Dimanche 12 juillet 2020 | Dernière mise à jour 03:01

Explications Mark Zuckerberg face à ses juges

Durant deux jours, le fondateur de Facebook a dû répondre aux questions des élus américains. Un interrogatoire serré qui l’a fait tomber de son piédestal.

87 millions d’utilisateurs ont vu leurs données Facebook fuiter du réseau social et être utilisées par l’entreprise Cambridge Analytica, notamment au profit de Donald Trump. Un scandale révélé en mars dernier qui a plongé la plate-forme dans la tourmente.

87 millions d’utilisateurs ont vu leurs données Facebook fuiter du réseau social et être utilisées par l’entreprise Cambridge Analytica, notamment au profit de Donald Trump. Un scandale révélé en mars dernier qui a plongé la plate-forme dans la tourmente. Image: AFP

édito

Dialogue de sourds au Capitole

Que faut-il retenir des auditions du patron de Facebook devant le Congrès américain? Sur le Net, les compilations de moments cocasses dépassent largement les commentaires avisés. Comme un reflet navrant de la relative indifférence des internautes pour un sujet qui influence profondément le monde qui leur est donné à voir lorsqu’ils utilisent le plus grand réseau social.

Mark Zuckerberg n’a pas dit grand-chose de nouveau. Mardi et mercredi, le patron de Facebook s’est contenté de répéter ce qu’il avait déjà fait depuis l’éclatement du scandale Cambridge Analytica. À savoir rendre un peu plus visibles des outils de confidentialité jusqu’ici bien cachés, et contrôler mieux ce que les clients de Facebook font des données personnelles qu’ils achètent. En clair, des mesurettes qu’il se serait bien gardé de prendre, si l’usage abusif d’informations personnelles de 87 millions d’utilisateurs, dont 30 000 Suisses, n’avait été éclaté au grand jour.

Le milliardaire de 33 ans a promis des réformes
pour éviter toute législation contraignante. C’est bien, mais le problème persistera tant que Mark Zuckerberg continuera d’affirmer comme il le fait que l’utilisateur garde le contrôle sur les données qu’il publie sur Facebook. C’est en partie vrai, dans la mesure où des réglages permettent depuis longtemps de paramétrer qui peut voir vos photos, consulter votre profil complet ou lire vos commentaires. Par contre, l’utilisateur ne contrôle pas qui utilise les mots-clés associés à ses contenus personnels, encore moins dans quel but. Et c’est bien cela qui est reproché à Facebook. Problème, c’est aussi le cœur de son modèle d’affaires.

Simon Koch
Rédacteur en chef adjoint

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Le scandale Cambridge Analytica, l’ingérence étrangère dans les dernières élections américaines grâce à Facebook, la position de monopole du réseau social: durant deux jours, Mark Zuckerberg a dû faire face à un barrage de questions de la part des parlementaires américains. Mis sous pression, il a su rester calme et s’est tiré de plusieurs situations délicates en prétendant ne pas avoir la réponse à certaines questions.

«On a vu qu’il a pris au sérieux cette audition, il s’est entraîné, il était prêt», observe Olivier Glassey, sociologue spécialisé dans les nouvelles technologies à l’UNIL (Université de Lausanne). Et selon lui, le fondateur du réseau social a bien fait de ne pas sous-estimer les moyens de pression à disposition du gouvernement américain. «Ils ont les moyens de mettre en place des textes lois qui forceraient Facebook à changer en profondeur sa manière de fonctionner», pointe le spécialiste.

«Surtout de la communication»

Pour autant, il n’est pas convaincu que la plate-forme se remette en question à court terme. «Ils vont sans doute renforcer leur communication et mettre en place des procédures plus transparentes concernant l’achat des publicités, mais je n’ai pas l’impression qu’ils vont véritablement réformer la façon dont ils utilisent nos données.» Pourtant, Mark Zuckerberg s’est excusé pour les différents dysfonctionnements de son réseau social et a, pour la première fois, admis que Facebook était responsable des contenus publiés par ses utilisateurs. «Il a seulement compris qu’ils ne pourraient pas se soustraire plus longtemps à ce reproche. En revendiquant cette responsabilité, ils espèrent surtout que personne ne va venir chercher à réguler les choses à leur place», tempère Olivier Glassey.

Juriste spécialisé dans les nouvelles technologies, François Charlet va même plus loin. «C’est purement de la sémantique. Tout ceci est avant tout un exercice de communication.» L’expert souligne le manque de pertinence des questions posées par certains parlementaires. «Pour être honnête, on avait l’impression qu’ils ne savaient pas de quoi ils parlaient. Cette incompréhension du sujet, aux États-Unis comme en Suisse, favorise une absence de régulation», regrette-t-il. À ses yeux, seuls des changements cosmétiques sont à prévoir. «Depuis des années, le même schéma se répète. Ils abusent des données, ils s’excusent et ils recommencent.»

Olivier Glassey préfère se montrer plus optimiste. «Tout cela n’est pas anodin. Il y a un an, Mark Zuckerberg menait une sorte de campagne préélectorale, aujourd’hui, il est un peu tombé de son piédestal en faisant son mea culpa. Facebook n’est plus intouchable.» Selon le sociologue, les excuses formulées par le fondateur du réseau social pourraient même se retourner contre lui à l’avenir. «Cela crée un précédent qui permettra peut-être à d’autres pays de montrer à quel point tout cela est problématique.»

Créé: 11.04.2018, 21h45

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