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Syrie Lafarge et le djihadisme: une mise en examen

Le cimentier Lafarge est accusé d'avoir indirectement financé l'Etat islamique, un Norvégien vient d'être mis en examen.

Cette usine Lafarge est située à 30 km d'Ain Issa, dans le nord de la Syrie. (Photo d'archives)

Cette usine Lafarge est située à 30 km d'Ain Issa, dans le nord de la Syrie. (Photo d'archives) Image: AFP

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Un ancien membre des services de renseignement norvégien, Jacob Waerness, a été mis en examen à Paris dans le cadre de l'enquête sur le cimentier Lafarge. Le groupe est soupçonné d'avoir indirectement financé des groupes djihadistes dont l'Etat islamique en Syrie.

Jacob Waerness, responsable de la sécurité de l'usine syrienne du groupe de septembre 2011 à octobre 2013, a été interpellé le 2 mai à l'aéroport Roissy-Charles-de-Gaulle alors qu'il faisait escale entre deux vols, a précisé une source proche de l'enquête.

Il a été mis en examen le 4 mai pour «financement d'une entreprise terroriste» et remis en liberté sous contrôle judiciaire, selon une source judiciaire, qui confirmait une information du Monde. Les douanes judiciaires, en charge de l'enquête, l'avaient convoqué à plusieurs reprises, mais ce dernier n'avait pas accédé à leur demande.

Sept cadres et dirigeants du cimentier français et de sa branche syrienne ont déjà été mis en examen - dont l'ex-PDG Bruno Lafont - dans cette enquête inédite où, pour la première fois, un patron du CAC 40 est mis en cause pour une infraction terroriste.

Argent versé à des factions armées

Le groupe Lafarge, qui a fusionné en 2015 avec le st-gallois Holcim, est suspecté d'avoir indirectement versé entre 2011 et 2015 plus de 12 millions d'euros (taxes pour assurer le passage des employés, achat de matières premières...) à des factions armées en Syrie afin de continuer à faire tourner sa cimenterie malgré la guerre, mettant en péril la sécurité de ses employés syriens. Ces derniers étaient restés seuls au départ de la direction de l'usine, à l'été 2012.

Dans un livre sorti en Norvège à l'été 2016 ainsi que dans plusieurs interviews, Jacob Waerness a reconnu que Lafarge avait notamment négocié, via un intermédiaire nommé Firas Tlass, avec le Front Al-Nosra, branche syrienne d'Al-Qaïda, et avec l'Etat islamique (EI).

Les cadres de l'EI «voulaient des taxes. Ils voulaient plus être comme un État», a détaillé Jacob Waerness dans un de ces entretiens, évoquant des «contacts indirects» avec l'organisation djihadiste. «Vers la fin de mon contrat, on aurait dû fermer (l'usine, ndlr). A cette époque, nous savions qui était ISIS (acronyme anglais de l'EI, ndlr), nous savions que nous ne pouvions pas rester dans la région sans contact direct ou indirect avec ce groupe», a-t-il ajouté.

Qui était au courant?

Jacob Waerness a également affirmé que la direction du groupe à Paris avait été informée de ces pratiques, notamment par l'intermédiaire du directeur sûreté du cimentier, Jean-Claude Veillard, lui aussi mis en examen dans ce dossier.

L'ex-PDG Bruno Lafont a assuré devant les juges n'avoir été au courant de versements à l'EI qu'en août 2014. Mais son ex-bras droit, Christian Herrault, à l'époque directeur général adjoint du cimentier, affirme l'avoir informé dès l'automne 2013. M. Herrault fait lui aussi partie des mis en examen.

(ats/nxp)

Créé: 11.05.2018, 05h05

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