Mercredi 18 septembre 2019 | Dernière mise à jour 21:39

Soudan Au moins 35 morts dans la dispersion d'un sit-in

Le bras de fer entre les généraux au Soudan et la contestation a pris une tournure violente. L'armée a délogé les manifestants.

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Le bras de fer entre les généraux au pouvoir au Soudan et la contestation a pris une tournure sanglante lundi avec la dispersion du sit-in des manifestants à Khartoum. Les violences ont fait au moins 35 morts, selon un comité de médecins.

Le Conseil militaire de transition a lui démenti toute «dispersion par la force» du sit-in. «Il n'y a plus rien à part les corps des martyrs que nous ne pouvons pas sortir», a de son côté avancé l'Alliance pour la liberté et le changement (ALC), fer de lance de la contestation.

Dans son précédent bilan, le Comité central des médecins, proche de la contestation, a fait état d'«au moins 30 morts» et de centaines de blessés. Il évoque des «difficultés à comptabiliser le nombre réel de morts à cause de l'encerclement des hôpitaux» par les forces de sécurité.

Réunion au Conseil de sécurité

Le Royaume-Uni et l'Allemagne ont demandé dans la soirée une réunion du Conseil de sécurité de l'ONU sur le Soudan. La réunion, à huis clos, devrait se tenir mardi, ont-ils ajouté. Plus tôt, le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres a condamné l'usage excessif de la force par les autorités soudanaises et a appelé à une enquête indépendante.

Il s'est également dit «alarmé», dans un communiqué, par les informations signalant que les forces de sécurité soudanaises avaient ouvert le feu à l'intérieur d'un hôpital. «Ce qui est clair pour nous c'est qu'il y a eu un usage excessif de la force par les forces de sécurité sur des civils. Des gens sont morts. Des personnes ont été blessées», a déclaré le porte-parole du patron de l'ONU, Stéphane Dujarric.

Démenti du Conseil militaire

Depuis le 6 avril, des milliers de manifestants campaient devant le siège de l'armée appelant les militaires à renverser le président Omar el-Béchir. Depuis que ce dernier a été écarté par l'armée le 11 avril, les manifestants exigent un pouvoir civil et le départ des généraux.

«Nous n'avons pas dispersé le sit-in par la force», a démenti le porte-parole du Conseil militaire, le général Chamseddine Kabbashi, à la chaîne de télévision Sky News Arabia. Les forces armées et des des Forces de soutien rapide (RSF) ont mené «une opération conjointe pour nettoyer certains sites» près du sit-in, a déclaré le Conseil militaire dans un communiqué publié en fin d'après-midi, pointant des «activités illégales» sur ces lieux. Il a assuré que les RSF comme les forces régulières étaient «ralliées à la volonté de changement» des manifestants, appelant à la reprise des négociations. Le Conseil militaire avait récemment dénoncé des débordements autour du sit-in, les qualifiant de «menace pour la sécurité», et promis d'agir «avec détermination».

Appel à la désobéissance

En réaction, l'ALC a annoncé lundi interrompre «tout contact politique» avec le Conseil militaire. Elle a appelé à «la grève et la désobéissance civile totale et indéfinie» pour «renverser le régime». Des manifestations ont eu lieu à Kassala, Gedaref, Port-Soudan (est), Sennar et Atbara (centre) où, selon des témoins, des manifestants bloquaient les rues avec des pneus enflammés, des pierres ou des troncs d'arbre. A Port-Soudan, des manifestants scandaient des slogans pour «le renversement du Conseil» militaire, selon un habitant.

Dans la soirée, l'Association des professionnels soudanais (SPA), acteur clé de l'ALC, a appelé la population à sortir mardi, jour de la fête de l'eid de fin du ramadan selon elle, pour «prier pour les martyrs» et pour «manifester pacifiquement» après la prière. La date officielle de l'eid el-Fitr a néanmoins été fixée à mercredi 5 juin, selon l'agence de presse Suna. Les relations entre les deux camps se sont tendues à la suite de l'échec le 20 mai des négociations, chaque partie souhaitant diriger la transition post-Béchir.

Condamnations internationales

Selon le Comité central des médecins soudanais, les forces de l'ordre ont par ailleurs tiré à l'intérieur de l'hôpital Charq al Nil, près de Khartoum. Juchés sur leurs pick-ups, plusieurs hommes en uniformes des RSF encerclaient aussi le Royal Care Hospital dans la capitale, où des dizaines de blessés étaient pris en charge dans le hall. Le Comité des médecins a demandé le «soutien urgent» d'organisations internationales citant notamment la Croix-Rouge.

Dans un communiqué, Amnesty International a appelé la communauté internationale à «examiner toutes les formes de pression pacifique, y compris des sanctions ciblées» contre les autorités. Les militaires sont «responsables de la violente attaque de ce matin contre des manifestants endormis».

Londres et Washington ont condamné les attaques brutales contre les manifestants et les civils du Conseil militaire. Les Etats-Unis ont aussi exhorté à la formation d'un gouvernement civil, condition pour l'établissement de meilleures relations entre les deux pays.

L'Union africaine et la France ont de leur côté condamné «les violences», sans accuser directement les militaires, appelant les généraux et la contestation à la reprise du dialogue. L'Egypte, qui a reçu récemment le chef du Conseil militaire au pouvoir, Abdel Fattah al-Burhane, a appelé «au calme et à la retenue et au retour à la table des négociations». (ats/nxp)

Créé: 03.06.2019, 21h27

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