Vendredi 13 décembre 2019 | Dernière mise à jour 01:51

Pologne La législation contre la pédophilie renforcée

La diffusion d'un documentaire sur la pédophilie dans l'Eglise catholique a fait réagir les députés polonais.

Le film des frères Sekielski est filmé en caméra cachée.

Le film des frères Sekielski est filmé en caméra cachée. Image: Capture d'écran Youtube

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L'onde de choc soulevée en Pologne par un documentaire sur la pédophilie dans l'Eglise catholique risque de pénaliser le parti conservateur au pouvoir, proche de cette institution, à l'approche des élections au Parlement européen.

Les deux principales forces politiques qui s'affrontent - les conservateurs de Droit et Justice (PiS) et la Coalition européenne de plusieurs partis d'opposition - sont au coude à coude dans les sondages. Ainsi, au scrutin du 26 mai «cette affaire risque de faire pencher la balance du côté de l'opposition», dit à l'AFP le politologue de l'Académie polonaise des sciences Stanislaw Mocek.

Autrement dit, le PiS, au pouvoir depuis 2015, risque de payer cher sa grande proximité avec l'Eglise catholique, sur la sellette. «Nous avons en Pologne une alliance du trône et de l'autel», reconnaît le chercheur, «une symbiose qui convient aux deux parties».

Posté samedi dernier sur YouTube, le film des frères Tomasz et Marek Sekielski a été visionné depuis près de 18 millions de fois, alors que les médias regorgent de révélations, témoignages et commentaires sur les abus sexuels commis par des prêtres à l'égard des mineurs.

«Pas de changements cosmétiques»

Deux éléments dominent: critiques à l'égard des évêques qui n'ont pas réagi efficacement aux abus connus, et demandes de créer une commission d'enquête indépendante pour faire toute la lumière sur ce phénomène. Aux élections européennes, le déplacement de 1% ou 2% des voix sous l'effet du scandale de pédophilie peut s'avérer décisif, estime le professeur Mocek.

L'anthropologue et théologien de l'Université de Varsovie Stanislaw Obirek, ancien jésuite, va plus loin. Il croit savoir que «la panique règne» tant dans le PiS qu'au sein de l'épiscopat et pense que la visite en juin de l'archevêque maltais Charles Scicluna, grand expert du Vatican sur les abus sexuels, risque de déboucher sur des démissions en série d'évêques polonais. «Ce ne seront pas des changements cosmétiques», prédit l'ancien prêtre jésuite, passé à l'état laïc en 2005.

Le parti conservateur a réagi immédiatement au danger. Fidèle à son style d'action éclair, son chef Jaroslaw Kaczynski a annoncé dimanche un durcissement considérable des peines pour pédophilie.

«Cléricalisme»

Examiné à partir de mercredi au parlement, où le PiS dispose de la majorité absolue, le projet de loi a été adopté jeudi par les députés avec 263 voix contre trois et trois abstentions.

Les nouvelles dispositions prévoient des peines allant jusqu'à 30 ans de prison pour les personnes reconnues coupables d'actes pédophiles, ainsi que des peines de prison à vie pour les pédophiles les plus dangereux. La nouvelle législation supprime aussi la prescription pour les cas de pédophilie les plus graves.

La porte-parole du gouvernement Joanna Kopcinska a démenti fermement, l'estimant «absurde», tout lien avec la campagne pour les élections européennes, en soulignant que les modifications du code pénal étaient préparées «depuis plus de dix mois». L'influent religieux rédemptoriste Tadeusz Rydzyk, à la tête de la station catholique Radio Maryja, a pour sa part dénoncé une «battue» inspirée par «la haine» de l'Eglise.

Si la motivation de la campagne contre la pédophilie était la recherche du bien, a-t-il dit en substance, «on citerait aussi le pourcentage de personnes coupables de ces crimes dans les autres groupes sociaux et on montrerait que le pourcentage des prêtres est faible».

De son côté, le vice-Premier ministre Jaroslaw Gowin a reconnu que le débat sur la pédophilie «risque d'avoir certaines conséquences électorales». Quant à l'Eglise, le théologien Stanislaw Obirek pense qu'elle est «au seuil de changements fondamentaux». En visite à Varsovie, le supérieur général de la Compagnie de Jésus, le Vénézuélien Arturo Sosa, a déclaré mercredi, lors d'une rencontre publique, que les problèmes de l'Eglise catholique étaient dus au «cléricalisme», à savoir la domination excessive du clergé sur les fidèles, et au manque de transparence au sein de l'institution religieuse. (afp/nxp)

Créé: 17.05.2019, 02h16

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