le plastique tombe mal pour la mairie de Divonne-les-Bains. Depuis trois ans, cette station thermale de l'Ain, proche de la Suisse, s'enlise dans un projet controversé d'embouteillage d'eau minérale.

«Divonne rêve de rivaliser avec Evian», titrait Le Figaro le 10 juin 2016, parmi d'autres articles citant le maire LR de l'époque, Étienne Blanc.

La veille, le bras droit de Laurent Wauquiez à la région Auvergne-Rhône-Alpes, qui brigue aujourd'hui la mairie de Lyon, avait présenté au conseil municipal son «partenaire idéal» pour bâtir l'usine que Divonne attendait depuis «un demi-siècle».

A ses côtés, Patrick Sabaté, ancien fabricant de bouchons reconverti dans le champagne de luxe, avait déroulé le calendrier et les chiffres: 400 millions de bouteilles d'eau dès 2020. Soit un quart de la production d'Evian, mastodonte mondial de l'autre côté du Léman.

Et M. Blanc de promettre «un tournant» pour la commune. Dans la foulée, les élus l'autorisaient, à l'unanimité, à signer un contrat d'exclusivité avec Andrenius, la société de M. Sabaté.

La ville s'est engagée à lui fournir pendant 90 ans de l'eau minérale pour qu'elle l'embouteille et la commercialise sous la marque «Divonne». Moyennant une redevance de 3 euros par mètre cube - soit 500.000 à deux millions d'euros par an selon le volume - et un intéressement de 1% sur les ventes.

Trois ans plus tard, l'usine «Iceberg», ainsi nommée pour son architecture semi-enterrée, n'a toujours pas fait surface.

«C'est qu'on n'embouteille pas une nouvelle eau en France tous les jours», euphémise le nouveau maire, Vincent Scattolin, qui a hérité en février du fauteuil de M. Blanc.

Fronde

Première tracasserie, il a fallu deux ans pour obtenir l'autorisation de pomper jusqu'à 80 m3/heure (680.000 m3/an). Les services de l'État passent désormais le projet au crible du Code de l'Environnement avant de lancer une enquête publique qui s'annonce compliquée.

«L'industriel n'a pas mesuré l'hostilité potentielle de son usine», juge une source proche du dossier. La signature du permis de construire, en mars, a en effet cristallisé les oppositions.

Le collectif «Stop Embouteillage» mène la fronde à Divonne. «Avec le réchauffement climatique, les épisodes de sécheresse qui augmentent et l'augmentation de la population du Pays de Gex, notre ressource en eau est plus que jamais un trésor à préserver, pour nous et pour nos enfants !», estime-t-il.

«Mettre de l'eau en bouteille aujourd'hui pour l'expédier à l'autre bout de la planète est une aberration écologique», renchérit Judith Hébert, maire de la commune voisine de Grilly.

De l'autre côté de la frontière, dix communes ont engagé un recours contre le permis de construire - «car on ne va pas avaler tout ce qu'on nous dit sans vérifier», indique le syndic de Chavannes-de-Bogis dans le canton de Vaud.

Et une trentaine de parlementaires helvètes ont signé une motion appelant le canton de Genève à s'opposer à l'usine.

Les inquiétudes touchent notamment aux camions qui passeront par la Suisse pour rejoindre l'autoroute, alors que la douane locale est déjà très encombrée au quotidien.

M. Sabaté rétorque que ses véhicules, «décarbonés», ne rouleront pas aux heures de pointe. Et minimise l'impact de l'usine sur la ressource, «on prélève dans le sous-sol des quantités infinitésimales d'une eau qui n'est pas destinée au robinet».

Recapitalisation

Face aux critiques, le maire de Divonne a opté pour la transparence sur le projet, suivi désormais avec l'opposition - et bientôt des habitants tirés au sort.

Vincent Scattolin attend encore «beaucoup de réponses» de l'industriel, en particulier sur les engagements écologiques qu'il a pris lors d'une réunion publique: des «cargos à voile» pourront acheminer les bouteilles en Asie, où il affirme qu'il veillera au recyclage du plastique.

«De l'enfumage», tranche Michel Amiotte du collectif «Eau Bien Commun». Interrogé par l'AFP, M. Sabaté concède qu'il devra d'abord utiliser des bateaux classiques mais assure que ses emballages seront récupérés pour ne pas finir dans l'océan: «ce ne sera pas exactement de la consigne mais ça s'y apparente».

Le plus grand flou concerne le financement de l'usine, dont l'enveloppe est passée de 20 à 65 millions d'euros en trois ans: un montant que ne peut assumer la société Andrenius en l'état.

«Elle sera recapitalisée de façon extrêmement solide, à hauteur de plusieurs dizaines de millions d'euros, entre mi-septembre et mi-octobre», annonce l'industriel, évoquant des fonds d'investissement «internationaux, d'origines diverses». Un scénario que redoutaient les opposants au projet.

D'autant que le maire n'est pas dans la confidence: «Je n'ai pas vu la liste des partenaires», admet-il. Divonne devra pourtant honorer son contrat avec ces nouveaux actionnaires, sauf à le casser devant les tribunaux. Et d'en payer le prix. (afp/nxp)

Créé: 12.07.2019, 10h12

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