Mercredi 17 juillet 2019 | Dernière mise à jour 13:09

Italie La capitaine du navire Sea-Watch 3 libérée

Assignée à domicile pour avoir débarqué illégalement des migrants à Lampedusa, Carola Rackete a été déclarée libre par la justice mardi.

Sea-Watch est dans le collimateur de la justice italienne.

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Une juge italienne a invalidé mardi soir l'arrestation de Carola Rackete, la capitaine du Sea-Watch 3 arrêtée samedi pour avoir accosté de force à Lampedusa pour faire débarquer 40 migrants, au grand dam du ministre de l'Intérieur Matteo Salvini.

L'Allemande de 31 ans est désormais libre de ses mouvements, sous le coup d'aucune mesure judiciaire. Elle se trouvait mardi soir dans un appartement en périphérie d'Agrigente, le chef-lieu sicilien dont dépend la petite île de Lampedusa, et n'a fait aucune déclaration dans l'immédiat.

«Cette pauvre femme a seulement essayé de tuer cinq militaires italiens. Je suis sans voix! Qu'est-ce qu'il faut faire pour aller en prison en Italie?» s'est insurgé Matteo Salvini, patron de l'extrême droite italienne, dans une vidéo sur Facebook, promettant d'expulser au plus vite ce «danger pour la sécurité nationale». Sa décision d'expulsion devra cependant obtenir au préalable le feu vert de la justice.

Soulagement

«Nous sommes soulagés que notre capitaine soit libre !» a réagi de son côté l'ONG Sea-Watch sur les réseaux sociaux. «Il n'y avait aucune raison de l'arrêter, car elle était engagée dans la défense des droits de l'homme en Méditerranée et prenait ses responsabilités là où aucun gouvernement européen ne le faisait».

Elle avait été arrêtée pour «résistance avec violence envers un navire de guerre» -- pour avoir obligé une vedette de police à s'éloigner sous peine d'être écrasée contre le quai -- et d'«obstruction à la force publique» -- pour avoir pénétré de force dans les eaux italiennes.

Selon les médias italiens, la juge qui a entendu la jeune capitaine pendant trois heures lundi a invalidé le premier chef en estimant que la vedette de police ne pouvait être considérée comme un «navire de guerre» et la seconde en faisant valoir qu'elle avait agi pour sauver des vies.

De plus, selon la décision citée par les médias, la juge a estimé que l'interdiction de pénétrer dans les eaux territoriales italiennes, imposée par Matteo Salvini sur la base d'un décret-loi adopté début juin, n'était «pas applicable aux actions de sauvetage». Et elle a fait valoir que Carola Rackete était «obligée» de débarquer les migrants à Lampedusa dans la mesure où les droits des migrants n'étaient pas garantis dans les autres ports proches, en Tunisie et surtout en Libye.

«Des criminels»

Lundi, le procureur d'Agrigente Luigi Patronaggio -- celui qui avait ouvert une enquête contre Matteo Salvini pour séquestration de migrants bloqués à bord d'un navire des garde-côtes -- avait demandé la validation des deux chefs d'arrestation. Pour lui, «l'état de nécessité» invoqué par la jeune femme n'était pas constitué: «Le Sea Watch avait reçu les jours précédents une assistance médicale et était en contact continu avec les autorités militaires et maritimes pour tout genre d'assistance».

Comme c'est souvent le cas désormais quand un navire d'ONG débarque des migrants en Italie, Carola Rackete fait aussi l'objet d'une enquête pour aide à l'immigration clandestine, traitée à part. Dans ce dossier, elle est convoquée par le parquet le 9 juillet. Selon ses avocats, il est peu probable qu'elle soit expulsée avant.

Mardi matin, Sea-Watch s'est dite déterminée à poursuivre ses opérations de sauvetage en Méditerranée «si nécessaire avec un nouveau navire si notre navire (le Sea-Watch 3) reste sous séquestre». L'ONG allemande en a les moyens: deux collectes de dons lancées sur internet ont permis de récolter près de 1,4 million d'euros ces derniers jours.

En attendant, deux navires humanitaires, l'Open Arms et l'Alan Kurdi, étaient actuellement en mer. Matteo Salvini a expliqué avoir tenu une nouvelle réunion mardi à son ministère pour étudier comment les empêcher d'amener des migrants en Italie. «On va continuer à les stopper, un par un. On trouvera un juge, il y en aura bien un en Italie, qui aura finalement le courage de dire (...): ces gens ne sont pas des sauveteurs, ce sont des complices, des assassins potentiels, des criminels, et dans un pays normal les criminels vont en prison», a-t-il tonné. (ats/nxp)

Créé: 02.07.2019, 21h57

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