Mercredi 19 juin 2019 | Dernière mise à jour 08:32

Espagne La justice suspend l'exhumation de Franco

La Cour suprême espagnole a décidé ce mardi de suspendre à titre conservatoire l'exhumation de la dépouille du dictateur Francisco Franco de son mausolée.

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Franco: Manifestation des nostalgiques du franquisme

Franco: Manifestation des nostalgiques du franquisme Quelque 200 partisans de l'extrême droite se sont rassemblés ce 20 novembre 2016 à Madrid pour le 41e anniversaire de la mort du dictateur.

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Le bras de fer autour de l'exhumation du dictateur Franco s'est poursuivi mardi en Espagne où la plus haute instance judiciaire a décidé de tout bloquer à quelques jours de la date fixée par le gouvernement.

La Cour suprême a indiqué dans un communiqué que l'une de ses chambres avait «décidé à l'unanimité de suspendre à titre conservatoire l'exhumation des restes de Francisco Franco Bahamonde qui devait avoir lieu le 10 juin», le temps que le recours en justice de la famille puisse être examiné sur le fond.

Eviter un «préjudice»

Cette suspension a donc pour but, selon la Cour, d'éviter le «préjudice» qui pourrait être causé aux descendants du dictateur, mais aussi à l'Etat, si leur recours était in fine accepté. Ce qui aurait obligé à ramener la dépouille au sein du «Valle de los Caidos», complexe monumental des environs de Madrid où elle se trouve actuellement.

Cette décision «implique que le gouvernement va devoir repousser l'exécution de l'exhumation jusqu'à l'annonce d'un verdict sur le fond dans les prochains mois», a reconnu l'exécutif socialiste de Pedro Sanchez. Avant de se dire «convaincu» du futur rejet par la Cour suprême du recours des descendants du dictateur.

Construit par des milliers de prisonniers politiques

Le «Généralissime», vainqueur de la Guerre civile (1936-1939) à l'issue de laquelle il a dirigé l'Espagne d'une main de fer pendant 36 ans, a été inhumé au «Valle de los Caidos» à sa mort en 1975.

Il avait fait construire ce monument, une basilique creusée à flanc de montagne et surmontée d'une croix de 150 mètres de haut, par des milliers de prisonniers politiques dans les années 1940 et 1950. A l'intérieur sont enterrés 27.000 combattants «nationalistes» qui se battaient sous ses ordres et quelque 10.000 soldats républicains, sortis des cimetières et des fosses communes sans que les familles en aient été informées.

La tombe de Franco, couverte de fleurs fraîches et vénérée par les nostalgiques du franquisme, se trouve devant l'autel de la basilique, un «lieu d'exaltation» inacceptable pour le gouvernement de Pedro Sanchez.

Un an de bataille judiciaire

Le socialiste a fait de l'exhumation de Franco l'un de ses chevaux de bataille dès son arrivée au pouvoir en juin 2018. Mais alors qu'il pensait initialement la mener à bien durant l'été 2018, il s'est retrouvé confronté à une guérilla judiciaire des héritiers du dictateur et à la résistance des moines bénédictins qui entretiennent le mausolée.

Le gouvernement a dû obtenir l'assentiment du Vatican et rejeter la proposition de la famille de réinhumer le dictateur dans le caveau familial de la cathédrale de l'Almudena, où est enterré sa fille, de crainte qu'elle ne se transforme en lieu de pèlerinage franquiste en plein cœur de Madrid.

Les plaies sont loin d'être refermées

A la place, le gouvernement a choisi le cimetière de Mingorrubio-El Pardo, plus discret, où repose l'épouse du dictateur au nord de Madrid. Plus de quarante ans après la fin de la dictature franquiste, les plaies sont loin d'être refermées et la question du travail de mémoire divise toujours en Espagne.

Un précédent gouvernement du socialiste Jose Luis Rodriguez Zapatero avait fait voter en 2007 une «Loi de mémoire historique» pour faire retirer les vestiges de la dictature, identifier les dizaines de milliers de corps jetés dans des fosses communes et réhabiliter la mémoire des vaincus, condamnés sous le franquisme.

Mais la droite accuse systématiquement la gauche de vouloir rouvrir les blessures et le conservateur Mariano Rajoy, évincé par Pedro Sanchez l'an dernier, s'était vanté publiquement de ne pas avoir dépensé un euro pour appliquer cette loi. (afp/nxp)

Créé: 04.06.2019, 12h16

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